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mercredi 10 septembre 2008

Mais au fait, qu'est ce qu'on fout en Afghanistan ?



Au printemps 2007, pendant la campagne électorale qui a précédé l'élection présidentielle, le candidat Nicolas Sarkozy promettait retrait des troupes françaises d'Afghanistan (voir la vidéo). Sans surprise, il s'agissait d'un mensonge, un de plus.

Des renforts de troupes ont été envoyés depuis, et d'autres les rejoindront bientôt. La France est en guerre. Oui, la France est en guerre contre "le monde musulman". C'est ce qu'a affirmé le Premier Ministre François Fillon lundi 03 septembre au micro d'Europe1 (voir la vidéo, info reprise sur mondialisation.ca ) :


Intervenant sur Europe 1, Fillon a déclaré : « le conflit va durer, parce que les causes de ce conflit sont très profondes (…) C’est l’opposition entre le monde musulman et une grande partie du reste de la planète, c’est le conflit israélo-palestinien, c’est les déséquilibres économiques et sociaux qui règnent dans le monde ».

De l’aveu même du chef du gouvernement, l’armée française est donc en croisade contre le monde musulman auxquels appartiennent aussi, faut-il le rappeler, plusieurs millions de citoyens français. Et pour que cette provocation soit complète, Fillon a choisi le premier jour du mois de ramadan pour se lâcher.






C'est dans ce contexte que, samedi 06 septembre, a eu lieu la première manifestation anti-guerre à Paris pour réclamer le retrait des troupes françaises d'Afghanistan. Une manifestation à l'initiative des organisations : CAPJPO-EuroPalestine, Americains Contre la Guerre, Droits Devant !, Réseau Solidaire Citoyens, GUPS, Théâtre du Tiroir, Association Solidarité Mayenne Algérie, Enfants de Palestine, Comité Poitevin France Palestine, "5 minutes pour rêver", ASTR (Association de Solidarité Tourcoing Rafah), Niort pour la Palestine, Odile Tobner (auteur du livre « Le racisme français »), Jean Baumgarten (auteur de « Pâle Palestine »), CANT (Comité Anthony pour une Paix Juste et Durable au Proche-Orient), SOS Sexisme, ISM (International Solidarity Movement), MIR (Mouvement des Indigènes de la République), Collectif Bellaciao (lire le texte de l'appel).


Certaines pancartes posaient la question : "Que vont faire les troupes françaises en Afghanistan ?" (voir photo). Voilà une bonne question, qui mérite qu'on essaie d'y répondre.


La réponse qu'on entend le plus souvent de la part des hommes politiques est la suivante : "il faut envoyer nos militaires là-bas pour éviter qu'on ait des attentats ici".
Cette explication est tellement débile que je doute que quiconque puisse y croire sincèrement. Il semble au contraire évident que les militaires de l'OTAN sont considérés comme une armée d'occupation, et que par conséquent leur présence là-bas accroît considérablement le risque de représailles. D'ailleurs, si la notion de "démocratie" avait un sens pour ceux qui prétendent l'inculquer à coups de bombes dans la gueule, ils proposeraient un référendum aux Afghans afin que ces derniers puissent décider si oui ou non ils souhaitent une présence militaire étrangère sur leur sol.


Par ailleurs, pour couper court aux contre-vérités qu'on entend habituellement lorsqu'on aborde la question de l'Afghanistan, j'insiste sur le fait qu'il n'y a pas plus de preuves de l'implication des Talibans Afghans dans les attentats du 11 septembre qu'il n'y a de preuves de la présence d'armes de destructions massives en Irak (voir billet précédent). Je rappelle également que le 11 janvier dernier, Mr Yukihisa Fujita, député du Parti Démocrate du Japon, a remis en question la version officielle de l'administration Bush au sujet des attentats du 11 septembre lors d'une séance de questions d'une demi-heure au gouvernement Japonais (voir le billet précédent), pointant du doigt de nombreuses lacunes de la théorie officielle du complot islamiste. Il a ainsi demandé que toute participation militaire japonaise aux cotés des États-Unis en Afghanistan soit subordonnée à l'ouverture d'une enquête internationale. Cette prise de position semble tellement évidente, que dans tout pays démocratique digne de ce nom, n'importe quel député ayant un tout petit peu d'honneur devrait en faire autant.
Et enfin, rappelons également que même les membres de la Commission d'enquête mandatée par la Maison Blanche ne tentent même plus de défendre leur propre rapport d'enquête, tant les incohérences et les lacunes sont nombreuses (voir billet précédent) : 2 ans après avoir rendu leur rapport, les membres de la Commission d'enquête estiment qu'ils ont été trompés (article CBS). Le vice-président de la Commission d'enquête affirme même que l'enquête a été mise en place pour échouer ("set up to fail") (voir article CBC).
Pour plus d'informations au sujet des attentats du 11 septembre, on pourra consulter les quelques billets publiés sur ce blog, et le beaucoup plus complet Reopen911.info.



Si l'argument de la "guerre contre le terrorisme" n'est qu'un prétexte, un leurre, quelles sont donc les vraies raisons qui motivent l'envoi de troupes françaises en Afghanistan ? Je n'ai pas de réponse définitive à cette question. Mais en y réfléchissant un peu, j'entrevois quatre raisons. Deux sont à caractère général, et les deux autres sont plus spécifiques à l'Afghanistan.


1) Une opportunité de détourner de l'argent public

Je suis attendri par l'apparente naïveté de ceux qui, aux États-Unis ou ailleurs, parlent des budgets militaires alloués à la guerre en Irak en termes de "gaspillage".

Voici un graphique des 10 plus gros budgets militaires du monde en 2007 (cliquez sur l'image pour l'agrandir) :



C'est intéressant de mettre ce graphique en parallèle avec le discours d'adieu du Président Eiseihower en 1961, comme l'a fait l'auteur de ce billet de blog Le lobby militaire US a pris le pouvoir !.


Des budgets militaires colossaux, auxquels il faut rajouter des enveloppes conséquentes pour financer les opérations militaires en Irak et en Afghanistan, comme l'indique cet article Reuters :


War funding, which averaged about $93 billion a year from 2003 through 2005, rose to $120 billion in 2006 and $171 billion in 2007 and President George W. Bush has asked for $193 billion in 2008, the nonpartisan office wrote.

[...]

Since the September 11, 2001, attacks on the United States, Congress has written checks for $691 billion to pay for wars in Iraq and Afghanistan and such related activities as Iraq reconstruction, the CBO said.



Aux États-Unis, les guerres en Irak et en Afghanistan ont "coûté" 691 milliards de $ jusqu'à présent. Coûté à qui ? Au bénéfice de qui ?

L'une des fonctions de l'Etat est de collecter de l'argent public, et de le redistribuer. L'Etat, quel que soit sa couleur politique, effectue des transferts de richesse au sein de la société. Faire la guerre est l'un des moyens de transférer de l'argent public d'une catégorie de population vers une autre. A ce titre, aux États-Unis la situation est tout à fait caricaturale : un budget militaire équivalent à celui de l'ensemble des autres pays du monde réunis, et pourtant plus de 42 millions d’Américains ne disposent pas d’assurance maladie, soit 15 % de la population (cf document de la Direction de la recherche des études de l'évaluation et des statistiques).



Il ne s'agit donc pas du tout de "gaspillage" : cet argent n'est pas perdu pour tout le monde. Il s'agit simplement d'un choix politique. Un choix qui consiste à détourner l'argent public qui pourrait être affecté à l'amélioration des conditions de vies, au profit de l'industrie de l'armement. Le choix de la stratégie de la guerre permanente, "une guerre qui pourrait durer plusieurs décennies" selon Dick Cheney (article BBC).



2) Une vitrine pour faire la promotion des technologies des marchands d'armes


Lorsqu'un marchand d'armes comme Serge Dassault exprime ses voeux à l'occasion de la nouvelle année, il déclare sans rire : "Quand les hommes arrêteront-ils de s’entre-tuer au lieu de vivre ensemble dans un monde de tolérance, de considération, de paix, alors que d’autres menaces bien plus graves nous guettent tous ?".
L'hypocrisie de ce bonhomme n'a décidément pas de limite.

Un conflit militaire, c'est une formidable vitrine offerte aux marchands d'armes. C'est le point de vue développé dans ce très bon article publié sur Agoravox. Au passage, l'auteur y relate un fait divers presque banal, une "bavure" tristement classique ayant entraîné la mort de 7 gamins qui se sont pris un missile à plusieurs millions de dollars sur la figure, alors qu'ils étaient à l'école. Comme le dit l'auteur de l'article : "Viser une école, en sachant que c’en est une, est un acte hautement militaire. Répercussions, dans le monde, du scandale et du massacre : rien."


Participer à une guerre donc, c'est offrir une opportunité marketing formidable pour les vendeurs d'armes, ces derniers bénéficiant ainsi d'un théâtre d'opérations grandeur nature qui leur permet de faire la promotion de l'extraordinaire efficacité de leurs engins de mort, ces petites merveilles technologiques vendues à prix d'or.




Voilà pour les généralités. Mais l'afghanistan, c'est aussi le pipeline et la drogue.



3) Diminuer l'influence de la Russie, et contrôler l'approvisionnement de la Chine en hydrocarbures

L'Afghanistan, c'est évidemment le Pipeline Trans-Afghan, qui relie les gisements de gaz naturel du Turkmenistan (en mer Caspienne) à l'océan Indien, en passant à travers l'Afghanistan et le Pakistan.

Le billet précédent publié sur ce blog qui montre une présentation de Michael Ruppert (citant le livre de Zbigniew Brzezinski), apporte un complément d'informations intéressant sur ce point.




4) Assurer la pérennité de l'approvisionnement du trafic mondial en opiacés (morphine et héroïne)

Peut-être est-ce là le point le plus scandaleux des quatre. Le plus méconnu aussi. Lorsqu'on parle d'Afghanistan, en général on ne parle pas de drogue. C'est une erreur. S'il est à peu près clair que parler d'Irak ou d'Iran sans parler d'hydrocarbures est une stupidité, il devrait être tout aussi clair que parler d'Afghanistan sans parler de drogue est un non-sens.

Le régime des Talibans Afghans a été critiqué à juste titre pour de multiples raisons. L'une d'entre elles, et non des moindres, est que ce régime a longtemps été un régime de narco-trafiquants (cf article de juin 2000). Pendant de nombreuses années, l'Afghanistan et la Birmanie ont ainsi été les principaux producteurs d'opium, dont sont dérivées la morphine et l'héroïne.


L'organisme international qui fait référence en terme de chiffres sur les questions de drogue est l'UNODC (United Nations Office on Drugs and Crime), rattaché à l'ONU.
Leur rapport de 2007 (qui inclut de nombreuses données sur la culture de l'opium en Afghanistan) est disponible en ligne.


Les trois graphiques suivants sont issus de ce document (cliquez sur les images pour les agrandir) :








Lors de leur dernière année au pouvoir, les Talibans Afghans ont décidé d'enrayer le trafic de drogue. Cette opération a été un succès considérable, salué par l'ONU (article NY Times).
On passe ainsi de 82'000 hectares et 3'276 tonnes d'opium en l'an 2000, à 8'000 hectares et 185 tonnes l'année suivante. Soit une diminution de 90% de la superficie, et 94% de la production d'une année sur l'autre.
Ce succès montre qu'une réelle volonté politique de s'attaquer au problème permet d'obtenir des résultats très significatifs dans ce domaine.

Quelques mois plus tard, les Etats-Unis renversent le régime des Talibans Afghans et placent leur homme de main, Hamid Karzai, un consultant du groupe pétrolier Unocal (cf article CNN : "Karzai, a former lobbyist for the U.S. oil and gas company Unocal"), qui facilitera la construction du pipeline.
Et immédiatement, la production d'opium reprend son niveau historique. Dès 2002, la production reprend sur les mêmes bases qu'en 2000 (74'000 hectares et 3400 tonnes en 2002). Et la tendance est à l'emballement : la production, qui avait déjà battu les records en 2006, a fait un bond de +34% entre 2006 et 2007 (voir tableau page 9 du rapport de l'UNODC). Aujourd'hui, la superficie (193'000 ha) et la production (8'200 tonnes) sont plus de deux fois plus importantes que ce qu'elles étaient en l'an 2000.


Michel Chossudovsky est Professeur d'économie à l'Université d'Ottawa. En mai 2007, il a publié un article extrêmement intéressant dans lequel il accuse les forces de l'OTAN d'appuyer le trafic de drogue :


Les forces d’occupation en Afghanistan appuient le trafic de drogue, qui rapporte entre 120 et 194 milliards de dollars de revenus au crime organisé, aux agences de renseignement et aux institutions financières occidentales.

Les recettes de cette contrebande lucrative qui se montent à des milliards de dollars sont déposés dans des banques occidentales. La quasi-totalité de revenus reviennent aux grandes entreprises et aux syndicats criminels hors d’Afghanistan.

Lire l'article complet.



Aujourd'hui, l'Afghanistan représente à lui seul 92% de la production mondiale d'opium. La quasi-totalité de l'héroïne qui circule dans le monde provient donc des champs d'opium afghans. Les sommes en jeu sont considérables (en s'appuyant sur les chiffres de l'UNODC, Chossudovsky estime le montant global du trafic d'héroïne entre 120 et 194 milliards de dollars par an, dont 2.7 milliards vont aux producteurs locaux).
Ces sommes colossales sont blanchies, et d'une manière ou d'une autre sont réinjectées dans l'économie. Et c'est bien là le problème. Voilà qui soulève pas mal de questions.

Dans quelle mesure notre système économique précaire est-il dépendant de l'argent de la drogue ?

Dans quelle mesure les soldats français qui sont envoyés en Afghanistan (dont je ne doute pas que bon nombre d'entre eux sont convaincus d'agir pour la bonne cause) ont-ils in fine (et à leur insu) pour mission d'assurer la pérennité de l'approvisionnement mondial en héroïne ?

Le degré de cynisme et d'hypocrisie de ceux qui décident de les envoyer là-bas va-t-il jusque là ?


lundi 25 février 2008

Qu'est ce qu'on attend pour exiger la destitution de Nicolas Sarkozy ?




L'impopularité ne change strictement rien

En mai dernier, au lendemain de l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, j'ai entendu une information à la radio : pour la n-ième fois, le présentateur annonçait une baisse de la popularité de G. W. Bush dans les sondages aux Etats-Unis.


Cette information m'a inspiré deux réflexions.

1) La première, c'est que tôt ou tard, cette situation se produirait également chez nous. Nicolas Sarkozy ayant été élu sur la base de promesses contradictoires et incompatibles (ce que montre très bien le sociologue Eric Fassin dans le film Réfutations), il était clair que le mythe de l'homme politique providentiel (rendu possible par l'extrême passivité des médias, très peu prompts à dénoncer ses mensonges, ses contradictions et son bilan en tant que Ministre de l'Intérieur) ne durerait pas. Il m'avait donc semblé clair que comme Bush aux Etats-Unis, Nicolas Sarkozy serait tôt ou tard un président très impopulaire. La seule inconnue était le temps qu'il faudrait pour qu'une bonne partie de ses électeurs se rendent compte qu'ils s'étaient laissés tromper.


2) Mais la deuxième réflexion, c'est que cette impopularité ne change strictement rien. Bush a beau être impopulaire, il a beau être qualifié de "pire président de l'histoire des Etats-Unis" (article Washington Post), cela ne fait aucune différence. Bush a "fait le boulot", et il continue à mener le travail de sape en profondeur qu'il a engagé. Pour s'en convaincre, il suffit de connaître l'attachement des citoyens américains à la question de leurs "libertés individuelles" (leur attachement à la Constitution des Etats-Unis, au IVe amendement, au Habeas Corpus, etc...), et de le comparer avec la situation telle qu'elle est aujourd'hui (le Patriot Act, le Military Commissions Act, le Violent Radicalization and Homegrown Terrorism Prevention Act, etc...) pour mesurer l'étendue du chemin parcouru, et l'ampleur des régressions, en seulement quelques années.



Il en va de même en France : même si Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages, cette impopularité ne l'empêchera pas de réaliser le méticuleux travail de sape dans lequel il s'est engagé. Car là aussi, c'est bien d'un travail de sape qu'il s'agit.






Un comportement indigne d'un Président de la République


Nicolas Sarkozy utilise sa vie privée de façon ostentatoire comme technique de diversion permanente.
Cette attitude est incompatible avec celle d'un Président de la République.


Son attitude et ses déclarations à l'emporte pièce qui consistent à dire un jour une chose et le lendemain son contraire (avec les cheminots, avec les pêcheurs, sur le pouvoir d'achat, etc...) font de nous la risée des médias du monde (voir ici ou ).
Cette attitude est incompatible avec celle d'un Président de la République.


La politique de chasse à l'homme avec des objectifs chiffrés d'expulsions, est une politique coûteuse, qui provoque toutes sortes d'aberrations : bébé de 15 mois enfermé dans un centre de rétention ; expulsions de touristes, à leur arrivée ou alors qu'ils s'apprêtaient à repartir ; expulsion d'un avocat de 70 ans, qui réside en France depuis 45 ans, marié à une Française depuis 15 ans, père d'un garçon de 22 ans, inscrit au barreau d'Aix-en-Provence depuis 28 ans ; expulsion d'un homme adopté par une famille française ; rétention d'une mère, son enfant de 11 ans restant seul, etc... Une politique du chiffre pour le chiffre qui crée des situations humainement inacceptables qui déshonorent notre pays.


Nicolas Sarkozy revendique un héritage Gaulliste mais veut imposer sans le moindre débat la réintégration complète de la France dans l'OTAN. Il se fait le soutient inconditionnel des néo-conservateurs américains, viole la Charte de Nations-Unies en proférant des menaces militaires à l'encontre d'un pays qui ne présente pas une menace directe pour notre sécurité. Ce manque de retenue a des conséquences graves pour l'image et la crédibilité de notre pays.






Un Président de la République qui piétine notre Constitution


Mais il y a encore plus grave. Nicolas Sarkozy s'en prend directement, frontalement, à ce constitue les fondements de notre République : sa Constitution.


"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée". (Article 1er - Constitution de 1958).

Une Constitution qu'il est tenu de respecter et de défendre :
"Le Président de la République veille au respect de la Constitution" (Article 5 - Constitution de 1958).


Or Nicolas Sarkozy piétine délibérément notre constitution. Il s'attaque à plusieurs points de l'article 1er :




"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale."

Nicolas Sarkozy n'est pas laïque. Le concept de "laïcité positive" dont il revendique la paternité n'est pas de lui : ce sont les propos de Benoit XVI, prononcés le 11 octobre 2005. La position de Nicolas Sarkozy correspond exactement à la vision papale de la place de la religion dans la société. Nicolas Sarkozy va même jusqu'à affirmer sa volonté de réintroduire l'enseignement religieux à l'école publique.
Cette attitude est incompatible avec celle d'un Président de la République.





"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale."

Le traité de Lisbonne, présenté comme "nouveau" ("mini", "modifié", "simplifié") et dont Nicolas Sarkozy revendique la paternité, n'est ni plus ni moins que le traité rejeté lors du référendum de 2005, rendu volontairement illisible (dixit Valéry Giscard d'Estaing). Nicolas Sarkozy a menti lorsqu'il a demandé aux représentants du peuple de désavouer le peuple. Ces mensonges à répétition ont pour effet d'affaiblir notre démocratie.

Et que dire de son dernier coup tordu pour tenter de contourner la décision du Conseil Constitutionnel ? (Voir également l'article de Sébastien Fontenelle : "Nicolas Sarkozy défie la démocratie").
Cette attitude est incompatible avec celle d'un Président de la République.




"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale."

Le démantèlement systématique des progrès sociaux hérités du Programme du Conseil National de la Résistance constitue le coeur de sa politique économique et sociale. Nous avons déjà assisté à la réécriture du Code du Travail qui, contrairement à ce qui avait été annoncé, ne s'est pas faite à "droit constant". Et maintenant, il s'agit de liquider l'héritage du Programme du Conseil National de la Résistance ?
Cette attitude est incompatible avec celle d'un Président de la République.



Comme Georges W. Bush s'est appliqué à piétiner la Constitution américaine, Nicolas Sarkozy s'applique à piétiner notre Constitution française.







Four more years ?


"Four more years !" (4 ans de plus !). C'était le slogan des partisans de G. W. Bush lors des élections présidentielles de 2004 aux Etats-Unis.


Four more years !! Four more years !! Four more years !!



Four more years, c'est le temps qui nous sépare des prochaines élections présidentielles en France. En êtes-vous si sûrs ?

Sommes-nous condamnés à 4 ans de plus de magouilles, de mensonges, et d'attaques sans relâche contre les valeurs de notre République ?

Une fois de plus, les Etats-Unis fournissent un support de réflexion intéressant. Des initiatives populaires comme Impeach Bush, bien qu'elles soient à la fois timides et bien tardives, sont sources d'inspiration.

Sans un objectif clair, nous sommes condamnés à subir les effets de cette politique indigne de la France, et nous sommes condamnés à voir notre Constitution bafouée par celui qui a la responsabilité de la défendre. Les sondages défavorables n'auront aucun impact, ni sur le contenu de sa politique, ni sur sa manière de la mener. Si nous voulons défendre notre Constitution et les valeurs de notre République, nous devons faire en France ce que les citoyens Américains auraient du faire chez eux il y a bien longtemps. Nous devons exiger la destitution de Nicolas Sarkozy. Cette destitution peut s'obtenir de façon démocratique et pacifique.






Manquement à ses devoirs => Destitution


Dans une démocratie comme le Vénézuela, le Président de la République est soumis à un référendum révocatoire à mi-mandat. En France, nous n'avons pas un tel outil à notre disposition.

Mais dans notre démocratie, dont le principe est : "gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple", (Article 2 - Constitution de 1958), rien ne nous empêche d'exiger la tenue d'un référendum révocatoire dans les plus brefs délais.
Dans une démocratie, on obtient ce qu'on veut, à condition d'être suffisamment nombreux à l'exiger.


En piétinant notre Constitution qu'il est censé défendre, Nicolas Sarkozy se rend coupable d'un manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec sa fonction de Président de la République. Or, comme l'indique l'article 68 de notre Constitution :
"Le Président de la République ne peut être destitué qu'en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat. La destitution est prononcée par le Parlement constitué en Haute Cour".

La procédure de destitution est détaillée dans cet article.

Il est à craindre que nos représentants, aveuglés par des luttes partisanes, n'aient pas spontanément le courage de défendre notre Constitution en s'élevant contre un Président de la République qui la menace. Mais nous pouvons les y contraindre. De façon démocratique et pacifique.








Sortir de la torpeur

Nous sommes sans doute nombreux à penser que nous en avons déjà assez vu, et que cette mascarade a assez duré. Il est temps d'y mettre un terme. De façon démocratique et pacifique.

Alors évidemment, ce ne sera pas simple, ça ne se fera pas tout seul, et ce ne sera pas de tout repos. Nous aurons à convaincre une classe politique trop lâche et trop frileuse qui dans un premier temps refusera de prendre ses responsabilités. Nous aurons probablement également à subir l'hostilité des médias dominants, qui défendront sans doute Nicolas Sarkozy bec et ongles. Profitons-en pour réaffirmer haut et fort le fait que l'indépendance et le pluralisme des médias doivent impérativement devenir des questions politiques prioritaires dans ce pays !



Ce ne sera pas simple, mais nous avons des moyens :
  • Tout d'abord, en discutant ! Avec vos proches, vos amis, vos collègues. L'idée de la destitution d'un Président incapable d'assumer ses fonctions et qui menace notre Constitution, doit sortir du tabou dans lequel elle est enfermée. Cette idée doit être reprise, commentée, discutée, agitée.
  • Il faudra signer et faire circuler toutes les pétitions qui iront dans ce sens.
  • Il faudra contacter nos représentants, et exiger d'eux qu'ils nous représentent.
  • Il faudra manifester pacifiquement, le week-end d'abord.
  • Et si ça ne suffit pas, il faudra sans doute également faire grève, jusqu'à ce que nous obtenions gain de cause.




A la question : "peut-on obtenir la destitution de Nicolas Sarkozy ?", la réponse ne dépend que de nous. Si nous sommes prêts à nous mobiliser, alors la réponse est "oui", sans aucun doute. En revanche, si nous ne sommes pas prêts à défendre les valeurs de la République, alors il faudra en tirer les conclusions qui s'imposent : cela signifierait que nous ne méritons pas mieux que Nicolas Sarkozy.


Dans les semaines et les mois à venir, les questions auxquelles nous aurons à répondre, collectivement et individuellement, sont donc :
  • A-t-on quatre ans de plus à perdre avec Nicolas Sarkozy ?
  • Va-t-on permettre qu'un Président de la République bafoue continuellement notre Constitution et les principes de notre République ?
  • Va-t-on oui ou non se mobiliser pour exiger sa destitution ?




mardi 22 janvier 2008

Pour une poignée de milliers-de-milliards de dollars


Parlons d'argent. Parlons du plus gros scandale financier de tous les temps.

Mais d'abord, un petit rappel pour lever toute ambiguïté : les termes "billion" et "trillion" n'ont pas le même sens en français et en anglais :

Trillion : http://fr.wikipedia.org/wiki/Trillion
Trillion en anglais : 10^12 (1 avec 12 zéros derrière), donc 1000 milliards
Trillion en français : 10^18 (1 avec 18 zéros derrière)

Billion : http://fr.wikipedia.org/wiki/Billion
Billion en anglais : 1 milliard
Billion en français : 1000 milliards


Donc un "trillion" (en anglais) est égal à un "billion" (en français) : soit 1000 milliards.


Si vous n'avez rien compris, relisez depuis le début. Reprenez calmement.
Mais si au bout de 3 fois vous n'avez toujours rien compris, cassez-vous et ne revenez pas sur ce blog.





Le 10 septembre 2001 (la veille des attentats donc), le Ministre de la Défense des Etats-Unis, Donald Rumsfeld, annonce la "disparition" de "2.3 trillion $" (en anglais) : soit 2300 milliards de $.

Lire l'article CBS et voir la vidéo.


Le Pentagone a "perdu la trace" de 2300 milliards de dollars (deux mille trois cent milliards de dollars) sur l'année fiscale 1999. Et également 1100 milliards de dollars sur l'année fiscale 2000.

Ce sont des sommes astronomiques : on est entrain de parler de l'évaporation de sommes qui sont supérieures au PIB de la France de l'époque.



A titre de comparaison, le scandale Enron en quelques chiffres :
  • Une société qui avait un chiffre d'affaire de 100 milliards de $.
  • 1 milliard de $ de délits d'initiés que se sont partagés 29 cadres dirigeants qui ont retiré leurs billes juste avant que l'action ne plonge.
  • 67 milliards de $ de dettes.
  • 20000 salariés à la porte.
  • 2 milliards de $ de fonds de retraites évaporés.
Voir le documentaire "Enron : The smartest guys in the room", nominé aux Oscars 2005 du meilleur film documentaire (liens ici et ).

Allez, comme je suis sympa, je vous rajoute aussi la société Andersen, ses 9 milliards de dollars de chiffre d'affaire et ses 85000 salariés. C'est cadeau, tout doit disparaître.



On le voit en comparant les chiffres : le scandale Enron ne pèse pas lourd en comparaison des 2300 milliards de $ dont parle Donald Rumsfeld. Cet aveu aurait pu (et aurait du) provoquer un véritable cataclysme politique outre-atlantique. Mais voilà, cette info est passée totalement inaperçue : le lendemain c'est le 11 septembre 2001. Les attentats contre les tours jumelles (et le Pentagone) occupent tout l'espace médiatique. Le plus gros scandale financier de l'Histoire passe à la trappe. Quel coup de bol !

Mais un coup de bol n'arrive jamais seul. Le 11 septembre 2001, l'attentat contre le Pentagone a lieu pile à l'endroit où était situé le système d'information des analystes financiers chargés d'enquêter sur la disparition de ces sommes (voir le documentaire Pandora's Black Box entre 6min30 et 6min55). Voir également la liste des victimes au Pentagone et la proportion importante de "accountants", "bookkeepers" et de "budget analysts".

Voilà qui vient compléter mon billet précédent à propos du Pentagone.


Certains tentent de forcer de vraies enquêtes sur ces questions, mais jusque là sans succès.
Voir l'intervention de la député Cynthia McKinney, et la réaction de Donald Rumsfeld : voir la vidéo (question n°2).
Sa question n°3 porte sur les exercices qui ont paralysé l'aviation américaine le 11 septembre : voir le billet précédent à ce sujet.


Si vous vous demandez où a bien pu passer tout ce pognon, sachez que vous n'êtes pas le seul. Posez donc la question à votre moteur de recherche favori : "where is the money ?" (où est l'argent ?), il vous répondra : http://www.whereisthemoney.org   :)




Alors gringo, toi aussi tu veux ta part du magot ?



Ce que je trouve hilarant dans l'article de CBS mentionné plus haut, c'est l'utilisation du terme "waste" ("war on waste") : "gaspillage". Car évidemment, le fait que plusieurs milliers-de-milliards de dollars s'évanouissent dans la nature ne saurait être le fruit de détournement de fonds et de corruption. C'est totalement impensable !! Au pays des bisounours, lorsqu'une montagne de fric disparaît, on appelle ça "du gaspillage".


Dommage que l'inspecteur Colombo soit à la retraite. Il en aurait des choses à dire... "Heuuu, excusez-moi Mr Rumsfeld, j'ai une dernière petite question..."

Pour une poignée de milliers-de-milliards de dollars


Parlons d'argent. Parlons du plus gros scandale financier de tous les temps.

Mais d'abord, un petit rappel pour lever toute ambiguïté : les termes "billion" et "trillion" n'ont pas le même sens en français et en anglais :

Trillion : http://fr.wikipedia.org/wiki/Trillion
Trillion en anglais : 10^12 (1 avec 12 zéros derrière), donc 1000 milliards
Trillion en français : 10^18 (1 avec 18 zéros derrière)

Billion : http://fr.wikipedia.org/wiki/Billion
Billion en anglais : 1 milliard
Billion en français : 1000 milliards


Donc un "trillion" (en anglais) est égal à un "billion" (en français) : soit 1000 milliards.


Si vous n'avez rien compris, relisez depuis le début. Reprenez calmement.
Mais si au bout de 3 fois vous n'avez toujours rien compris, cassez-vous et ne revenez pas sur ce blog.





Le 10 septembre 2001 (la veille des attentats donc), le Ministre de la Défense des Etats-Unis, Donald Rumsfeld, annonce la "disparition" de "2.3 trillion $" (en anglais) : soit 2300 milliards de $.

Lire l'article CBS et voir la vidéo.


Le Pentagone a "perdu la trace" de 2300 milliards de dollars (deux mille trois cent milliards de dollars) sur l'année fiscale 1999. Et également 1100 milliards de dollars sur l'année fiscale 2000.

Ce sont des sommes astronomiques : on est entrain de parler de l'évaporation de sommes qui sont supérieures au PIB de la France de l'époque.



A titre de comparaison, le scandale Enron en quelques chiffres :
  • Une société qui avait un chiffre d'affaire de 100 milliards de $.
  • 1 milliard de $ de délits d'initiés que se sont partagés 29 cadres dirigeants qui ont retiré leurs billes juste avant que l'action ne plonge.
  • 67 milliards de $ de dettes.
  • 20000 salariés à la porte.
  • 2 milliards de $ de fonds de retraites évaporés.
Voir le documentaire "Enron : The smartest guys in the room", nominé aux Oscars 2005 du meilleur film documentaire (liens ici et ).

Allez, comme je suis sympa, je vous rajoute aussi la société Andersen, ses 9 milliards de dollars de chiffre d'affaire et ses 85000 salariés. C'est cadeau, tout doit disparaître.



On le voit en comparant les chiffres : le scandale Enron ne pèse pas lourd en comparaison des 2300 milliards de $ dont parle Donald Rumsfeld. Cet aveu aurait pu (et aurait du) provoquer un véritable cataclysme politique outre-atlantique. Mais voilà, cette info est passée totalement inaperçue : le lendemain c'est le 11 septembre 2001. Les attentats contre les tours jumelles (et le Pentagone) occupent tout l'espace médiatique. Le plus gros scandale financier de l'Histoire passe à la trappe. Quel coup de bol !

Mais un coup de bol n'arrive jamais seul. Le 11 septembre 2001, l'attentat contre le Pentagone a lieu pile à l'endroit où était situé le système d'information des analystes financiers chargés d'enquêter sur la disparition de ces sommes (voir le documentaire Pandora's Black Box entre 6min30 et 6min55). Voir également la liste des victimes au Pentagone et la proportion importante de "accountants", "bookkeepers" et de "budget analysts".

Voilà qui vient compléter mon billet précédent à propos du Pentagone.


Certains tentent de forcer de vraies enquêtes sur ces questions, mais jusque là sans succès.
Voir l'intervention de la député Cynthia McKinney, et la réaction de Donald Rumsfeld : voir la vidéo (question n°2).
Sa question n°3 porte sur les exercices qui ont paralysé l'aviation américaine le 11 septembre : voir le billet précédent à ce sujet.


Si vous vous demandez où a bien pu passer tout ce pognon, sachez que vous n'êtes pas le seul. Posez donc la question à votre moteur de recherche favori : "where is the money ?" (où est l'argent ?), il vous répondra : http://www.whereisthemoney.org   :)




Alors gringo, toi aussi tu veux ta part du magot ?



Ce que je trouve hilarant dans l'article de CBS mentionné plus haut, c'est l'utilisation du terme "waste" ("war on waste") : "gaspillage". Car évidemment, le fait que plusieurs milliers-de-milliards de dollars s'évanouissent dans la nature ne saurait être le fruit de détournement de fonds et de corruption. C'est totalement impensable !! Au pays des bisounours, lorsqu'une montagne de fric disparaît, on appelle ça "du gaspillage".


Dommage que l'inspecteur Colombo soit à la retraite. Il en aurait des choses à dire... "Heuuu, excusez-moi Mr Rumsfeld, j'ai une dernière petite question..."

samedi 24 novembre 2007

Travailler plus... Rendez-vous dans 27'000 ans !



Dans un billet précédent, je donnais un extrait du livre La tiers mondialisation de Smaïl Goumeziane :

Le revenu moyen d'un patron est passé de 42 fois le salaire moyen de son ouvrier en 1980 à 419 fois en 1998, soit un écart multiplié par 10.



Un petit tour sur l'Observatoire des inégalités m'a inspiré un nouveau billet.


L'ex-PDG de Renault, Louis Schweitzer, a reçu un salaire annuel de 11,9 millions d'euros. Soit l'équivalent de 987 années de SMIC. Diantre, presque 1 millénaire de SMIC en un an !

Mais le salaire annuel "c'est l'arbre qui cache le forêt", comme dirait George Eddy (grand philosophe contemporain). Les dividendes versés sont encore plus édifiants : Bernard Arnault (LVMH) a reçu 326 millions d'euros en 2007 au titre de l'année 2006, soit l'équivalent de plus 27'000 ans de SMIC net.



"Travailler plus pour gagner plus" ? Quelle bonne blague !!! On en rira encore dans quelques millénaires.

Source : voir l'article sur le site de l'Observatoire des inégalités.



A titre de comparaison, il semblerait que le bénéfice attendu de la dernière réforme
des régimes spéciaux soit de 200 millions d'euros par an (voir article Marianne). Les dividendes versés à Bernard Arnault cette année concentrent donc une fois et demi cette somme dans les mains d'un seul homme. Ca n'a rien à voir, c'est juste pour discuter.



Le Plan B met en libre accès le téléchargement de sa carte des médias en France (qui possède quoi). Il s'agit de la carte de juin 2006, qui n'est donc plus tout à fait à jour. La carte 2007, disponible dans la version papier du numéro 7, n'est pas encore disponible en ligne (je leur ai envoyé un mail d'insultes, mais il n'ont pas répondu. Patience donc !).

Il est intéressant de constater que les principaux bénéficiaires du système sont soit à la tête des médias, soit à la tête des groupes qui sponsorisent très largement ces mêmes médias à travers la publicité.


Comme le dit le Canard Enchainé dans son dossier de 82 pages, "Les nouveaux censeurs" :

page 6 :

Mais l'autocensure comme les autres avatars de la censure ne sont évidemment pas son seul fait. La censure d'aujourd'hui, au-delà de ces petits arrangements entre amis politiques, est avant tout économique. Les médias en général et la presse en particulier vivent de la publicité, qui a pris plus d'importance que leurs ventes dans leurs financements. Les annonceurs, le sachant, ne se privent donc pas de considérer que, puisqu'ils paient cher des pages de publicité, ils attendent en contrepartie de ne pas être maltraités dans les pages d'information.
C'est ainsi que la presse féminine veille à ne pas froisser les grands groupes cosmétiques qui la font vivre. C'est ainsi que la presse régionale est aux petits soins pour la grande dsiribution. C'est ainsi que la presse généraliste, les radios et les télévisions veillent, sous peine de perdre de gros budgets, à ne pas contrarier ceux qui les nourrissent.


page 14 :

""La liberté de la presse commence et s'arrête au tiroir caisse."" Telle était l'une des maximes favorites de Robert Hersant, qui commença sa carrière sous le maréchal Pétain, et un passage par les prisons de la IVème République, pour l'achever sous Jacques Chirac, président, dans la peau d'un député RPR possédant le groupe "Le Figaro" et un bon quart de la presse régionale.
Le pragmatique Robert Hersant ne s'est jamais payé de mots : les grands débats sur l'honneur ou sur la nécessaire honnêteté de la presse, les belles envolées sur la liberté des journalistes, il les abandonnait à ses éditorialistes pour s'occuper de l'essentiel : les finances et la publicité. Car derrière le cynisme de sa formule se cache une vérité, rarement avouée dans la presse française : le degré d'indépendance d'un journal - en clair sa capacité à résister à la censure de ses annonceurs et son pouvoir de s'opposer aux pression des politiques - dépend de sa santé économique. Et de ce point de vue, certes bassement matériel mais essentiel, la situation de la presse hexagonale est catastrophique.



Qui peut raisonnablement espérer compter sur info-Sarkozy, ou sur info-Bolloré, info-Arnault, info-Lagardère, info-Pinault, info-Wendel, etc... pour s'interroger sérieusement sur le bien-fondé de ces salaires pharaoniques ?




lundi 29 octobre 2007

Pic Pétrolier : "il y aura encore du pétrole dans 40 ans", mais le problème n'est pas là...



Il y a quelques semaines, Arte a consacré une soirée spéciale au réchauffement climatique, à la fin du pétrole et aux énergies alternatives. Il y a eu des choses intéressantes, j'y reviendrai dans un billet ultérieur. Ce qui m'intéresse ici, c'est plutôt ce qui n'a pas été dit. Arte a réussi le tour de force de passer un documentaire sur la fin du pétrole sans parler du Pic de Hubbert (Pic pétrolier, ou Peak Oil). C'est une sacrée performance !!

Le seul passage où le mot "pic" est prononcé est le suivant :

Le mot est mentionné une seule fois, sans aucune explication. On passe immédiatement à autre chose et on n'y reviendra plus par la suite.

Le reportage se termine par quelque chose comme : un beau jour, la dernière goutte de pétrole sortira du dernier pipeline, et là de sérieux problèmes se poseront. Cette manière de présenter les choses, couplée à l'idée selon laquelle "les réserves sont estimées à un niveau qui correspond à 40 ans production au rythme actuel", incite à tenir un raisonnement trompeur : il reste quelques décennies de production au rythme actuel, puis la production chutera brutalement.

Or ce raisonnement est faux. Oui, il restera du pétrole dans 40 ans. Il en restera même sans doute encore dans 100 ou dans 150 ans. La bonne question n'est pas "pour combien de temps reste-t-il du pétrole ?", ni "quand la dernière goutte sera-t-elle extraite ?". La bonne question c'est : "quelle est, et quelle sera l'évolution de la capacité de production mondiale de pétrole ?".










J'ai entendu parler de la notion de Pic de Hubbert, ou Pic Pétrolier pour la première fois dans le livre Pétrole Appocalypse (2005) d'Yves Cochet. Yves Cochet est docteur en mathématiques, homme politique français membre des Verts, député du Val d'Oise de 1997 à 2002, ministre de l'écologie du gouvernement Jospin en 2001-2002. Il est député de la 11ème circonscription de Paris depuis 2002.


L'extraction de pétrole ne stoppe pas brutalement du jour au lendemain. Comme l'a montré Marion King Hubbert en étudiant la production de pétrole brut aux Etats-Unis, la production suit une courbe en cloche : elle passe par un maximum puis décline inexorablement de manière irréversible. Ce dont il est question, ce n'est pas la fin du pétrole !! C'est la fin du pétrole bon marché.



La question est : quand le pic de production mondiale aura-t-il lieu ?
La quantité de découvertes de nouveaux gisements facilement exploitables est négligeable : il n'y a pas de miracle à attendre de ce coté là. La production stagne depuis 2 ans et parvient difficilement à suivre une demande qui continue de croître.

Pour l'Agence Internationale de l'Energie (IEA pour International Energy Agency), le pic aura lieu d'ici 5 ans.

La conférence de l'ASPO qui s'est tenue à Cork au début du mois, estime qu'il aura lieu d'ici 2010. Voir article : Le compte à rebours a commencé.

Plus alarmant encore, il y a tout juste une semaine, l'Energy Watch Group (un organisme allemand composé de scientifiques et de parlementaires, fondé par le député Hans-Josef Fell) a publié un rapport dans lequel ils estiment l'année du pic de production à ... 2006 ! (Voir article). S'ils disent vrai, nous sommes entrés dans la phase de déclin de la production mondiale, tandis que la demande continue de croître. L'envolée des prix du pétrole est inévitable, et elle n'en est qu'à ses débuts. (voir billet)







Nous sommes la civilisation du pétrole. Un simple coup d'oeil autour de vous devrait suffire à vous en convaincre : du clavier sur lequel je tape à la souris que vous avez entre les doigts, à peu près tout ce qui nous entoure est à base de pétrole. Voir : une liste des domaines d'application des produits dérivés du pétrole. Le secteur des transports est particulièrement critique, puisque tous les pans de l'économie en dépendent. Et que dire de l'agriculture ?


Selon Robert Hirsch (auteur du rapport sur le pic pétrolier pour le ministère de l'énergie des Etats-Unis en 2005), nous allons entrer en phase de récession économique : la "croissance" est condamnée.



Contrairement aux chocs pétroliers de 1973 et de 1979 qui étaient avant tout politiques, celui qui s'annonce est d'ordre géologique. Il est donc durable et irréversible.

Le contrecoup économique et social risque d'être d'autant plus fort qu'on a fait semblant, et qu'on continue à faire semblant de ne pas le voir venir, en prétendant que la hausse des cours du brut est liée à des tensions politiques régionales et que cette hausse est passagère. Une chose semble certaine pourtant : guerre ou pas guerre pour le contrôle de la production du pétrole en Iran ou ailleurs, nous sommes définitivement sortis de l'ère du pétrole à bas prix, et cette tendance ne peut aller qu'en s'aggravant.



jeudi 25 octobre 2007

Une croissance exponentielle infinie dans un système fini ?

Je me suis amusé à faire une feuille de calcul toute simple dans un tableur : je pars d'une valeur initiale (100 ou 1000), et sur chaque ligne je rajoute 2% de la valeur précédente. Le fichier Open-Office correspondant est disponible ici.

Je réitère l'opération quelques centaines de fois, et j'obtiens les courbes suivantes :








C'est une évidence, mais ça ne fait pas de mal de le voir sur une courbe : un taux de croissance, même faible (2%), entraîne une croissance exponentielle.
C'est une croissance infinie : peu importe la valeur initiale, au bout d'un temps suffisant, on peut dépasser n'importe quelle valeur choisie arbitrairement.





Ce n'est pas lié à un facteur d'échelle particulier : si on zoom sur la partie de la courbe rouge qui semble plate (entre 0 et 200), on obtient :



(cliquer sur l'image pour agrandir)







A tous nos amis journalistes, économistes et politiques, qui guettent fébrilement les signes du retour de la sainte croissance, comme jadis les paysans attendaient impatiemment la pluie ; un beau jour il faudra quand même poser la question : la croissance, jusqu'où ?


Quand Nicolas Sarkozy déclare "la croissance, j'irai la chercher" (voir article), j'ai bien envie de lui répondre : cherche bien partout, et surtout quand tu l'auras trouvée, restes-y !! :)


Et pour conclure, terminons par une citation de l'économiste Kenneth Ewart Boulding :

Toute personne croyant qu'une croissance exponentielle peut durer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste.




lundi 13 août 2007

Goumeziane : Tiers mondialisation



Aujourd'hui, tout se passe comme si tous les économistes étaient favorables au processus de mondialisation libérale tel que nous le connaissons, ou du moins n'y trouveraient rien à redire, puisque cette évolution serait naturelle et inéluctable.

C'est évidemment faux. Et c'est d'ailleurs une chose que j'ai du mal à comprendre : pourquoi les forces politiques dites "de gauche" ne parviennent pas à mettre en valeur les travaux d'un certain nombre d'économistes, dont les études et les analyses devraient servir de fondations à l'élaboration de leurs propositions et de leurs discours politiques.


Lorsque les économistes décident de sortir de leur jargon et se donnent la peine d'écrire des bouquins compréhensibles par des êtres humains normalement constitués, on aurait tort de s'en priver. Des livres qui mettent en perspective un certain nombre d'informations et de statistiques, et qui permettent de mieux cerner l'évolution des sociétés. "La tiers mondialisation" de Smaïl Goumeziane fait partie de ceux-là.



Désormais, il n'y aurait qu'un seul monde façonné par une globalisation triomphante et bienfaitrice. Les pays du Sud seraient en phase d'émergence et ceux de l'Est en transition.

S'inscrivant en faux contre cette idéologie ultra libérale, Smaïl Goumeziane retrace l'histoire mouvementée de ces pays et identifie les mécanismes concrets d'une mondialisation qui restructure de fond en comble la planète. Désormais, nous dit l'auteur, un nouveau monde tripolaire se construit avec brutalité. A son sommet, une nouvelle aristocratie mondiale dirige la planète grâce à des fortunes colossales et à la magie de l'informatique, des satellites et des marchés financiers, soutenus en permanence par l'hyper puissance américaine. Face à elle, les autres Etats des pays riches subissent son diktat et reculent devant les forces du marché. Hors de ces deux mondes, la plupart des pays du Sud et de l'Est subissent avec plus ou moins de violence une véritable tiers mondialisation : plus de 5 milliards d'habitants y ont en permanence des conditions de vie et de travail insupportables, sur fond de misère, de revenus dérisoires, de montée en puissance de l'économie informelle, de criminalité et de conflits armés en tous genres. On assiste en fait, selon Smaïl Goumeziane, à une dangereuse dérive économique des continents, dont on ne pourra sortir qu'en s'engageant, à l'initiative des sociétés civiles, dans une autre mondialisation favorisant le développement humain et durable, et l'expansion des libertés pour tous.



Dans un livre sans complaisance, Goumeziane fait une analyse croisée des parcours d'un certain nombre de pays en voie de développement, des différentes stratégies de développement mises en oeuvre, et de leur bilan plus ou moins mitigé.

Il s'intéresse par exemple aux conséquences des taux d'intérêts variables et de la politique monétaire de Ronald Reagan sur les emprunts des pays du tiers-monde. Il met en évidence la situation étonnante dans laquelle se trouvent aujourd'hui certains pays sous-développés, qui ont déjà remboursés trois fois l'intégralité des sommes empruntées, mais qui par le jeu des taux d'intérêts variables et de la variation relative de la valeur des monnaies, ne se trouvent toujours qu'à mi-parcours du remboursement de leurs emprunts.


Mais Goumeziane ne se contente pas d'analyser la situation des pays du tiers-monde. Il analyse également celle des pays développés. C'est à ce chapitre que je m'intéresse dans ce billet, en particulier la sous-partie "Nouveaux riches et nouveaux pauvres". Je donne quelques morceaux choisis, mais l'extrait d'une quinzaine de pages est disponible ici : > EXTRAIT COMPLET <


Désormais, au sommet de la hiérarchie économique mondiale, se trouvent ceux qu'Alain Cotta appelle des intouchables, c'est à dire des êtres qui détiennent des revenus et des fortunes qui leur garantissent une invulnérabilité et une indépendance totale par rapport aux évolutions et autres accidents de l'évolution économique.

[...]

En Allemagne, la part des salaires dans le revenu national a diminué de 10% en moins de quinze ans
(NDLR : c'est le cas également en France). Ainsi, cette récente explosion des revenus rentiers réduit les revenus directement tirés du travail à des niveaux bas jamais atteints historiquement.

[...]

En conséquence, aux Etats-Unis, entre 1979 et 1997, le PIB réel a augmenté de 38%, mais le revenu des familles moyennes ne s'est accru que de 8% quand le revenu des 1% de familles les plus fortunées a fait un bond de 140%, soit plus de 3,5 fois plus vite que le PIB !

[...]


Au cours des seules années 1995-1997, le gain du Dow Jones a augmenté de 60%. Un tel enrichissement ne s'était pas vu depuis 1929. A la veille du krach, l'indice Dow Jones avait grimpé de 281% par rapport à 1924. Aujourd'hui, une telle hausse n'inquiète guère les intouchables. Celle-ci se déroule en période d'inflation réduite. Les rentes et les profits s'accroissent fortement grâce à l'amélioration de la productivité dopée par l'évolution des techniques et par l'écrasement des salaires. Cette évolution doit aussi beaucoup aux importantes ressources engagées sur ces marchés par les investisseurs institutionels, en particulier les fonds de pensions [...] Pis, leur puissance dépasse ces cadres nationaux. En France, en 2003, la capitalisation des entreprises "dites françaises" du CAC 40 (autrement dit des meilleures entreprises cotées) est détenue à 43,9% par les non-résidents.


[...]


Le revenu moyen d'un patron est passé de 42 fois le salaire moyen de son ouvrier en 1980 à 419 fois en 1998, soit un écart multiplié par 10.

[...]

Dans un tel contexte, indique Alain Cotta, "l'entrepreneur (industriel productif) est devant un choix de plus en plus difficile à affronter : espérer un profit de plus en plus aléatoire dans une conjoncture qui risque de se dérober, ou être sûr d'une rentre permettant au capital financier de s'accroître beaucoup plus vite que n'importe quel revenu : en particulier le salaire". Comment un tel entrepreneur pourrait-il choisir d'investir et de résister à la tentation d'une rente assurée, par ailleurs moins sujette aux prélèvements sociaux ?
Comme on le voit, les mouvements de capitaux sont davantage motivés par des perspectives de gains à court terme que par des possibilités d'investissement productif dans l'économie réelle, ou par des considérations de risque et de rendement à moyen et long terme. "Aussi dans le cyberspace (des intouchables), composé de millions d'ordinateurs en réseau, s'accumulent aujourd'hui des risques comparables à ceux de la technologie nucléaire". Or, le but de l'économie n'est pas de favoriser la montée en puissance d'une minorité ni de lui permettre de contrôler les flux de ressources au niveau mondial, mais de produire efficacement davantage de ressources réelles et d'en garantir une distribution équitable.

[...]

Face à cette révolution des élites, et au chantage à la rentabilité des placements qu'elle implique, les Etats des pays développés ont du mal à régir. Beaucoup de gouvernements pensent encore qu'on peut réduire l'intervention des Etats dans la vie économique et obtenir quasi automatiquement un retour de la croissance et de l'emploi par les seules vertus du marché.

[...]

Pour assurer la compétitivité de leurs entreprises nationales, attirer les entreprises étrangères, et assurer le financement de leurs déficits publics, les Etats des pays riches ont du développer le plus grand projet de dérégulation de l'histoire économique. Ouverture des frontières, démonopolisation des activités, déréglementations aérienne et boursière, privatisation des grandes entreprises publiques, restriction des services publics, retrait de l'Etat des activités économiques, réduction de sa politique sociale ont ainsi conduit à une restructuration en profondeur de l'économie mondiale.
Grâce à cela, le commerce mondial est à 60% entre les mains des transnationales, deux tiers des investissements directs dans le monde sont toujours réalisés dans les pays de l'OCDE, et le reste dans une dizaine de pays du Sud et de l'Est. Mais une telle évolution s'est faite dans le cadre d'une concurrence féroce. La mobilité et la liquidité des capitaux y ont certainement gagné, de même que la productivité, mais pas la croissance. Face à un tel processus, les Etats des pays riches, dont le G7 a lui-même reconnu en mars 1995 qu'ils étaient impuissants devant les forces du marché, ont cédé sur quatre fronts : celui de la monnaie nationale face au dollar, au taux de change américain et à son déficit, celui des salaires, celui de la fiscalité, celui du financement des infrastructures.




Il détaille ensuite chacun de ces quatre fronts (déficit américain, salaires, fiscalité et financement des infrastructures) sur 7 pages (p. 119 à 126). Tout est intéressant, je suis incapable d'en sélectionner certaines parties : il faudra tout lire.


Dans un pays où salariés du public et du privé sont trop occupés à se chamailler pour des miettes d'avantages (plus ou moins légitimes), au lieu de se focaliser sur les milliards d'euros d'évasion fiscale dont ils sont victimes, nulle doute que ce bouquin mériterait d'être déclaré d'utilité publique.



lundi 16 juillet 2007

Zoellick, le PNAC et la Banque Mondiale



Il y a bientot 2 mois, j'écrivais un billet a propos de Wolfowitz, du PNAC et de la Banque Mondiale.

Depuis, Paul Wolfowitz a bel et bien dégagé de la présidence de la Banque Mondiale. Il a été remplacé par Robert Zoellick.

Zoellick fait également partie de la grande famille du PNAC, l'omniprésent think-tank néo-conservateur dont les membres occupent la plupart des postes clés de l'administration Bush.

Remplacer Wolfowitz par Zoellick, c'est donc un changement pour rien, puisque le nouveau président désigné a été choisi dans le but de servir les mêmes intérets que le précédent.

A ce détail près que Robert Zoellick a également fricotté avec Enron, dont il a été membre du conseil consultatif.


Et comme on peut difficilement parler de cette charmante clique sans aborder la question du 11 septembre, je terminerai là-dessus. Les attentats du 11 septembre sont un évènement aux multiples facettes et aux multiples implications. Il y a un lien direct entre les attentats du 11 septembre et l'affaire Enron (et autres malversations boursières) : l'effondrement providentiel du Batiment 7, qui a entrainé la destruction de nombreuses pièces à conviction (dossiers de la SEC, l'équivalent américain de notre Autorité des Marchés Financiers).

Le Batiment 7, ou WTC-7, ou encore Salomon Brothers Building, qui s'est effondré 8h après les twin-towers le 11 septembre 2001, mérite qu'on s'intéresse un peu à lui. On reviendra là dessus.



mardi 29 mai 2007

Wolfowitz, le PNAC et la Banque Mondiale



La Banque Mondiale est un organisme public (rattaché à l'ONU), dont les missions sont de promouvoir le développement et de lutter contre la pauvreté.

Dans un mois, Paul Wolfowitz, accusé de népotisme, devrait quitter son poste de Directeur de la Banque Mondiale. On pourra toujours s'interroger sur les raisons qui ont conduit à sa nomination à ce poste, compte tenu d'un certain nombre de thèses qu'il a défendues avant son entrée à la Banque Mondiale :
- remise en cause des engagements américains dans les traités internationaux, et les organisations multilatérales (comme l'ONU !!)
- augmentation considérable du budget de la Défense
- guerre préventive
- usage de la force unilatéralement, avec ou sans alliés
- prévenir l'apparition de tout futur rival potentiel sur la scène internationale


Il a également été membre du think-thank néo-conservateur PNAC (Project for a New American Century), dans lequel il a participé à la rédaction du document Rebuilding America's Defenses de Septembre 2000. En page 63 de ce document, il est explicitement mentionné que l'adoption de la nouvelle stratégie de défense préconisée risque d'être un processus long, sauf s'il se produit un incident catastrophique catalyseur, comme un nouveau Pearl Harbor. Les attentats du 11 septembre 2001, qui surviennent tout juste un an après la publication de ce rapport, auront exactement cet effet.


Extrait p63 :

Further, the process of transformation, even if it brings revolutionary change, is likely to be a long one, absent some catastrophic and catalyzing event – like a new Pearl Harbor.







Qui pour succéder à Wolfowitz ?

Je partage l'avis de Michel Monette : Joseph Stiglitz (prix Nobel d'économie, ex vice-président de la Banque Mondiale dont il démissionne en claquant la porte en 2000, auteur entre autres de deux excellents bouquins : "La grande désillusion" (2002) et "Quand le capitalisme perd la tête" (2003) ) semble être le meilleur candidat. Et c'est la raison pour laquelle il ne sera probablement pas nommé à ce poste.

Egalement un très bon article paru aujourd'hui, qui revient entre autres sur la décision de Hugo Chavez de rompre avec le FMI et la Banque Mondiale, la création de la Banco del Sur, et le remue ménage que cette décision pourrait entraîner :