mercredi 25 novembre 2015
Daesh : halte au double jeu sordide
Publié par
Fares
le
25.11.15
1 commentaires
Catégories : Conflit des civilisations, Désinformation, Médias, Politique, Terrorisme
vendredi 6 février 2015
Dis Charlie, c'est quoi la différence entre un bon djihadiste et un mauvais djihadiste ?
"Je suis Charlie", ça veut dire "je suis un con lobotomisé par le système jusqu'à la moëlle" (à mon humble avis).
(Je développe plus tard)
Je trouve que ces deux réponses ne sont pas plus convaincantes l'une que l'autre.
- Il existe des fans de Charlie Hebdo qui sont contre la liberté d'expression.
- Il existe des gens qui sont pour la liberté d'expression et qui sont très critiques vis à vis de la ligne éditoriale de Charlie Hebdo (c'est mon cas, je l'ai clairement expliqué dans cet article).
- connaissent les propos de Laurent Fabius (Ministre des Affaires Etrangères en exercice) qui déclarait en décembre 2012 que l'organisation terroriste Al-Nosra "fait du bon boulot sur le terrain" en Syrie
- savent que François Hollande a reconnu que la France a livré illégalement des armes à la très floue "opposition Syrienne", en violation des règles du droit international
- sont au courant que le 15 janvier dernier (donc 8 jours APRES l'attentat contre Charlie Hebdo, 4 jours APRES la grande marche du 11 janvier, et 6 jours AVANT la publication de ce numéro de l'Express), le Pentagone a annoncé l'envoi de 400 nouveaux militaires pour "former les rebelles syriens", en partenariat avec nos grands potes de Turquie, du Qatar et d'Arabie Saoudite
Je vous laisse en juger par vous-même...
On aurait raisonnablement pu attendre, de la part d'un journal sérieux qui réaliserait un dossier de 20 pages traitant de la question du "Djihadisme international" (en particulier lorsqu'il prétend dénoncer "l'hypocrisie des politiques français" sur sa couverture), qu'il abordre sérieusement la question de la possible future traduction en justice devant la Cour Pénale Internationale (CPI) de messieurs Laurent Fabius et François Hollande (entre autres), afin qu'ils y répondent des accusations de crime d'agression à l'égard de la Syrie. Mais on est à des années lumières de ça avec l'Express.
La raison pour laquelle ces atrocités continuent, c'est parce que personne n'est au courant. Si les gens étaient au courant, il y aurait des manifestations et des pressions pour y mettre un terme. Par conséquent, en supprimant les faits, les médias jouent un rôle majeur.[...]Ce sont des choses à garder en tête. Ce ne sont pas des jeux d'esprit : on n'est pas entrain d'analyser les médias sur la planète Mars, ou au XVIIIème siècle, ou un truc dans le genre. On est entrain de parler de vrais être humains qui souffrent, meurent, sont torturés et crèvent de faim à cause de politiques auxquelles nous sommes mêlés. Nous, en tant que citoyens de sociétés démocratiques, sommes directement responsables des politiques qui sont menées en notre nom. Les médias quant à eux s'assurent que nous n'assumions pas ces responsabilités. Ils font en sorte de servir les intérêts du pouvoir. Pas les intérêts des gens qui souffrent, et même pas non plus les intérêts des citoyens américains (ndlr ou français), qui seraient horrifiés d'apprendre qu'ils ont du sang sur les mains à cause de la manière dont ils se laissent duper et manipuler par ce système.
Publié par
Fares
le
6.2.15
6
commentaires
Catégories : Conflit des civilisations, Médias, Politique, Terrorisme, UPR
lundi 12 janvier 2015
Ni Charlie, ni terroriste : contre l'idéologie du "choc des civilisations"
http://www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous
Regardez attentivement cette conversation entre les journalistes Elise Lucet et Nathalie Saint-Cricq (responsable du service politique de France2), qui semble tout droit issue de ce que serait un JT dans une société totalitaire à la Orwell. Admirez leur piètre jeu d'actrices qui font comme si leur dialogue était spontané, alors que chacune récite son texte et sait exactement ce que l'autre va lui répondre :
Nathalie St Cricq : Non Elise, il ne faut pas faire preuve d'angélisme. C'est justement ceux qui ne sont pas Charlie qu'il faut repérer. Ceux qui, dans certains établissement scolaires, ont refusé la minute de silence. Ceux qui balancent sur les réseaux sociaux. Et ceux qui ne voient pas en quoi ce combat est le leur. Ce sont eux que nous devons repérer, traiter, intégrer ou réintégrer dans la communauté nationale. Et là, l'école et les politiques ont une lourde responsabilité.
Dois-je leur faire une réponse à la Charlie Hebdo ? Une jolie caricature de moi leur enfonçant la charte de Munich dans le fion à grands coups de pelle, avec une bulle qui dirait : "Allez ça va rentrer, tu vas bien finir par l'intégrer cette charte de déontologie du journalisme". Du bon gros humour de bon goût à la Charlie ça ma p'tite dame ! Ca devrait leur plaire, non ? J'ai mal compris la leçon ?
Aujourd'hui, c'est : soit "vous êtes Charlie" (inconditionnellement), soit vous êtes des "islamo-gauchistes" complices des terroristes et vous devrez donc être "repérés" et "traités".
Certains d'entre vous, peut-être, pensent qu'il était important d'aller à la manif de dimanche pour dire "non" à la barbarie. A ceux là et aux autres, je vous donne rendez-vous : la prochaine fois que notre gouvernement décidera, en notre nom, de déclencher ou de participer à une guerre illégale au regard du droit international, usant des faux prétextes de promotion de la "démocratie" et "d'inévitable choc des civilisations", irons-nous manifester ensemble pour tenter d'empêcher celle nouvelle folie ?
Irons-nous manifester ensemble, lorsque ceux qui prétendent agir en notre nom et dans notre intérêt, installeront des fondamentalistes religieux au pouvoir en Libye (ou ailleurs), soutiendront des fondamentalistes religieux en Syrie (ou ailleurs), et des néo-nazis en Ukraine (ou ailleurs) ?
Publié par
Fares
le
12.1.15
2
commentaires
Catégories : Conflit des civilisations, Manif, Médias, Politique, Terrorisme
lundi 5 janvier 2009
Judaïsme et Sionisme incompatibles ? L'interview du rabin Yisroel Weiss
L'actualité m'incite à ressortir cette vidéo, que j'avais trouvée très étonnante, tant elle tranche avec ce qu'on a l'habitude d'entendre sur le sujet. Elle date de 2006, et montre une interview du rabin Yisroel Weiss, diffusée en direct sur Fox News. Le rabin Weiss, dont les grands-parents sont morts à Auschwitz, est membre d'une association juive anti-sioniste, et milite pour le démantèlement pacifique de l'état d'Israël.
Transcription :
Journaliste (Neil Cavuto) : "Toute la violence et tous les conflits du Moyen-Orient se résoudraient si Israël cessait d'exister". Mon invité suivant ne se contente pas d'affirmer qu'Israël enfreint la loi juive en attaquant militairement le Hezbollah. Il ajoute également qu'Israël ne devrait même pas exister en tant qu'Etat. Le plus surprenant est que l'auteur de ces mots est un Rabin. Il s'agit du Rabin Yisroel Weiss de l'association - Juifs Unis Contre le Sionisme -
Mr le Rabin, les propos que vous tenez sont assez radicaux.
Invité (Yisroel Weiss) : Oui, mais il s'agit là de l'opinion partagée par tous les chefs spirituels au cours des derniers siècles. Lorsque le mouvement sioniste a été crée, le concept, l'idéologie qui consiste à faire passer le judaïsme de la spiritualité vers le matérialisme, transformer une religion en revendication nationaliste de posséder une terre, toutes les autorités religieuses s'y sont opposées, car cette idée est contradictoire avec le judaïsme.
C'est explicitement interdit dans la Torah, car nous avons été condamnés à l'exode par Dieu.
Journaliste (Neil Cavuto) : Donc vous ne devriez pas avoir un état, ni un pays, ni un gouvernement ?
Invité (Yisroel Weiss) : Nous ne devrions pas avoir d'état, nous devrions vivre dans tous les pays, comme les juifs l'ont fait depuis 2000 ans, en tant que citoyens loyaux, des gens qui servent Dieu avec compassion.
Et le Talmud le dit clairement, si nous allons à l'encontre de la volonté divine, les conséquences seront catastrophiques pour les juifs. Depuis que les sionistes ont crée l'état d'Israël, un torrent de haine et de souffrance s'abat sur les juifs et les non-juifs.
Contrairement à ce que les gens pensent, il ne s'agit pas d'un conflit religieux. Nous avons vécu pendant des siècles au milieu des musulmans et des arabes sans avoir besoin de la surveillance d'organismes humanitaires...
Journaliste (Neil Cavuto) : Laissez-moi vous poser une question : est ce que la vie était meilleure pour les juifs avant la création d'Israël ?
Invité (Yisroel Weiss) : Oui à 100%. En Palestine nous avons les témoignages de la communauté juive vivant sur place, qui vivait en harmonie. Ils ont plaidé leur cause devant les Nations Unies. Le grand Rabin de Jérusalem l'a dit : "nous ne voulons pas d'un état juif".
Les habitants musulmans, chrétiens et juifs ont été ignorés au moment de la création de l'état israélien...
Journaliste (Neil Cavuto) : Néanmoins, même si vous refusez l'idée de la création d'un état, vous n'êtes pas étrangers au fait d'avoir été massacrés au cours des millénaires, en particulier il a 50 ou 60 ans.
Invité (Yisroel Weiss) : Il y a le problème d'être tué à cause de l'anti-sémitisme, et il y a un autre problème où l'on provoque soi-même son anti-sémitisme à travers le sionisme. Quand on casse les vitres de son voisin on ne vient pas hurler à l'anti-sémitisme ensuite.
Journaliste (Neil Cavuto) : Je sais que vous êtes un juif orthodoxe. Quelle est l'opinion des juifs traditionnels ?
Invité (Yisroel Weiss) : C'était l'opinion la plus répandue dans toute la communauté juive à travers le monde
Journaliste (Neil Cavuto) : C'était le cas, ça ne l'est plus. Que vous disent-ils maintenant ?
Invité (Yisroel Weiss) : Parlons du point de vue religieux : du judaïsme, pas de ceux qui sont sortis du judaïsme. Le courant principal est que nous ne devrions pas avoir d'état. Mais une fois qu'il a été crée, la propagande sioniste a laissé penser que les arabes veulent jeter tous les juifs à la mer et que la haine des juifs est enracinée. De nombreux juifs se sont laissés convaincre par ce message, et c'est la raison pour laquelle ils ont peur de rendre la terre.
Journaliste (Neil Cavuto) : Qui pourrait les en blâmer. Vous avez vu le président iranien qui a dit que l'Holocauste n'a jamais existé et qu'il voudrait détruire Israël et tous les juifs.
Invité (Yisroel Weiss) : C'est également une chose totalement fausse. Il y a une communauté juive en Iran, et ils ne les ont pas assassinés lorsqu'ils en avaient l'occasion...
Journaliste (Neil Cavuto) : Donc, vous ne le prenez pas au mot lorsqu'il dit qu'il veut tuer les juifs ?
Invité (Yisroel Weiss) : Il veut le démantèlement de l'entité politique israélienne. L'an dernier nous sommes allés en Iran avec un groupe de Rabins, nous avons discuté avec des responsables du régime, nous avons rencontré le vice président. Ahmedinejad était au Venezuela à cette période. Nous avons rencontrés les responsables des autorités religieuses. Tous ont affirmé très clairement qu'ils n'ont pas de conflit avec les juifs.
Journaliste (Neil Cavuto) : Donc, tant qu'Israël existe, vous pensez qu'il y aura des problèmes...
Invité (Yisroel Weiss) : Les juifs souffrent, les palestiniens souffrent, les libanais... Nous prions pour le démantèlement rapide et pacifique de l'Etat juif.
Journaliste (Neil Cavuto) : C'est intéressant Mr le Rabin. On n'entend pas souvent ce point de vue. Merci d'être venu.
Publié par
Fares
le
5.1.09
16
commentaires
Catégories : Conflit des civilisations
mercredi 10 septembre 2008
Mais au fait, qu'est ce qu'on fout en Afghanistan ?
Au printemps 2007, pendant la campagne électorale qui a précédé l'élection présidentielle, le candidat Nicolas Sarkozy promettait retrait des troupes françaises d'Afghanistan (voir la vidéo). Sans surprise, il s'agissait d'un mensonge, un de plus.
Des renforts de troupes ont été envoyés depuis, et d'autres les rejoindront bientôt. La France est en guerre. Oui, la France est en guerre contre "le monde musulman". C'est ce qu'a affirmé le Premier Ministre François Fillon lundi 03 septembre au micro d'Europe1 (voir la vidéo, info reprise sur mondialisation.ca ) :
Intervenant sur Europe 1, Fillon a déclaré : « le conflit va durer, parce que les causes de ce conflit sont très profondes (…) C’est l’opposition entre le monde musulman et une grande partie du reste de la planète, c’est le conflit israélo-palestinien, c’est les déséquilibres économiques et sociaux qui règnent dans le monde ».
De l’aveu même du chef du gouvernement, l’armée française est donc en croisade contre le monde musulman auxquels appartiennent aussi, faut-il le rappeler, plusieurs millions de citoyens français. Et pour que cette provocation soit complète, Fillon a choisi le premier jour du mois de ramadan pour se lâcher.
C'est dans ce contexte que, samedi 06 septembre, a eu lieu la première manifestation anti-guerre à Paris pour réclamer le retrait des troupes françaises d'Afghanistan. Une manifestation à l'initiative des organisations : CAPJPO-EuroPalestine, Americains Contre la Guerre, Droits Devant !, Réseau Solidaire Citoyens, GUPS, Théâtre du Tiroir, Association Solidarité Mayenne Algérie, Enfants de Palestine, Comité Poitevin France Palestine, "5 minutes pour rêver", ASTR (Association de Solidarité Tourcoing Rafah), Niort pour la Palestine, Odile Tobner (auteur du livre « Le racisme français »), Jean Baumgarten (auteur de « Pâle Palestine »), CANT (Comité Anthony pour une Paix Juste et Durable au Proche-Orient), SOS Sexisme, ISM (International Solidarity Movement), MIR (Mouvement des Indigènes de la République), Collectif Bellaciao (lire le texte de l'appel).
Certaines pancartes posaient la question : "Que vont faire les troupes françaises en Afghanistan ?" (voir photo). Voilà une bonne question, qui mérite qu'on essaie d'y répondre.
La réponse qu'on entend le plus souvent de la part des hommes politiques est la suivante : "il faut envoyer nos militaires là-bas pour éviter qu'on ait des attentats ici".
Cette explication est tellement débile que je doute que quiconque puisse y croire sincèrement. Il semble au contraire évident que les militaires de l'OTAN sont considérés comme une armée d'occupation, et que par conséquent leur présence là-bas accroît considérablement le risque de représailles. D'ailleurs, si la notion de "démocratie" avait un sens pour ceux qui prétendent l'inculquer à coups de bombes dans la gueule, ils proposeraient un référendum aux Afghans afin que ces derniers puissent décider si oui ou non ils souhaitent une présence militaire étrangère sur leur sol.
Par ailleurs, pour couper court aux contre-vérités qu'on entend habituellement lorsqu'on aborde la question de l'Afghanistan, j'insiste sur le fait qu'il n'y a pas plus de preuves de l'implication des Talibans Afghans dans les attentats du 11 septembre qu'il n'y a de preuves de la présence d'armes de destructions massives en Irak (voir billet précédent). Je rappelle également que le 11 janvier dernier, Mr Yukihisa Fujita, député du Parti Démocrate du Japon, a remis en question la version officielle de l'administration Bush au sujet des attentats du 11 septembre lors d'une séance de questions d'une demi-heure au gouvernement Japonais (voir le billet précédent), pointant du doigt de nombreuses lacunes de la théorie officielle du complot islamiste. Il a ainsi demandé que toute participation militaire japonaise aux cotés des États-Unis en Afghanistan soit subordonnée à l'ouverture d'une enquête internationale. Cette prise de position semble tellement évidente, que dans tout pays démocratique digne de ce nom, n'importe quel député ayant un tout petit peu d'honneur devrait en faire autant.
Et enfin, rappelons également que même les membres de la Commission d'enquête mandatée par la Maison Blanche ne tentent même plus de défendre leur propre rapport d'enquête, tant les incohérences et les lacunes sont nombreuses (voir billet précédent) : 2 ans après avoir rendu leur rapport, les membres de la Commission d'enquête estiment qu'ils ont été trompés (article CBS). Le vice-président de la Commission d'enquête affirme même que l'enquête a été mise en place pour échouer ("set up to fail") (voir article CBC).
Pour plus d'informations au sujet des attentats du 11 septembre, on pourra consulter les quelques billets publiés sur ce blog, et le beaucoup plus complet Reopen911.info.
Si l'argument de la "guerre contre le terrorisme" n'est qu'un prétexte, un leurre, quelles sont donc les vraies raisons qui motivent l'envoi de troupes françaises en Afghanistan ? Je n'ai pas de réponse définitive à cette question. Mais en y réfléchissant un peu, j'entrevois quatre raisons. Deux sont à caractère général, et les deux autres sont plus spécifiques à l'Afghanistan.
1) Une opportunité de détourner de l'argent public
Je suis attendri par l'apparente naïveté de ceux qui, aux États-Unis ou ailleurs, parlent des budgets militaires alloués à la guerre en Irak en termes de "gaspillage".
Voici un graphique des 10 plus gros budgets militaires du monde en 2007 (cliquez sur l'image pour l'agrandir) :
C'est intéressant de mettre ce graphique en parallèle avec le discours d'adieu du Président Eiseihower en 1961, comme l'a fait l'auteur de ce billet de blog Le lobby militaire US a pris le pouvoir !.
Des budgets militaires colossaux, auxquels il faut rajouter des enveloppes conséquentes pour financer les opérations militaires en Irak et en Afghanistan, comme l'indique cet article Reuters :
War funding, which averaged about $93 billion a year from 2003 through 2005, rose to $120 billion in 2006 and $171 billion in 2007 and President George W. Bush has asked for $193 billion in 2008, the nonpartisan office wrote.
[...]
Since the September 11, 2001, attacks on the United States, Congress has written checks for $691 billion to pay for wars in Iraq and Afghanistan and such related activities as Iraq reconstruction, the CBO said.
Aux États-Unis, les guerres en Irak et en Afghanistan ont "coûté" 691 milliards de $ jusqu'à présent. Coûté à qui ? Au bénéfice de qui ?
L'une des fonctions de l'Etat est de collecter de l'argent public, et de le redistribuer. L'Etat, quel que soit sa couleur politique, effectue des transferts de richesse au sein de la société. Faire la guerre est l'un des moyens de transférer de l'argent public d'une catégorie de population vers une autre. A ce titre, aux États-Unis la situation est tout à fait caricaturale : un budget militaire équivalent à celui de l'ensemble des autres pays du monde réunis, et pourtant plus de 42 millions d’Américains ne disposent pas d’assurance maladie, soit 15 % de la population (cf document de la Direction de la recherche des études de l'évaluation et des statistiques).
Il ne s'agit donc pas du tout de "gaspillage" : cet argent n'est pas perdu pour tout le monde. Il s'agit simplement d'un choix politique. Un choix qui consiste à détourner l'argent public qui pourrait être affecté à l'amélioration des conditions de vies, au profit de l'industrie de l'armement. Le choix de la stratégie de la guerre permanente, "une guerre qui pourrait durer plusieurs décennies" selon Dick Cheney (article BBC).
2) Une vitrine pour faire la promotion des technologies des marchands d'armes
Lorsqu'un marchand d'armes comme Serge Dassault exprime ses voeux à l'occasion de la nouvelle année, il déclare sans rire : "Quand les hommes arrêteront-ils de s’entre-tuer au lieu de vivre ensemble dans un monde de tolérance, de considération, de paix, alors que d’autres menaces bien plus graves nous guettent tous ?".
L'hypocrisie de ce bonhomme n'a décidément pas de limite.
Un conflit militaire, c'est une formidable vitrine offerte aux marchands d'armes. C'est le point de vue développé dans ce très bon article publié sur Agoravox. Au passage, l'auteur y relate un fait divers presque banal, une "bavure" tristement classique ayant entraîné la mort de 7 gamins qui se sont pris un missile à plusieurs millions de dollars sur la figure, alors qu'ils étaient à l'école. Comme le dit l'auteur de l'article : "Viser une école, en sachant que c’en est une, est un acte hautement militaire. Répercussions, dans le monde, du scandale et du massacre : rien."
Participer à une guerre donc, c'est offrir une opportunité marketing formidable pour les vendeurs d'armes, ces derniers bénéficiant ainsi d'un théâtre d'opérations grandeur nature qui leur permet de faire la promotion de l'extraordinaire efficacité de leurs engins de mort, ces petites merveilles technologiques vendues à prix d'or.
Voilà pour les généralités. Mais l'afghanistan, c'est aussi le pipeline et la drogue.
3) Diminuer l'influence de la Russie, et contrôler l'approvisionnement de la Chine en hydrocarbures
L'Afghanistan, c'est évidemment le Pipeline Trans-Afghan, qui relie les gisements de gaz naturel du Turkmenistan (en mer Caspienne) à l'océan Indien, en passant à travers l'Afghanistan et le Pakistan.
Le billet précédent publié sur ce blog qui montre une présentation de Michael Ruppert (citant le livre de Zbigniew Brzezinski), apporte un complément d'informations intéressant sur ce point.
4) Assurer la pérennité de l'approvisionnement du trafic mondial en opiacés (morphine et héroïne)
Peut-être est-ce là le point le plus scandaleux des quatre. Le plus méconnu aussi. Lorsqu'on parle d'Afghanistan, en général on ne parle pas de drogue. C'est une erreur. S'il est à peu près clair que parler d'Irak ou d'Iran sans parler d'hydrocarbures est une stupidité, il devrait être tout aussi clair que parler d'Afghanistan sans parler de drogue est un non-sens.
Le régime des Talibans Afghans a été critiqué à juste titre pour de multiples raisons. L'une d'entre elles, et non des moindres, est que ce régime a longtemps été un régime de narco-trafiquants (cf article de juin 2000). Pendant de nombreuses années, l'Afghanistan et la Birmanie ont ainsi été les principaux producteurs d'opium, dont sont dérivées la morphine et l'héroïne.
L'organisme international qui fait référence en terme de chiffres sur les questions de drogue est l'UNODC (United Nations Office on Drugs and Crime), rattaché à l'ONU.
Leur rapport de 2007 (qui inclut de nombreuses données sur la culture de l'opium en Afghanistan) est disponible en ligne.
Les trois graphiques suivants sont issus de ce document (cliquez sur les images pour les agrandir) :
Lors de leur dernière année au pouvoir, les Talibans Afghans ont décidé d'enrayer le trafic de drogue. Cette opération a été un succès considérable, salué par l'ONU (article NY Times).
On passe ainsi de 82'000 hectares et 3'276 tonnes d'opium en l'an 2000, à 8'000 hectares et 185 tonnes l'année suivante. Soit une diminution de 90% de la superficie, et 94% de la production d'une année sur l'autre.
Ce succès montre qu'une réelle volonté politique de s'attaquer au problème permet d'obtenir des résultats très significatifs dans ce domaine.
Quelques mois plus tard, les Etats-Unis renversent le régime des Talibans Afghans et placent leur homme de main, Hamid Karzai, un consultant du groupe pétrolier Unocal (cf article CNN : "Karzai, a former lobbyist for the U.S. oil and gas company Unocal"), qui facilitera la construction du pipeline.
Et immédiatement, la production d'opium reprend son niveau historique. Dès 2002, la production reprend sur les mêmes bases qu'en 2000 (74'000 hectares et 3400 tonnes en 2002). Et la tendance est à l'emballement : la production, qui avait déjà battu les records en 2006, a fait un bond de +34% entre 2006 et 2007 (voir tableau page 9 du rapport de l'UNODC). Aujourd'hui, la superficie (193'000 ha) et la production (8'200 tonnes) sont plus de deux fois plus importantes que ce qu'elles étaient en l'an 2000.
Michel Chossudovsky est Professeur d'économie à l'Université d'Ottawa. En mai 2007, il a publié un article extrêmement intéressant dans lequel il accuse les forces de l'OTAN d'appuyer le trafic de drogue :
Les forces d’occupation en Afghanistan appuient le trafic de drogue, qui rapporte entre 120 et 194 milliards de dollars de revenus au crime organisé, aux agences de renseignement et aux institutions financières occidentales.
Les recettes de cette contrebande lucrative qui se montent à des milliards de dollars sont déposés dans des banques occidentales. La quasi-totalité de revenus reviennent aux grandes entreprises et aux syndicats criminels hors d’Afghanistan.
Lire l'article complet.
Aujourd'hui, l'Afghanistan représente à lui seul 92% de la production mondiale d'opium. La quasi-totalité de l'héroïne qui circule dans le monde provient donc des champs d'opium afghans. Les sommes en jeu sont considérables (en s'appuyant sur les chiffres de l'UNODC, Chossudovsky estime le montant global du trafic d'héroïne entre 120 et 194 milliards de dollars par an, dont 2.7 milliards vont aux producteurs locaux).
Ces sommes colossales sont blanchies, et d'une manière ou d'une autre sont réinjectées dans l'économie. Et c'est bien là le problème. Voilà qui soulève pas mal de questions.
Dans quelle mesure notre système économique précaire est-il dépendant de l'argent de la drogue ?
Dans quelle mesure les soldats français qui sont envoyés en Afghanistan (dont je ne doute pas que bon nombre d'entre eux sont convaincus d'agir pour la bonne cause) ont-ils in fine (et à leur insu) pour mission d'assurer la pérennité de l'approvisionnement mondial en héroïne ?
Le degré de cynisme et d'hypocrisie de ceux qui décident de les envoyer là-bas va-t-il jusque là ?
Publié par
Fares
le
10.9.08
5
commentaires
Catégories : 11 septembre, Conflit des civilisations, Désinformation, Drogue, Economie, Manif, Pétrole, Sarkozy, Terrorisme
jeudi 26 juin 2008
T'en veux de la fatwa ?
Je vais revenir sur l'affaire du mariage annulé qui a défrayé la chronique il y a quelques semaines.
J'ai appris la nouvelle sur le blog du Desdichado. J'ai eu l'occasion de dire ce que j'en pensais dans plusieurs commentaires ici et là.
Sur cette affaire, il y a un article que je trouve très intéressant (hormis le titre, que je trouve débile), c'est celui que Mme Jacqueline LEDUC NOVI (avocate au barreau de Lille) a publié sur Agoravox.
Dans un des commentaires, je disais :
[...] Mais ce "vif débat de société", je le trouve globalement de très mauvaise qualité. En faisant une petite revue de presse c'est très clair, le son de cloche est identique partout : le mari a demandé, et le juge lui a accordé, point final. C'est un rappel des faits partiel et partial. C'est très difficile de trouver le moindre article dans lequel on comprend clairement que dans cette affaire le mari et la femme demandent la même chose, et que justement le juge appuie sa décision sur le fait que tous deux ont demandé la même chose. Quand je pose la question autour de moi : "le mari voulait l'annulation du mariage, mais la femme qu'est ce qu'elle voulait ?", à peu près personne ne sait répondre.
On a droit à un matraquage à sens unique, avec des articles du genre de celui que j'ai cité : "Condamnation unanime de cette décision de justice".
Il aurait été souhaitable que dans les médias, on puisse avoir accès à des débats contradictoires entre juristes en langage compréhensible, afin qu'on ait une idée plus précise des différentes jurisprudences possibles qu'on peut déduire de cette décision. Là on aurait su si cette décision porte réellement en elle les graines d'un risque pour le statut des femmes, ou si au contraire le juge de Lille a pris suffisamment de précautions en appuyant sa décision sur le fait que les deux époux étaient favorables à l'annulation du mariage.
Au lieu de ça, on nous gave littéralement de conneries comme celles de Fadela Amara, qui parle sans rire de "fatwa contre l'émancipation des femmes". C'est vraiment stupide.
Donc on a un "vif débat de société", avec beaucoup d'émotion, beaucoup d'indignation, malgré une connaissance des faits très partielle, et une compréhension potentiellement erronée de la décision et de son impact en matière de jurisprudence. Les conditions d'un vrai débat de société serein ne sont donc clairement pas réunies.
Je vais insister un peu plus sur la phrase de Fadela Amara. En fait c'est comme s'il y a avait eu un genre de concours, à qui se répandrait dans la presse pour sortir la plus grosse connerie. Et je pense qu'au jeu de la plus grosse connerie, c'est bien madame Amara qui a gagné : sa phrase est délicieusement empoisonnée.
Depuis la fatwa proférée par l'ayatollah Khomeni à l'encontre de Salman Rushdie pour son livre "les versets sataniques", le mot "fatwa" est en quelque sorte devenu synonyme de "condamnation à mort". Il est tout à fait évident qu'une fatwa émise par un quelconque ayatollah (un espèce de vieux type barbu extrémiste), c'est forcément quelque chose de totalement rétrograde, voir franchement moyenâgeux. D'ailleurs, juste pour rire, imaginez un peu que l'ayatollah en question soit l'un des chefs spirituels du Hezbollah, et qu'en plus sa fatwa porte sur les femmes... On frémit d'avance à l'idée du tissus de conneries qu'on s'apprête à lire, pas vrai ?
Allez chiche : vas-y coco, balance la fatwa !!!
Le type s'appelle Mohammad Hussein Fadlallah, il est ayatollah, il est l'un des chefs spirituels du Hezbollah, et sa fatwa date du 27 novembre 2007 (voir le texte complet) :
[...]
Sixièmement : L’Islam n’autorise l’homme d’exercer aucune forme de violence contre la femme. Il n’a pas le droit d’attenter à ses droits légaux qu’il doit respecter conformément au contrat de mariage, ni de la chasser de la maison, ni de l’insulter, de l’injurier ou de lui adresser des paroles dures. Cela constitue un péché pour lequel l’homme sera châtié par Dieu et poursuivi par la loi islamique.
Septièmement : Si l’homme exerce la violence physique contre la femme et que celle-ci se voit incapable de se défendre par un moyen autre que de lui rendre la pareille, cela lui est licite en tant que juste défense. Si l’homme exerce la violence juridique contre la femme en la frustrant de certains de ses droits conjugaux comme les dépenses ou la vie sexuelle, il est en son pouvoir de renoncer à ses obligations envers lui qui sont fixées par le contrat de mariage.
Huitièmement : L’Islam affirme que nul n’a de l’autorité sur la femme du moment qu’elle est pubère, adulte et autonome pour ce qui est de la gestion de ses propres affaires. Nul n’a le droit de lui imposer un mari qu’elle ne désire pas. Tout contrat de mariage doit être consenti par la femme. Sinon il est illégal et sans effets.
[...]
Ah ben merde alors... C'est pas "ou tout blanc, ou tout noir" ? C'est pas "les gentils contre les méchants" ?
L'avantage d'une vision simpliste, c'est qu'elle est simple et donc facile à appréhender. Son problème, c'est qu'elle est fausse.
Finalement, on en revient à la vidéo que je mentionnais dans un billet précédent, où chacune des deux nanas posait la question : "Est-ce là votre vision de moi ?".
Le préjugé sur lequel repose la phrase de Fadela Amara est aussi stupide et aussi moisi qu'un préjugé qui supposerait par exemple qu'en chaque curé sommeille un pédophile en puissance.
Le problème, c'est que madame Amara est Secrétaire d'Etat. Aujourd'hui en France un Secrétaire d'Etat peut sortir des petites phrases pourries comme le coup de la fatwa sans aucun soucis, sans avoir besoin de se justifier. Comme si ce dérapage là n'en était même pas un.
Publié par
Fares
le
26.6.08
18
commentaires
Catégories : Conflit des civilisations, Justice, Médias, Politique
lundi 25 février 2008
Qu'est ce qu'on attend pour exiger la destitution de Nicolas Sarkozy ?
L'impopularité ne change strictement rien
En mai dernier, au lendemain de l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, j'ai entendu une information à la radio : pour la n-ième fois, le présentateur annonçait une baisse de la popularité de G. W. Bush dans les sondages aux Etats-Unis.
Cette information m'a inspiré deux réflexions.
1) La première, c'est que tôt ou tard, cette situation se produirait également chez nous. Nicolas Sarkozy ayant été élu sur la base de promesses contradictoires et incompatibles (ce que montre très bien le sociologue Eric Fassin dans le film Réfutations), il était clair que le mythe de l'homme politique providentiel (rendu possible par l'extrême passivité des médias, très peu prompts à dénoncer ses mensonges, ses contradictions et son bilan en tant que Ministre de l'Intérieur) ne durerait pas. Il m'avait donc semblé clair que comme Bush aux Etats-Unis, Nicolas Sarkozy serait tôt ou tard un président très impopulaire. La seule inconnue était le temps qu'il faudrait pour qu'une bonne partie de ses électeurs se rendent compte qu'ils s'étaient laissés tromper.
2) Mais la deuxième réflexion, c'est que cette impopularité ne change strictement rien. Bush a beau être impopulaire, il a beau être qualifié de "pire président de l'histoire des Etats-Unis" (article Washington Post), cela ne fait aucune différence. Bush a "fait le boulot", et il continue à mener le travail de sape en profondeur qu'il a engagé. Pour s'en convaincre, il suffit de connaître l'attachement des citoyens américains à la question de leurs "libertés individuelles" (leur attachement à la Constitution des Etats-Unis, au IVe amendement, au Habeas Corpus, etc...), et de le comparer avec la situation telle qu'elle est aujourd'hui (le Patriot Act, le Military Commissions Act, le Violent Radicalization and Homegrown Terrorism Prevention Act, etc...) pour mesurer l'étendue du chemin parcouru, et l'ampleur des régressions, en seulement quelques années.
Il en va de même en France : même si Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages, cette impopularité ne l'empêchera pas de réaliser le méticuleux travail de sape dans lequel il s'est engagé. Car là aussi, c'est bien d'un travail de sape qu'il s'agit.
Un comportement indigne d'un Président de la République
Nicolas Sarkozy utilise sa vie privée de façon ostentatoire comme technique de diversion permanente.
Cette attitude est incompatible avec celle d'un Président de la République.
Son attitude et ses déclarations à l'emporte pièce qui consistent à dire un jour une chose et le lendemain son contraire (avec les cheminots, avec les pêcheurs, sur le pouvoir d'achat, etc...) font de nous la risée des médias du monde (voir ici ou là).
Cette attitude est incompatible avec celle d'un Président de la République.
La politique de chasse à l'homme avec des objectifs chiffrés d'expulsions, est une politique coûteuse, qui provoque toutes sortes d'aberrations : bébé de 15 mois enfermé dans un centre de rétention ; expulsions de touristes, à leur arrivée ou alors qu'ils s'apprêtaient à repartir ; expulsion d'un avocat de 70 ans, qui réside en France depuis 45 ans, marié à une Française depuis 15 ans, père d'un garçon de 22 ans, inscrit au barreau d'Aix-en-Provence depuis 28 ans ; expulsion d'un homme adopté par une famille française ; rétention d'une mère, son enfant de 11 ans restant seul, etc... Une politique du chiffre pour le chiffre qui crée des situations humainement inacceptables qui déshonorent notre pays.
Nicolas Sarkozy revendique un héritage Gaulliste mais veut imposer sans le moindre débat la réintégration complète de la France dans l'OTAN. Il se fait le soutient inconditionnel des néo-conservateurs américains, viole la Charte de Nations-Unies en proférant des menaces militaires à l'encontre d'un pays qui ne présente pas une menace directe pour notre sécurité. Ce manque de retenue a des conséquences graves pour l'image et la crédibilité de notre pays.
Un Président de la République qui piétine notre Constitution
Mais il y a encore plus grave. Nicolas Sarkozy s'en prend directement, frontalement, à ce constitue les fondements de notre République : sa Constitution.
"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée". (Article 1er - Constitution de 1958).
Une Constitution qu'il est tenu de respecter et de défendre :
"Le Président de la République veille au respect de la Constitution" (Article 5 - Constitution de 1958).
Or Nicolas Sarkozy piétine délibérément notre constitution. Il s'attaque à plusieurs points de l'article 1er :
"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale."
Nicolas Sarkozy n'est pas laïque. Le concept de "laïcité positive" dont il revendique la paternité n'est pas de lui : ce sont les propos de Benoit XVI, prononcés le 11 octobre 2005. La position de Nicolas Sarkozy correspond exactement à la vision papale de la place de la religion dans la société. Nicolas Sarkozy va même jusqu'à affirmer sa volonté de réintroduire l'enseignement religieux à l'école publique.
Cette attitude est incompatible avec celle d'un Président de la République.
"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale."
Le traité de Lisbonne, présenté comme "nouveau" ("mini", "modifié", "simplifié") et dont Nicolas Sarkozy revendique la paternité, n'est ni plus ni moins que le traité rejeté lors du référendum de 2005, rendu volontairement illisible (dixit Valéry Giscard d'Estaing). Nicolas Sarkozy a menti lorsqu'il a demandé aux représentants du peuple de désavouer le peuple. Ces mensonges à répétition ont pour effet d'affaiblir notre démocratie.
Et que dire de son dernier coup tordu pour tenter de contourner la décision du Conseil Constitutionnel ? (Voir également l'article de Sébastien Fontenelle : "Nicolas Sarkozy défie la démocratie").
Cette attitude est incompatible avec celle d'un Président de la République.
"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale."
Le démantèlement systématique des progrès sociaux hérités du Programme du Conseil National de la Résistance constitue le coeur de sa politique économique et sociale. Nous avons déjà assisté à la réécriture du Code du Travail qui, contrairement à ce qui avait été annoncé, ne s'est pas faite à "droit constant". Et maintenant, il s'agit de liquider l'héritage du Programme du Conseil National de la Résistance ?
Cette attitude est incompatible avec celle d'un Président de la République.
Comme Georges W. Bush s'est appliqué à piétiner la Constitution américaine, Nicolas Sarkozy s'applique à piétiner notre Constitution française.
Four more years ?
"Four more years !" (4 ans de plus !). C'était le slogan des partisans de G. W. Bush lors des élections présidentielles de 2004 aux Etats-Unis.
Four more years !! Four more years !! Four more years !!
Four more years, c'est le temps qui nous sépare des prochaines élections présidentielles en France. En êtes-vous si sûrs ?
Sommes-nous condamnés à 4 ans de plus de magouilles, de mensonges, et d'attaques sans relâche contre les valeurs de notre République ?
Une fois de plus, les Etats-Unis fournissent un support de réflexion intéressant. Des initiatives populaires comme Impeach Bush, bien qu'elles soient à la fois timides et bien tardives, sont sources d'inspiration.
Sans un objectif clair, nous sommes condamnés à subir les effets de cette politique indigne de la France, et nous sommes condamnés à voir notre Constitution bafouée par celui qui a la responsabilité de la défendre. Les sondages défavorables n'auront aucun impact, ni sur le contenu de sa politique, ni sur sa manière de la mener. Si nous voulons défendre notre Constitution et les valeurs de notre République, nous devons faire en France ce que les citoyens Américains auraient du faire chez eux il y a bien longtemps. Nous devons exiger la destitution de Nicolas Sarkozy. Cette destitution peut s'obtenir de façon démocratique et pacifique.
Manquement à ses devoirs => Destitution
Dans une démocratie comme le Vénézuela, le Président de la République est soumis à un référendum révocatoire à mi-mandat. En France, nous n'avons pas un tel outil à notre disposition.
Mais dans notre démocratie, dont le principe est : "gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple", (Article 2 - Constitution de 1958), rien ne nous empêche d'exiger la tenue d'un référendum révocatoire dans les plus brefs délais.
Dans une démocratie, on obtient ce qu'on veut, à condition d'être suffisamment nombreux à l'exiger.
En piétinant notre Constitution qu'il est censé défendre, Nicolas Sarkozy se rend coupable d'un manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec sa fonction de Président de la République. Or, comme l'indique l'article 68 de notre Constitution :
"Le Président de la République ne peut être destitué qu'en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat. La destitution est prononcée par le Parlement constitué en Haute Cour".
La procédure de destitution est détaillée dans cet article.
Il est à craindre que nos représentants, aveuglés par des luttes partisanes, n'aient pas spontanément le courage de défendre notre Constitution en s'élevant contre un Président de la République qui la menace. Mais nous pouvons les y contraindre. De façon démocratique et pacifique.
Sortir de la torpeur
Nous sommes sans doute nombreux à penser que nous en avons déjà assez vu, et que cette mascarade a assez duré. Il est temps d'y mettre un terme. De façon démocratique et pacifique.
Alors évidemment, ce ne sera pas simple, ça ne se fera pas tout seul, et ce ne sera pas de tout repos. Nous aurons à convaincre une classe politique trop lâche et trop frileuse qui dans un premier temps refusera de prendre ses responsabilités. Nous aurons probablement également à subir l'hostilité des médias dominants, qui défendront sans doute Nicolas Sarkozy bec et ongles. Profitons-en pour réaffirmer haut et fort le fait que l'indépendance et le pluralisme des médias doivent impérativement devenir des questions politiques prioritaires dans ce pays !
Ce ne sera pas simple, mais nous avons des moyens :
- Tout d'abord, en discutant ! Avec vos proches, vos amis, vos collègues. L'idée de la destitution d'un Président incapable d'assumer ses fonctions et qui menace notre Constitution, doit sortir du tabou dans lequel elle est enfermée. Cette idée doit être reprise, commentée, discutée, agitée.
- Il faudra signer et faire circuler toutes les pétitions qui iront dans ce sens.
- Il faudra contacter nos représentants, et exiger d'eux qu'ils nous représentent.
- Il faudra manifester pacifiquement, le week-end d'abord.
- Et si ça ne suffit pas, il faudra sans doute également faire grève, jusqu'à ce que nous obtenions gain de cause.
A la question : "peut-on obtenir la destitution de Nicolas Sarkozy ?", la réponse ne dépend que de nous. Si nous sommes prêts à nous mobiliser, alors la réponse est "oui", sans aucun doute. En revanche, si nous ne sommes pas prêts à défendre les valeurs de la République, alors il faudra en tirer les conclusions qui s'imposent : cela signifierait que nous ne méritons pas mieux que Nicolas Sarkozy.
Dans les semaines et les mois à venir, les questions auxquelles nous aurons à répondre, collectivement et individuellement, sont donc :
- A-t-on quatre ans de plus à perdre avec Nicolas Sarkozy ?
- Va-t-on permettre qu'un Président de la République bafoue continuellement notre Constitution et les principes de notre République ?
- Va-t-on oui ou non se mobiliser pour exiger sa destitution ?
Publié par
Fares
le
25.2.08
7
commentaires
Catégories : Conflit des civilisations, Economie, Europe, Libertés individuelles, Médias, Politique, Sarkozy, Social
lundi 18 février 2008
La "néo-conservatisa-tion" de l'Europe passera-t-elle par l'OTAN ?
La "néo-conserva"-quoi ?
En mai dernier, j'ai posté un billet à propos de Wolfowitz et de la Banque Mondiale. La vidéo revient sur la "doctrine Wolfowitz", et pose les bases de l'idéologie néo-conservatrice telle que présentée par le PNAC et mise en pratique par l'administration Bush.
Entre autres joyeusetés, on retrouve : l'affaiblissement de l'ONU, l'augmentation des budgets militaires, la notion de "guerre préventive" (qui a entraîne la mort de plus de 1 million d'Irakiens depuis 2003), etc...
En octobre dernier, je revenais en détails sur le livre de Guy Millière (Le futur selon George W. Bush (2005) ). J'insistais en particulier sur la volonté des néoconservateurs Américains de voir leur idéologie s'étendre à l'Europe. Parmi toutes les raisons évidentes de rejeter la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, c'était selon moi la plus importante :
Je cite (les extraits du livre sont en gras) :
"Les Européens devront comprendre ce qui est très précisément en jeu dans la révolution néoconservatrice américaine, d'une manière ou d'une autre, ou ils disparaîtront, et l'Europe avec eux. La disparition de l'Europe pourra être brutale ou douce, rapide ou lente. Elle pourra être une avancée progressive vers la vieillesse et la décrépitude qu'annoncent les courbes démographique actuelles, une progression vers l'islamisation qui ne sera islamisation modérée que si, et seulement si, la doctrine Bush concernant l'islam est couronnée de succès."
"Le néoconservatisme pourrait-il s'implanter en Europe et, ainsi, sauver l'Europe ?"
"Les Européens ne seront sauvés, s'ils doivent l'être, que par un sursaut immense", m'a dit David Horowitz à Malibu."
Le néoconservatisme. La guerre "préventive". "L'inévitable conflit des civilisations". La légalisation de la torture. Une idéologie qui doit s'implanter en Europe, faute de quoi nous ne serons pas "sauvés". Une idéologie sans laquelle nous "disparaîtrons", d'une manière ou d'une autre.
La France, qui est un grand pays, pourrait bien jouer un rôle majeur dans ce processus de transformation. Au-delà des politicailleries franco-françaises, voilà précisément ce qui constitue l'un des enjeux majeurs de cette élection.
Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, c'est effectivement dans cette direction que nous nous dirigeons.
A ce titre, on peut rappeler les propos de Nicolas Sarkozy devant la conférence des ambassadeurs de France le 27 octobre dernier.
On peut également mentionner l'escalade des menaces à l'encontre de l'Iran auxquelles Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner ont activement participé (des menaces qui sont autant de violations patentes de la Charte des Nations-Unies). Pouvaient-ils ignorer le contenu du rapport du NIE (National Intelligence Estimate) qui déclare : "Nous estimons qu'à l'automne 2003 Téhéran a arrêté son programme militaire nucléaire" ?
Parlons également de l'OTAN, puisque c'est l'objet de ce message. Nicolas Sarkozy a décidé que la France réintègrerait l'OTAN, une organisation qui est et qui restera sous commandement américain (voir cet article).
C'était dans le Traité Constitutionnel Européen rejeté par référendum, c'est donc également dans le traité de Lisbonne imposé par la voie parlementaire : Section 2 - Article 28A
La politique de défense commune de l'Union Européenne doit donc être compatible avec celle arrêtée dans le cadre de l'OTAN.
Dans ce contexte, il est tout à fait alarmant que l'idée du recours à des "frappes nucléaires à titre préventif" fasse son chemin au sein de l'OTAN. C'est une question à laquelle il faut s'intéresser au plus vite, faute de quoi nous risquons bien de nous réveiller un beau matin avec la responsabilité partagée d'un holocauste nucléaire perpétré en notre nom.
A lire également : Guerre nucléaire contre l'Iran, de Michel Chossudovsky.
Publié par
Fares
le
18.2.08
3
commentaires
Catégories : Conflit des civilisations, Europe
mercredi 13 février 2008
Nicolas Sarkozy part en croisade contre la laïcité
Le discours du Président de la République prononcé au Palais de Latran le 20 décembre dernier ne constitue pas son premier coup de boutoir à l'encontre de la laïcité. Et même s'il a à juste titre provoqué un tollé, ce n'est sans doute pas la dernière attaque de Nicolas Sarkozy pour remettre en cause la loi de 1905.
On se souvient du rapport Machelon, commandé par le Ministre de l'Intérieur (Nicolas Sarkozy) le 20 octobre 2005, et qui lui a été remis le 20 septembre 2006. Un rapport critiqué qui avait provoqué une levée de boucliers de la part de 16 députés, toutes tendances confondues, dans un communiqué de presse du 26 octobre 2006.
Au sujet du discours de Latran, j'ai vu passer pas mal d'articles intéressants. Si je devais retenir 3 sources, ce serait ces trois là :
1) Sur le ton de l'humour, un article de Sébastien Fontenelle sur Vive le Feu : Nicolas Sarkozy est Le Roi De La Caillasse !!
2) Plus sérieusement, à lire absolument, la série de 8 articles de Françoise sur REPVBLICÆ, à qui j'emprunte l'illustration suivante :
Un travail tout à fait remarquable, truffé de sources et de références historiques, qui démolit point par point le discours de Nicolas Sarkozy. Lorsque je suis tombé dessus, la série était déjà terminée. Je me suis enfilé les 8 articles d'une traite. Vous pouvez les consulter ici :
- Attention danger ! (1)
- Attention danger ! (2)
- Attention danger ! (3)
- Attention danger ! (4)
- Attention danger ! (5)
- Attention danger ! (6)
- Attention danger ! (7)
- Attention danger ! (fin)
3) Autre travail très intéressant, celui de Jean-Luc Mélenchon, Sénateur de l'Essonne.
Le document est disponible en ligne au format PDF.
Il y a trois points en particulier sur lesquels il semble important d'insister :
- Je cite : [...] Tant que le président cite des écrivains et des gens d'églises, il est dans son rôle d'évocation de la participation des Français à une histoire religieuse qui a beaucoup compté pour eux. Mais quand ces évocations portent sur des personnages politiques il en va tout autrement. Notamment quand il s'agit d'évocation de personnages d'ancien régime. Entre l'ancien régime et la République, c'est la rupture qui fait sens, et non l'apparente impression de continuité que donnent la permanence des lieux et la suite des générations. La rupture est celles des principes, des valeurs, des mobiles d'action, des objectifs. Se référer à une histoire commune avec l'ancien régime pour un gouvernant républicain, c'est prendre le risque permanent du contre sens politique.
- Le concept de "Laïcité positive" n'est pas de Sarkozy. Ce sont les mots de Benoît XVI. Les propos du Président de la République Française (La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale - Constitution de 1958), sont dans la droite ligne de la vision papale de la place de la religion dans la société.
- Et troisième point, Jean-Luc Mélenchon ne se contente pas d'une approche strictement franco-française. Il analyse les discours de Latran et de Ryad à lumière de l'idéologie du "choc des civilisations", et évalue les prises de position de Nicolas Sarkozy d'un point de vue géopolitique. Il rappelle au passage les propos tenus par Nicolas Sarkozy devant la conférence des ambassadeurs de France le 27 août dernier. Cette réflexion apporte un éclairage pertinent.
Dans la suite de ce billet, je cite quelques morceaux choisis du document de Jean-Luc Mélenchon :
En France, la laïcité de l'Etat est une question sensible. Notre pays a connu trois siècles de guerre civile religieuse, ouverte ou larvée. Les principaux courants qui en ont été protagonistes sont toujours présents et actifs. L'instauration de la laïcité comme principe organisateur et pacificateur de notre république est le résultat de cette histoire. Depuis la loi fondatrice de 1905 instituant la séparation des églises et de l'Etat, le débat a été ouvert à de nombreuses reprises sous des formes diverses et les citoyens s'y sont toujours engagés avec conviction. Le discours du président de la république, par la radicalité de sa rupture avec les principes constants de la République sur ce sujet, semble devoir ouvrir une nouvelle période de confrontation.
[...]
Ce discours ne doit pas être lu comme l'expression de la sensibilité personnelle de Nicolas Sarkozy en matière religieuse. Certes, le président est, selon ses propres termes, un « catholique de tradition et de cœur ». Personne ne lui en fait grief. C'est une conviction qui relève de la sphère privée. Au demeurant il n'est pas le premier président de la république française à être croyant et pratiquant.
Le discours du président de la République devant le chapitre de saint jean de Latran, est une parole officielle prononcée au nom de la République française. C'est celle du président de la République es qualité, représentant tous ses concitoyens français, au moment où il accepte d'endosser une fonction honorifique liée par tradition folklorique à sa charge, celle de chanoine de Latran, paroisse de l'Etat du Vatican dans la ville de Rome. Sur le moment, puis à la suite de son allocution, le président a souligné à diverses occasions l'importance particulière de ce discours. Il s'agit bien d'une définition des principes et de la vision auxquels il entend se référer à propos de la place du fait religieux dans la vie des sociétés modernes en général et de la religion catholique en France en particulier. Les discours qu'il a ensuite prononcés à Ryad en Arabie saoudite, puis pour ses vœux devant le corps diplomatique ou à l'occasion de la réception des chefs religieux à l'Elysée ont confirmé l'importance du discours de Latran dans la définition de la politique que veut conduire le chef de l'Etat. Il existe ainsi une sorte de continuité entre ses différentes expressions qui se complètent de façon assumée. Elles dessinent un tableau d'ensemble. Il se fonde sur une analyse du rapport de la société humaine au fait religieux.
[...]
On doit s'attarder un peu sur le recours à l'histoire profonde du pays pour comprendre que l'exercice n'est pas neutre en lui-même. Tant que le président cite des écrivains et des gens d'églises, il est dans son rôle d'évocation de la participation des Français à une histoire religieuse qui a beaucoup compté pour eux. Mais quand ces évocations portent sur des personnages politiques il en va tout autrement. Notamment quand il s'agit d'évocation de personnages d'ancien régime. Entre l'ancien régime et la République, c'est la rupture qui fait sens, et non l'apparente impression de continuité que donnent la permanence des lieux et la suite des générations. La rupture est celles des principes, des valeurs, des mobiles d'action, des objectifs. Se référer à une histoire commune avec l'ancien régime pour un gouvernant républicain, c'est prendre le risque permanent du contre sens politique. Sans aucun doute le président ne le sait pas. Peut-être n'y a-t-il jamais réfléchi. Il n'empêche. La Référence à Louis IX, canonisé par l'église et connu sous le nom de « saint Louis » est particulièrement malheureuse. On comprend qu'il s'agit de montrer que le pouvoir lui-même en France a été si près du catholicisme qu'il a été reconnu par lui comme figure exemplaire de ses propres valeurs. C'est d'ailleurs un classique des admonestations des papes à tous les souverains français avec qui ils ont été en conflit : citer comme contre modèle « saint louis » leur ancêtre ! Le président veut donc en saluer la « contribution spirituelle » et la « signification morale de portée universelle ». Rien n'est plus discutable. Les raisons qui ont valu au roi Louis IX d'être canonisé par l'église et l'expression de sa piété dans ses décisions politiques ne méritent pas l'hommage d'un républicain. Et peu nombreux sont ceux qui voudraient s'en réclamer s'ils ne s'arrêtaient pas à la légende aimable du roi rendant la justice sous son chêne. En effet le roi Louis IX (1214-1270) fut l'initiateur des boucheries et du fiasco de la 7ème (1248-1254) et de la 8ème croisades (1270). Il s'illustra surtout dans des persécutions sans précédent contre les hérétiques et les juifs. C'est ainsi qu'il institutionnalisa une répression féroce du blasphème par le supplice du pilori et du percement de la langue au fer rouge. En 1242, il soutient une controverse théologique contre le Talmud et ordonne un autodafé de Talmuds à Paris. En 1254, il bannit de France les Juifs qui refusent la conversion. Le succès n'ayant pas été total, il revient à la charge en 1269 pour instaurer le port par les Juifs de signes vestimentaires distinctifs : la rouelle pour les hommes et un bonnet spécial pour les femmes. Le but, annoncé publiquement à l'époque, est de prévenir tout risque de mariage mixte en application d'une recommandation papale de 1215 qui n'avait jamais été appliquée jusqu'alors en France. On voit que le maniement des références et des symboles d'osmose avec la papauté comporte le risque de prendre à son compte une histoire et des préoccupations qui sont précisément ce avec quoi la laïcité de l'Etat Républicain a voulu rompre. Le discernement serait tout aussi utile quand il s'agit d'évoquer une sainte figure comme celle de Bernard de Clairvaux (1090-1153) grand prédicateur de la 2ème croisade (1147-1149) qui s'était alors rendu célèbre par ses mots d'ordre radicaux « le baptême ou la mort » ou encore « conversion ou extermination »...
[...]
Le choix partisan des références prises dans l'histoire de l'ancien régime ne fait que préparer dans le discours de Latran un alignement du vocabulaire du président de la République bien plus spectaculaire et politiquement alarmant dans le jugement porté sur la loi de séparation de l'église et de l'Etat de 1905. Cette loi n'a jamais été analysée par l'Eglise de Rome comme une simple loi d'organisation de la vie commune d'un pays démocratique. Son opposition porte sur le fond de ce qu'implique la séparation des églises et de l'Etat. Cette opposition est totale. Elle est constante. Elle a été rappelée jusqu'en 2005 par le pape Jean-Paul II. La citation de son propos est indispensable pour comprendre l'état d'esprit qui anime le Vatican à ce sujet et dont le vocabulaire choisi par ses porte parole rend compte. On sera alors d'autant plus stupéfait de retrouver les mêmes termes dans la bouche du président de la République française. Voici ce qu'écrit Jean-Paul II aux évêques de France le 11 février 2005 : « En 1905, la loi de séparation des Églises et de l'État fut un événement douloureux et traumatisant pour l'Église en France. » Retenons ces deux adjectifs : douloureux et traumatisant. Ce n'est pas de l'inventaire des biens d'église dont il est question ni du refus de la masse des français de répondre aux appels à la résistance que leur lançait le clergé dont il est question à propos de ce traumatisme. C'est du fond. L'explication du pape est claire : c'est la rupture avec le modèle de la religion d'Etat qu'il dénonce. Voici comment il résume cette « souffrance » à propos de la loi de 1905: « Elle réglait la façon de vivre en France le principe de laïcité et, dans ce cadre, elle ne maintenait que la liberté de culte, reléguant du même coup le fait religieux dans la sphère du privé et ne reconnaissant pas à la vie religieuse et à l'Institution ecclésiale une place au sein de la société. La démarche religieuse de l'homme n'était plus alors considérée que comme un simple sentiment personnel, méconnaissant de ce fait la nature profonde de l'homme, être à la fois personnel et social dans toutes ses dimensions, y compris dans sa dimension spirituelle. » Chaque mot compte dans cette présentation.. Ce que dit le président de la république n'en est que plus stupéfiant. « Je sais les souffrances que sa mise en oeuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. » C'est très exactement le point de vue clérical. Et le président poursuit de façon tout aussi incroyable en donnant raison après coup aux rébellions de l'Eglise : « Je sais que l'interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie, reconnaissons le, une reconstruction rétrospective du passé. » Enfin il conclut : « C'est surtout par leur sacrifice dans les tranchées de la Grande guerre, par le partage de leurs souffrances, que les prêtres et les religieux de France ont désarmé l'anticléricalisme ; et c'est leur intelligence commune qui a permis à la France et au Saint Siège de dépasser leurs querelles et de rétablir leurs relations » Tout est blessant dans cette déclaration. La stigmatisation de la loi au motif qu'elle n'aurait pas été à l'époque une loi de liberté, acquitte la papauté de l'époque de ses appels à la désobéissance à la loi. La présentation du clergé comme la victime de la situation donne raison au refrain constant de la propagande cléricale. Et plus choquant encore l'évocation du rôle des prêtres dans la guerre de 14 non comme citoyens faisant leur devoir mais comme représentants d'un corps constitué. Sur ce sujet, si mal choisi, il reste à apprendre au président de la République que dans sa condamnation de la loi de 1905 le pape de l'époque protestait aussi contre le fait que l'on décide d' « [...] arracher les clercs à leurs études et à la discipline ecclésiastique pour les astreindre au service militaire ».
[...]
Le Président considère que le processus dont le siècle et le courant des Lumières sont l'apothéose n'est pas le mouvement qui compte à ses yeux, quand bien même a-t-il fait « naitre l'ère moderne » selon le mot de Goethe à propos de la grande révolution française. Au contraire. Pour Nicolas Sarkozy, le président de la République, les lumières appartiennent à un espace intellectuel auto limité. De ce fait même elles sont intrinsèquement dangereuses. Son analyse à ce sujet, telle qu'elle est formulée dans le discours de Latran, sert de matrice pour d'autres discours et interviews de presse. Son importance n'a d'égal que sa gravité. « Depuis le siècle des Lumières, déclare le président, l'Europe a expérimenté tant d'idéologies ! Elle a mis successivement ses espoirs dans l'émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l'amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s'est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives - que je ne mets évidemment pas sur le même plan - n'a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l'existence. » Ce serait assez que ces mots aient été prononcés pour que n'importe quelle conscience républicaine se sente profondément blessée par la violence de l'injure qui est ainsi faite. Mais ce qui sans doute est le plus affligeant et consternant est que ces mots aient été empruntés quasi littéralement au pape Jean-Paul II lui-même pour qui le rejet des lumières est un élément central de la construction dogmatique du catholicisme. Pour ce dernier en effet, les Lumières sont le terreau des crimes et tragédies politiques du vingtième siècle. Dans le texte intégral du chapitre « Lumières et idéologies du mal » du document intitulé « Mémoire et Identité » paru en mars 2005, Jean-Paul II étend sa condamnation à la Renaissance elle-même. La raison de fond est parfaitement cohérente. C'est la négation de toute part de vérité pour tout ce qui ne procède pas de la révélation. Ces prémices sont d'ailleurs rappelées avec force en conclusion des raisonnements exposés par le pape : « « Le code moral provenant de Dieu est la base intangible de toute législation humaine dans n'importe quel système, en particulier dans le système démocratique. La loi établie par l'homme, par les parlements et par toute autre instance législative humaine, ne peut être en contradiction avec la loi naturelle, c'est-à-dire, en définitive, avec la loi éternelle de Dieu. » Cette conclusion doit être connue pour bien mesurer toute la portée du raisonnement papal et comprendre la radicale incongruité du ralliement qu'y proclame le président de la République.
[...]
Cependant, l'outrance de ce point de vue a son mérite. Elle signale avec force la piste par laquelle le « raisonnement » religieux fournit une passerelle conceptuelle efficace vers un autre corps de doctrine plus trivialement préoccupé de réalité géopolitique. Il s'agit de la théorie du « choc des civilisations » formulée par Samuel Huntington. Elle est au coeur de la pensée du président Sarkozy à propos de la réalité mondiale de notre époque. Il y a exprimé à de très nombreuses reprises son adhésion intellectuelle. C'est au point que l'on peut se demander si les manifestations d'enthousiasme religieux du président ne sont pas la conséquence de son adhésion à cette théorie plutôt que l'inverse. Le raisonnement de politique étrangère serait premier, l'intime conviction religieuse serait seconde. On pourrait être conduit vers cette conclusion par l'écart remarquable qui apparaît entre la vie réelle du président et ses déclarations de foi religieuse et d'adhésion à la morale catholique.
[...]
Dans ces conditions, le discours prononcé à Latran n'est pas le règlement de compte d'un homme de droite décomplexé avec le récit républicain traditionnel marqué par la domination intellectuelle du courant issu des Lumières. C'est un discours pour l'actualité et à propos de l'actualité telle que la voit le président et dans laquelle il pense que la France doit prendre place. Mais elle ne peut le faire en tant qu'Etat républicain construit sur les bases laïques telles qu'elles sont constituées par son histoire et en particulier celle de la loi de 1905. La République laïque ne peut connaître ni s'intégrer dans la logique du choc des civilisations. Cette impossibilité a éclaté dès son discours sur la politique étrangère de la France. Il y affirmait que « le premier défi » que le monde aurait à relever ce serait « le risque de confrontation entre l'islam et l'occident ». Cette lecture de l'état du monde à partir du fait religieux plutôt qu'en partant des politiques pratiquées par les Etats marquait une rupture du discours de politique étrangère de la France. Mais surtout il implique une conséquence inacceptable pour la France elle-même. Car les citoyens français de confession musulmane s'y trouvent immédiatement placés en situation d'impasse et de soupçon. La tension que cette vision du monde déclenche pour notre pays lui-même montre l'obstacle que représente pour cette vision la définition laïque de l'identité de la République française. On ne doit pas perdre de vue qu'il s'agit d'une opposition des principes fondamentaux mis en œuvre. Laïcité et politique du choc des civilisations s'opposent point par point sur le plan des principes sur lesquels elles reposent. Coté choc des civilisations, la diversité est la donnée indépassable, côté laïcité c'est l'unité en soi de l'espèce humaine qui est le point d'appui. Là où la politique de civilisation prône la coexistence d'intérêts intrinsèquement différents, la vision laïque postule qu'il existe un intérêt général que la raison des citoyens peut discerner et promouvoir. Là où la politique de civilisation vise une identification à une « famille », la laïcité prône l'indifférence au religieux en politique pour rendre possible l'unité et l'indivisibilité de la communauté civique. C'est pourquoi, point pour point le président est aussi méthodique dans l'affirmation et la mise en œuvre de sa vision du monde. Globalement son projet avéré est la reconfessionalisation de la société.
[...]
Et le président se fait encore plus pressant dans l'interview qu'il donne juste après son discours du Latran au journal papal l'Osservatore romano : «Ça manque les intellectuels chrétiens, ça manque les grandes voix qui portent dans les débats pour faire avancer une société et lui donner du sens et montrer que la vie n'est pas un bien de consommation comme les autres. » Dés lors, la parole présidentielle ne peut que se placer à la frontière de ce qu'elle souhaite c'est-à-dire de la prédication. C'est clairement ce qui se passe dans cette interview quand le président explique dans le style d'un prêche : « Le message du Christ, c'est un message très audacieux puisqu'il annonce un Dieu fait de pardon et une vie après la mort. Je ne pense pas que ce message d'audace extrême et d'espérance totale puisse être porté de façon mitigée. Il nécessite une grande affirmation, une grande confiance et je suis de ceux qui pensent que dans les débats d'aujourd'hui, les grandes voix spirituelles doivent s'exprimer plus fortement » Cette confusion des genres rhétoriques est spectaculaire dans le discours de Ryad. Est-ce vraiment le ton d'un président de la République française de se lancer dans une litanie qui affirme : « « L'Homme n'est pas sur Terre pour détruire la vie mais pour la donner. L'homme n'est pas sur Terre pour haïr mais pour aimer. L'homme n'est pas sur Terre pour transmettre à ses enfants moins qu'il n'a reçu mais davantage. C'est au fond ce qu'enseignent toutes les grandes religions et toutes les grandes philosophies. C'est l'essence de toute culture et de toute civilisation. » Tous les observateurs ont été sidérés par le glissement vers la forme et le ton du prédicateur quand le président est passé à l'évocation de Dieu comme d'une entité présente et indubitable. Il l'a fait sur le mode d'une prière au contenu d'ailleurs assez significatif d'un certain aveuglement devant la réalité de l'action religieuse dans le monde: « Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme. Dieu qui n'asservit pas l'homme mais qui le libère. Dieu qui est le rempart contre l'orgueil démesuré et la folie des hommes. Dieu qui par-delà toutes les différences ne cesse de délivrer à tous les hommes un message d'humilité et d'amour, un message de paix et de fraternité, un message de tolérance et de respect ». Dans l'élan de ce discours, la confusion des genres a été portée jusqu'au point où le président s'est institué commentateur et source de théologie à propos du contenu des religions. Est-ce bien à un chef d'Etat laïque de s'engager sur de tels contenus ?
[...]
Qu'il s'agisse de la façon de parler des prêtres ou de lui-même tout dans ce moment de parole est hors norme de la part d'un chef d'Etat républicain. Jugeons plutôt sur pièce : « Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent de surmonter ces épreuves. » Puis il vient à ce qu'il appelle sa vocation avec des mots qui ne sont plus ceux d'un homme qui porte un mandat électif confié par le peuple mais plutôt celui d'une onction de caractère mystique : « Sachez, dit-il, que nous avons au moins une chose en commun: c'est la vocation. On n'est pas prêtre à moitié, on l'est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu'on n'est pas non plus Président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l'intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j'allais faire ce que j'ai fait, je l'ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j'ai faits pour réaliser la mienne. »
En faisant du sacré la mesure de l'authentique, le président a franchi un seuil inacceptable. Il a repris à son compte l'accusation injurieuse des ennemis de la République qui dénonçaient l'amoralisme de « l'école sans dieu ». Entre le prêtre et l'instituteur le président a établi une hiérarchie odieuse que seul les cléricaux les plus fossilisés pouvaient avoir a l'esprit : « Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance. »
[...]
Dans ces conditions, la description du monde selon Nicolas Sarkozy est condamnée à prendre ses distances avec la formulation républicaine de la laïcité. De la laïcité indifférence de l'Etat vis à vis des religions il passe à la laïcité « neutralité ». Puis la neutralité est décrite comme l'égalité de traitement des religions ce qui est déjà tout autre chose que l'indifférence. Puis, de cette égalité de traitement on glisse à l'idée d'une égale valorisation des religions indispensables au bon fonctionnement de la société et à l'épanouissement des personnes. Bien sûr cela n'a plus rien à voir avec la laïcité de la loi de 1905. On est alors dans un autre espace sémantique. C'est celui que Nicolas Sarkozy appelle « la laïcité positive ».
Ce concept serait une création intellectuelle du président de la République et sa contribution à l'histoire de la pensée sur cette question. Lui-même s'approprie ouvertement l'invention du mot : « c'est ce que j'appelle la laïcité positive » dit-il dans le discours de Latran. « C'est pourquoi j'appelle de mes vœux l'avènement d'une laïcité positive, c'est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. » Demander aux pouvoirs publics de reconnaitre que les religions sont un atout, ce n'est évidemment plus la loi de 1905 mais son contraire. C'est parce que la République ne reconnaît aucun culte qu'elle ne les subventionne pas et qu'elle n'en salarie aucun membre. Les deux idées se tiennent étroitement. C'est bien pourquoi, sitôt fini d'énoncer ses soi disantes considérations sociologiques sur l'atout que seraient les religions, le président de la république en vient aussitôt à la nécessité de la réforme de la loi de 1905. : « Il ne s'agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s'agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d'avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à la leur compliquer » naturellement le chef de l'Etat se garde bien de dire en quoi consiste selon lui les grands équilibres de la loi de 1905 et on est en droit de penser que c'est une difficulté compte tenu des définition que lui-même donne de la laïcité... cependant on aurait tort de croire que la « laïcité positive » serait une improvisation au fil d'un discours présidentiel. Le terme est trop ostensiblement avancé comme une nouveauté destinée à nommer de nouvelles réalités. En fait il s'agit d'une doctrine très construite. Elle décrit une méthode du retour du religieux dans tout l'espace public conformément à ce qu'en a dit le président au fil de ses discours. Mais ni l'idée ni le mot, ni l'enchainement du raisonnement ne sont de lui. C'est un concept papal. Il a été produit par Benoît XVI. Celui-ci l'a résumé notamment dans son message 11 octobre 2005 au Président du Sénat italien Marcello Pera, à l'occasion du colloque « Laïcité et liberté » organisé les 15 et 16 octobre par les Fondations Magna Carta et Subsidiarité. « J'encourage une saine laïcité de l'Etat en vertu de laquelle les réalités temporelles sont régies par des normes propres, auxquelles appartiennent aussi ces instances éthiques qui trouvent leur fondement dans l'essence même de l'homme. [...] Parmi celles-ci le “sens religieux” a certainement une importance primordiale : là s'exprime l'ouverture de l'être humain à la Transcendance. Un Etat sainement laïc devra logiquement reconnaître un espace dans sa législation à cette dimension fondamentale de l'esprit humain. Il s'agit en réalité d'une “laïcité positive” qui garantisse à tout citoyen le droit de vivre sa foi religieuse avec une liberté authentique y compris dans le domaine public. [...] Pour un renouveau culturel et spirituel de l'Italie et du continent européen, ajoute le pape, il faudra travailler afin que la laïcité ne soit pas interprétée comme hostile à la religion, mais, au contraire, comme un engagement à garantir à tous, aux individus et aux groupes, dans le respect des exigences du bien commun, la possibilité de vivre et de manifester ses convictions religieuses ». La laïcité ainsi présentée ne se limite pas comme on peut le voir à la liberté de conscience individuelle ni à la pratique du culte par les croyants. Il s'agit d'autre chose de plus. De ce que l'encyclique « Véhémenter Nos » contre la loi de 1905 proclamait avec force à propos de Dieu: « [...] Nous lui devons donc, non seulement un culte privé, mais un culte public et social, pour l'honorer. » Ici, pour Benoît XVI, il ne s'agit pas seulement de « vivre » sa foi mais encore de la « manifester » « y compris dans le domaine public ». Nicolas Sarkozy s'était déjà hasardé à la frontière de la négation de la frontière entre la sphère publique et la conviction privée quand il avait demandé, faussement ingénu, en pleine campagne électorale présidentielle, dans le journal « La Croix » :« Vous ne pouvez pas cantonner l'aspect religieux au seul aspect cultuel. [...] Et qu'est-ce que la sphère privée ? Quand Jacques Chirac va à la messe à Brégançon, le fait-il à titre privé ou public ? »
L'église catholique qui a bien compris l'impossibilité de reprendre ses arguments frontaux contre la loi de 1905 reprend sa campagne avec d'autres mots pour dire la même chose et viser les mêmes objectifs. La « laïcité positive » est cet avatar. Elle est entourée d'un appareil de précision et de définition où s'expose la grande habileté du procédé puisque pour finir c'est l'église catholique et les cléricaux qui s'approprient le concept de laïcité pour le redéfinir et l'opposer aux laïques eux-mêmes.
Publié par
Fares
le
13.2.08
0
commentaires
Catégories : Conflit des civilisations, Sarkozy