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lundi 25 février 2008

Qu'est ce qu'on attend pour exiger la destitution de Nicolas Sarkozy ?




L'impopularité ne change strictement rien

En mai dernier, au lendemain de l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, j'ai entendu une information à la radio : pour la n-ième fois, le présentateur annonçait une baisse de la popularité de G. W. Bush dans les sondages aux Etats-Unis.


Cette information m'a inspiré deux réflexions.

1) La première, c'est que tôt ou tard, cette situation se produirait également chez nous. Nicolas Sarkozy ayant été élu sur la base de promesses contradictoires et incompatibles (ce que montre très bien le sociologue Eric Fassin dans le film Réfutations), il était clair que le mythe de l'homme politique providentiel (rendu possible par l'extrême passivité des médias, très peu prompts à dénoncer ses mensonges, ses contradictions et son bilan en tant que Ministre de l'Intérieur) ne durerait pas. Il m'avait donc semblé clair que comme Bush aux Etats-Unis, Nicolas Sarkozy serait tôt ou tard un président très impopulaire. La seule inconnue était le temps qu'il faudrait pour qu'une bonne partie de ses électeurs se rendent compte qu'ils s'étaient laissés tromper.


2) Mais la deuxième réflexion, c'est que cette impopularité ne change strictement rien. Bush a beau être impopulaire, il a beau être qualifié de "pire président de l'histoire des Etats-Unis" (article Washington Post), cela ne fait aucune différence. Bush a "fait le boulot", et il continue à mener le travail de sape en profondeur qu'il a engagé. Pour s'en convaincre, il suffit de connaître l'attachement des citoyens américains à la question de leurs "libertés individuelles" (leur attachement à la Constitution des Etats-Unis, au IVe amendement, au Habeas Corpus, etc...), et de le comparer avec la situation telle qu'elle est aujourd'hui (le Patriot Act, le Military Commissions Act, le Violent Radicalization and Homegrown Terrorism Prevention Act, etc...) pour mesurer l'étendue du chemin parcouru, et l'ampleur des régressions, en seulement quelques années.



Il en va de même en France : même si Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages, cette impopularité ne l'empêchera pas de réaliser le méticuleux travail de sape dans lequel il s'est engagé. Car là aussi, c'est bien d'un travail de sape qu'il s'agit.






Un comportement indigne d'un Président de la République


Nicolas Sarkozy utilise sa vie privée de façon ostentatoire comme technique de diversion permanente.
Cette attitude est incompatible avec celle d'un Président de la République.


Son attitude et ses déclarations à l'emporte pièce qui consistent à dire un jour une chose et le lendemain son contraire (avec les cheminots, avec les pêcheurs, sur le pouvoir d'achat, etc...) font de nous la risée des médias du monde (voir ici ou là).
Cette attitude est incompatible avec celle d'un Président de la République.


La politique de chasse à l'homme avec des objectifs chiffrés d'expulsions, est une politique coûteuse, qui provoque toutes sortes d'aberrations : bébé de 15 mois enfermé dans un centre de rétention ; expulsions de touristes, à leur arrivée ou alors qu'ils s'apprêtaient à repartir ; expulsion d'un avocat de 70 ans, qui réside en France depuis 45 ans, marié à une Française depuis 15 ans, père d'un garçon de 22 ans, inscrit au barreau d'Aix-en-Provence depuis 28 ans ; expulsion d'un homme adopté par une famille française ; rétention d'une mère, son enfant de 11 ans restant seul, etc... Une politique du chiffre pour le chiffre qui crée des situations humainement inacceptables qui déshonorent notre pays.


Nicolas Sarkozy revendique un héritage Gaulliste mais veut imposer sans le moindre débat la réintégration complète de la France dans l'OTAN. Il se fait le soutient inconditionnel des néo-conservateurs américains, viole la Charte de Nations-Unies en proférant des menaces militaires à l'encontre d'un pays qui ne présente pas une menace directe pour notre sécurité. Ce manque de retenue a des conséquences graves pour l'image et la crédibilité de notre pays.






Un Président de la République qui piétine notre Constitution


Mais il y a encore plus grave. Nicolas Sarkozy s'en prend directement, frontalement, à ce constitue les fondements de notre République : sa Constitution.


"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée". (Article 1er - Constitution de 1958).

Une Constitution qu'il est tenu de respecter et de défendre :
"Le Président de la République veille au respect de la Constitution" (Article 5 - Constitution de 1958).


Or Nicolas Sarkozy piétine délibérément notre constitution. Il s'attaque à plusieurs points de l'article 1er :




"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale."

Nicolas Sarkozy n'est pas laïque. Le concept de "laïcité positive" dont il revendique la paternité n'est pas de lui : ce sont les propos de Benoit XVI, prononcés le 11 octobre 2005. La position de Nicolas Sarkozy correspond exactement à la vision papale de la place de la religion dans la société. Nicolas Sarkozy va même jusqu'à affirmer sa volonté de réintroduire l'enseignement religieux à l'école publique.
Cette attitude est incompatible avec celle d'un Président de la République.





"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale."

Le traité de Lisbonne, présenté comme "nouveau" ("mini", "modifié", "simplifié") et dont Nicolas Sarkozy revendique la paternité, n'est ni plus ni moins que le traité rejeté lors du référendum de 2005, rendu volontairement illisible (dixit Valéry Giscard d'Estaing). Nicolas Sarkozy a menti lorsqu'il a demandé aux représentants du peuple de désavouer le peuple. Ces mensonges à répétition ont pour effet d'affaiblir notre démocratie.

Et que dire de son dernier coup tordu pour tenter de contourner la décision du Conseil Constitutionnel ? (Voir également l'article de Sébastien Fontenelle : "Nicolas Sarkozy défie la démocratie").
Cette attitude est incompatible avec celle d'un Président de la République.




"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale."

Le démantèlement systématique des progrès sociaux hérités du Programme du Conseil National de la Résistance constitue le coeur de sa politique économique et sociale. Nous avons déjà assisté à la réécriture du Code du Travail qui, contrairement à ce qui avait été annoncé, ne s'est pas faite à "droit constant". Et maintenant, il s'agit de liquider l'héritage du Programme du Conseil National de la Résistance ?
Cette attitude est incompatible avec celle d'un Président de la République.



Comme Georges W. Bush s'est appliqué à piétiner la Constitution américaine, Nicolas Sarkozy s'applique à piétiner notre Constitution française.







Four more years ?


"Four more years !" (4 ans de plus !). C'était le slogan des partisans de G. W. Bush lors des élections présidentielles de 2004 aux Etats-Unis.


Four more years !! Four more years !! Four more years !!



Four more years, c'est le temps qui nous sépare des prochaines élections présidentielles en France. En êtes-vous si sûrs ?

Sommes-nous condamnés à 4 ans de plus de magouilles, de mensonges, et d'attaques sans relâche contre les valeurs de notre République ?

Une fois de plus, les Etats-Unis fournissent un support de réflexion intéressant. Des initiatives populaires comme Impeach Bush, bien qu'elles soient à la fois timides et bien tardives, sont sources d'inspiration.

Sans un objectif clair, nous sommes condamnés à subir les effets de cette politique indigne de la France, et nous sommes condamnés à voir notre Constitution bafouée par celui qui a la responsabilité de la défendre. Les sondages défavorables n'auront aucun impact, ni sur le contenu de sa politique, ni sur sa manière de la mener. Si nous voulons défendre notre Constitution et les valeurs de notre République, nous devons faire en France ce que les citoyens Américains auraient du faire chez eux il y a bien longtemps. Nous devons exiger la destitution de Nicolas Sarkozy. Cette destitution peut s'obtenir de façon démocratique et pacifique.






Manquement à ses devoirs => Destitution


Dans une démocratie comme le Vénézuela, le Président de la République est soumis à un référendum révocatoire à mi-mandat. En France, nous n'avons pas un tel outil à notre disposition.

Mais dans notre démocratie, dont le principe est : "gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple", (Article 2 - Constitution de 1958), rien ne nous empêche d'exiger la tenue d'un référendum révocatoire dans les plus brefs délais.
Dans une démocratie, on obtient ce qu'on veut, à condition d'être suffisamment nombreux à l'exiger.


En piétinant notre Constitution qu'il est censé défendre, Nicolas Sarkozy se rend coupable d'un manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec sa fonction de Président de la République. Or, comme l'indique l'article 68 de notre Constitution :
"Le Président de la République ne peut être destitué qu'en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat. La destitution est prononcée par le Parlement constitué en Haute Cour".

La procédure de destitution est détaillée dans cet article.

Il est à craindre que nos représentants, aveuglés par des luttes partisanes, n'aient pas spontanément le courage de défendre notre Constitution en s'élevant contre un Président de la République qui la menace. Mais nous pouvons les y contraindre. De façon démocratique et pacifique.








Sortir de la torpeur

Nous sommes sans doute nombreux à penser que nous en avons déjà assez vu, et que cette mascarade a assez duré. Il est temps d'y mettre un terme. De façon démocratique et pacifique.

Alors évidemment, ce ne sera pas simple, ça ne se fera pas tout seul, et ce ne sera pas de tout repos. Nous aurons à convaincre une classe politique trop lâche et trop frileuse qui dans un premier temps refusera de prendre ses responsabilités. Nous aurons probablement également à subir l'hostilité des médias dominants, qui défendront sans doute Nicolas Sarkozy bec et ongles. Profitons-en pour réaffirmer haut et fort le fait que l'indépendance et le pluralisme des médias doivent impérativement devenir des questions politiques prioritaires dans ce pays !



Ce ne sera pas simple, mais nous avons des moyens :
  • Tout d'abord, en discutant ! Avec vos proches, vos amis, vos collègues. L'idée de la destitution d'un Président incapable d'assumer ses fonctions et qui menace notre Constitution, doit sortir du tabou dans lequel elle est enfermée. Cette idée doit être reprise, commentée, discutée, agitée.
  • Il faudra signer et faire circuler toutes les pétitions qui iront dans ce sens.
  • Il faudra contacter nos représentants, et exiger d'eux qu'ils nous représentent.
  • Il faudra manifester pacifiquement, le week-end d'abord.
  • Et si ça ne suffit pas, il faudra sans doute également faire grève, jusqu'à ce que nous obtenions gain de cause.




A la question : "peut-on obtenir la destitution de Nicolas Sarkozy ?", la réponse ne dépend que de nous. Si nous sommes prêts à nous mobiliser, alors la réponse est "oui", sans aucun doute. En revanche, si nous ne sommes pas prêts à défendre les valeurs de la République, alors il faudra en tirer les conclusions qui s'imposent : cela signifierait que nous ne méritons pas mieux que Nicolas Sarkozy.


Dans les semaines et les mois à venir, les questions auxquelles nous aurons à répondre, collectivement et individuellement, sont donc :
  • A-t-on quatre ans de plus à perdre avec Nicolas Sarkozy ?
  • Va-t-on permettre qu'un Président de la République bafoue continuellement notre Constitution et les principes de notre République ?
  • Va-t-on oui ou non se mobiliser pour exiger sa destitution ?




vendredi 22 février 2008

Zigouiller l'héritage du Programme du CNR



Il y a quelques mois, j'ai publié un billet dans lequel je reprenais l'appel à commémorer les 60 ans du Programme du Conseil National de la Résistance.


A cette occasion, j'ai donné des liens vers les transcriptions de 4 émissions de radio Des Sous et Des Hommes sur AligreFM, au cours desquelles Pascale Fournier recevait successivement Raymond Aubrac (Grand Résistant), Philippe Dechartre (Grand Résistant, ancien ministre du Général De Gaulle et Doyen du Conseil Economique et Social), Maurice Kriegel-Valrimont (Grand Résistant, Commandant national des forces françaises de l’intérieur en 1944) et Stéphane Hessel (Ambassadeur de France, Résistant qui a rejoint le Général de Gaulle en 1941, déporté à Buchenwald et à Dora).


Quelques extraits de ces quatre interviews :


Raymond Aubrac : 1er mars 2005

Le programme du CNR a été un acte très important et finalement nous avons fait un appel pour essentiellement deux raisons : premièrement, le fait que le gouvernement ait complètement occulté la commémoration de la signature de ce programme et deuxièmement le fait qu' un certain nombre des actes et des décisions politiques que préconisait le Programme est petit à petit détruit, grignoté et détruit par la politique actuelle.


Alors le Programme du CNR est important parce que, d’abord, il symbolise l’unité de la Résistance. Si on avait laissé les choses aller sans un combat très sérieux pour l’unité de la Résistance, la France aurait pu se trouver à la Libération dans un état de guerre civile comme la Pologne, la Yougoslavie ou la Grèce. En réalité, l’unité de la Résistance a été, dans l’ensemble, indiquée et demandée par le Général de Gaulle et réalisé par Jean Moulin qui est arrivé, non sans peine, après beaucoup de négociations très difficiles, à obtenir la réunion du Conseil National de la Résistance, réunissant une majorité de gens d’inspiration de gauche mais aussi des représentants de tous les milieux de la Résistance, y compris des milieux modérés et des milieux de droite. Et après plusieurs mois de négociations difficiles dans les conditions de la clandestinité, l’ensemble de ces représentants, de toute la France qui résistait, est arrivé à formuler un programme.

[...]

Le programme du CNR, comme vous le dites à juste titre, voulait en gros établir une démocratie plus tolérante, plus efficace, plus juste. C’est un programme basé surtout sur la justice. Il préconise, il demande la nationalisation des grands moyens de productions, des banques, des compagnies d’assurances. Il demande l’établissement d’une sécurité sociale qui garantisse à tout le monde un niveau de vie suffisant. Il demande la liberté de la presse surtout vis-à-vis des puissances d’argent. Et en effet dans les premières années après la Libération, un certain nombre de ces recommandations ont été suivies d'effets. Et puis avec le temps, avec les équilibres de forces politiques, on constate maintenant que petit a petit ce qui a été fait par une France exsangue, détruite, malheureuse, pleine des blessures de la guerre est petit a petit détruit, défait par une France qui est maintenant dix fois, vingt fois plus riche qui aurait pu continuer dans cette voie de progrès et qui ne le fait pas !

[...]

J’ai l’impression que l’ensemble des médias est entre les mains d’un nombre très limité de gens. Et que le hasard fait, le hasard j’insiste la-dessus ! , fait que ces gens sont en même temps des grands financiers, des grands capitalistes. Quand je dis le hasard, naturellement, c’est par dérision... Il est clair que c’est à cause de leur puissance économique, de leur puissance financière, de leur poids politique aussi qui va avec, qu’ils ont pu mettre la main sur les médias, et la puissance publique a été impuissante à les en empêcher, pour autant qu’elle ait essayé de le faire, ce que je ne crois pas.





Philippe Dechartre : 8 mars 2005

Parce que bien sûr les conditions ne sont pas les mêmes, on n’est pas en 44, le monde a changé, il va vers ailleurs et il ne faut pas constamment avoir un regard en arrière, il faut avoir un regard en avant. Mais il se trouve qu’il y a des situations qui aujourd’hui rappellent les situations que nous avons vécues, dans un autre contexte, bien sûr, -ce n’est pas identique, mais c’est semblable.

Qu’est-ce qui s’est passé, qu’est ce que se passait en 44 ? Les résistants avaient une idée en tête: premièrement, c’était de chasser l’occupant du pays - quelle utopie ! Mais qui a réussi...- , c’était battre l’armée allemande, faire quelle sorte de France, libérer le territoire! C’était aussi tuer le nazisme, qu’on ne connaisse plus cet enfer cette horreur. Il fallait éradiquer ce monstre. C’était quand même les deux grands piliers de notre comportement. Mais un tel effort, un tel risque, une telle volonté, et j’allais dire soutenu par un immense espoir, c’était pour quoi en définitive ? C’était pour que les lendemains soient meilleurs que ceux que nous avions connus. C’était pour que les forces que nous avions mises dans le combat, on les mette à construire l’avenir. Non seulement pour reconstruire la France qui avait été mutilée, mais pour reconstruire l’Homme et pour lui donner sa vraie place dans la société. C’était ça, c’était un combat qui marquait, bien que nous n’étions pas simplement des existentialistes du moment, mais des hommes qui agissaient pour construire l’avenir et pour construire un avenir où l’Homme serait plus libre et serait plus heureux. Pour construire un monde nouveau.

[...]

Il y avait cette idée, cette idée importante qui était d’ailleurs une idée de De Gaulle et je le cite presque dans les termes où au cours d’une conversation il me l’a dit lui même : « Le progrès économique, bien sûr c’est nécessaire à la vie d’une nation, c’est essentiel, mais il ne faut jamais oublier que la seule finalité du progrès économique, c’est le progrès social ».

Et bien aujourd’hui, dans des conditions moins dramatiques d’aspect, d’apparence, enfin différentes dans tous les cas fondamentalement, les mêmes problèmes se posent. Il s’agit bien sûr de construire un autre monde, mais dans lequel l’individu sera libre mais en même temps l ‘Etat sera présent. De construire un monde où l’économie sera prospère mais où le social ne sera jamais négligé. Où le marché jouera son rôle et l’industrie sera libre, mais où ce qui importe à l’Etat, au contrôle de l’Etat, restera sous le contrôle de l’Etat.

Et c’est pourquoi un certain nombre d’hommes qui se sont engagés dans la résistance pour des raisons militaires d’abord, des raisons patriotiques ensuite, et pour des raisons de construction de l’avenir, retrouvent, retrouvent leur élan, retrouvent leur espoir pour dire : « Attention! Aujourd’hui les dangers sont les mêmes dans un contexte tout-à-fait différent, mais cela appelle aussi notre vigilance, notre action et notre prise de parole ». C’est le sens de ce papier que nous avons signé.

[...]

Le citoyen est en danger, - c’est Anatole France qui disait ça - , le citoyen est en danger quand l’Etat est faible. Bien entendu si on laisse la jungle prospérer, on risque de mauvaises rencontres... Il faut que l’Etat soit là pour à la fois animer, donner de l’élan et contrôler, contrôler les appétits. L’organisation est absolument nécessaire. Par exemple tout bêtement au niveau du territoire, le rôle du préfet reste un rôle essentiel parce que il est l’argument de la cohésion, de la cohésion de la nation. Il faut cela, à la fois sur le plan économique, sur le plan social, et puis sur le plan de la vie politique. Alors cela ne veut pas dire qu' il faut le « tout-Etat »! Pourquoi on en parle aujourd’hui avec crainte, de l’Etat ? C’est parce que il y a eu des idéologies millénaristes qui étaient entièrement construites sur l’absolu de l’Etat et donc qui ne faisaient pas la part de la vie, la part de l’improvisation, la part de l’espoir individuel, de la conquête individuelle du monde, qui compte aussi pour un homme, pour une société. C’est la chute du nazisme, c’est la chute du fascisme, c’est la chute du communisme, la chute des idéologies millénaristes construites uniquement sur la dictature de l’Etat qui a fait qu' aujourd’hui un certain nombre d’hommes et de femmes ont pensé que il fallait laisser aller les choses.
Et bien, laisser aller les choses ou tout concentrer dans l’Etat, c’est la même erreur. Il faut un équilibre des deux. Il faut la spontanéité, et il faut en même temps le contrôle et l’organisation.



Maurice Kriegel-Valrimont : 15 mars 2005

Le programme du Conseil National de la Résistance, en 44, 45 et même 46, a reçu dans un certain nombre de domaines, et en particulier en matière de sécurité sociale, de retraites, de législation scolaire, d’organisation des grands services publics nationalisés et sur un certain nombre d’autres points très importants, des mesures d’application réelle. Ce programme n’est pas resté un programme. Il est devenu un élément de la vie nationale. Et sur ce plan, cet aspect des choses reste dans la vie sociale de la France. La sécurité sociale est un élément constitutif des rapports sociaux français. Or de la façon la plus évidente la Sécurité Sociale est fille de la Résistance. Toute contestation sur ce point est une sottise.

Alors cela est d’autant plus important à l’heure actuelle qu’un certain nombre de ce qui a été réalisé dans les années de l’immédiate après-guerre est actuellement en voie de suppression. Toute une série des mesures qui ont été acquises à ce moment sont mises en question. Il est donc d’une actualité évidente pour les gens qui ont été dans une certaine mesure les artisans de cette transformation de la vie française, qu'ils sont évidemment concernés par la mise en cause de ce à quoi ils ont participé à l’époque.

[...]

Pascale Fourier : Mais certains pourraient vous dire : « Oui, mais il n’y a plus de sous dans les caisses de l’Etat. C’est une nécessité de sabrer la sécurité sociale, les retraites etc! » .

C’est effectivement ce que l’on dit. Seulement ce que l’on dit est d’une inexactitude hurlante si j’ose dire. Pour une raison qui tombe sous le sens et on est surpris que les gens osent le formuler de cette façon. Pour qui a connu 1944, la situation de 1944, qu’est- ce- que c’est? La plupart des ponts en France sont cassés. Les communications sont très difficiles. Les chemins de fer sont dans une situation extrêmement difficile, compliquée et à refaire. Du charbon il n’y en a guère. De l’énergie il n’y en a presque pas. Prenons ce dernier exemple: si vous comparez l’énergie disponible en 1944 et en 2005, non seulement c’est infiniment plus, c’est un énorme multiple, il n’y a littéralement pas de comparaison possible! L’énergie disponible aujourd’hui par rapport à ce qui est le lendemain de la guerre, c’est des dizaines de fois de plus d’énergie disponible! Ca veut dire que les moyens dont le pays dispose sont infiniment plus importants!

Or ce qui est vrai, c’est que, quand nous avons institué la Sécurité Sociale et toute une série d’autres mesures, il y en a qui nous ont dit : « Vous êtes fous! Le pays est dans une situation lamentable! Tout est à refaire, et pour commencer vous imposez là-dessus un élément supplémentaire de charge!ù! ». Heureusement que nous étions des très jeunes gens et nous avons bousculé ce genre d’objections!

[...]


Or quelle est la caractéristique de tout ce qu’on peut appeler des progrès dans les rapports des hommes et des femmes, - et les femmes sont concernées puisque depuis des siècles elles sont en situation maintenue d’infériorité. Qu’est-ce qui permet d’obtenir des résultats ? Qu’est-ce qui assure la réalisation de perspectives, d’espoir qui ne sont pas déçus ? Eh bien, la chose est d’une parfaite évidence! Quand les problèmes sont soustraits au débat et à l’examen, quand ils deviennent des techniques de gouvernement et qu' on oppose ce qu’on appelle « la rue » à des décisions soi-disant majoritaires, mais camouflés dans des endroits qui ne sont pas accessibles à la volonté générale, eh bien, on fait ce que l’on veut, mais ce qui n’est pas conforme à l’intérêt commun.
Or la seule correction efficace à ce phénomène, c’est le fonctionnement démocratique, c’est la participation réelle des gens concernés aux problèmes qui les concernent.

[...]

Donc l’objectif immédiat doit être de rétablir le fonctionnement démocratique réel, que ce soit en matière d’élections politiques, que ce soit en matière de fonctionnement des organisations sociales, que ce soit dans le domaine associatif en général. C’est totalement décisif ! Et de ce point de vue-là, ben, on ne peut pas fixer de dates.... Dans l’Histoire sociale et dans l’Histoire politique, la prétention au prophétisme est toujours un peu puérile.... Donc les dates ne sont pas disponibles... Mais la réalité du phénomène, en ce qui me concerne, pour les avoir vécu un certain nombre de fois, ça ne fait aucun doute! Ce qui s’est produit comme conséquence d’un certain nombre de données se produira encore! Et dans le monde, il existe des signes nombreux qui montrent que les gens ne sont pas disposés à laisser faire indéfiniment ce qui va à l’encontre de leurs intérêts évidents.


[...]

Sur ce plan je passe le relais... Je vais avoir très rapidement 91 ans, ce n’est pas à moi de le dire... J’ai le droit d’avoir une opinion la dessus, mais cela dépend des gens qui vont faire la suite. En 1944, nous avions 30 ans, et nous avons fait ce qu’il y avait à faire. Y compris sur le plan que vous évoquez. Maintenant, c’est à ceux qui ont 30 ans de le faire. Et non seulement je ne prétends pas leur dicter ce qu’ils ont à faire, d’une certaine manière je me l’interdit parce que c’est à eux que ça appartient. En ce qui me concerne je n’ai pas de doutes au sujet du fait qu’ils trouveront les solutions adéquates. Il faut se rappeler que quelques semaines avant le déclenchement des événements de 68, celui qui était à l’époque le meilleur observateur de la politique française, Viasson-Ponté, disait explicitement : « Il se passe rien, il se passe rien, il peut rien se passer ». Et quelques semaines après, vous aviez l’énorme phénomène de 68. Donc il faut se méfier des prévisions un peu trop hâtives...




Stéphane Hessel : 22 mars 2005

[...] nous nous trouvons aujourd’hui à un moment important, dramatique presque, de la globalisation, de la mondialisation, de la victoire des formes et forces d’économie libérale. Et le souvenir que vous avions, c’est qu’en 1944, nous étions convaincus que la France qui surgirait, sortirait de la guerre et de la Libération, devait être exemplaire sur un certain nombres de points qui se situaient exactement à l’inverse, à l’opposé, de ce qu’avait été Vichy, et à plus forte raison ce qu’avait été l’Allemagne nazie ou l’Italie fasciste ou l’Espagne franciste. Il y avait des valeurs auxquelles nous tenions à l’époque. Et nous avions le sentiment que si ces valeurs n’étaient pas assez clairement affirmées, nous risquions d’avoir une France qui ressemblerait à la 3ème République, au mieux, et pis encore, qui aurait des traits hérités de Vichy.

[...]

Ces valeurs sont relativement simples à définir. Elles consistent à ce que le citoyen joue un rôle décisif dans la construction de l’Etat. C’est ce que nous avons appelé et ce que nous appelons la Démocratie. Mais la démocratie réelle ne peut l’être que si les citoyens sont attachés à leur liberté, à leur possibilité de défendre leurs intérêts de citoyen, à la dignité de la personne humaine et aux droits qui y sont attachés. Tout cela, il faut le défendre contre des risques. Ces risques existent. Nous les avons connus pendant la guerre. C’étaient les risques du fascisme et du nazisme. Ce sont aussi aujourd’hui les risques d’une civilisation, d’une société exagérément dépendante des forces économiques, de ce nous avons appelé à l’époque « les féodalités économiques ». C’est contre cela que la Démocratie doit défendre ces propres valeurs : les valeurs sociales, les valeurs culturelles.

[...]

Nous avons voulu alerter nos concitoyens en leur disant : « Il y a 60 ans, c’est ça que nous voulions, et c’est ça que vous avez essayé d’obtenir. Et aujourd’hui c’est en danger. Tout cela est en danger ». La Sécurité sociale est en danger. Les retraites sont en danger. L’Education nationale pour tous, la Recherche, sont en danger. La presse … Prenons la presse… C’est scandaleux la façon dont la presse et les médias, en France, retombent constamment entre les mains des puissances d’argent, ou de ce que nous avons appelé à l’époque des « féodalités économiques ». C’est contre cela qu’il faut essayer de réagir. C’est naturellement le programme des partis de gauche en France de réagir. Mais il faut les soutenir, et il faut leur donner l’ambition de devenir aujourd’hui aussi persuasifs dans leur programme que l’ont été nos camarades du temps du Conseil National. Et n’oublions pas qu’à l’époque, ils vivaient dans la clandestinité. Ils couraient des risques. Aujourd’hui on ne court aucun risque. On peut affirmer ces valeurs. Et il faut les affirmer. Et il faut lutter pour qu’elles se transforment dans une action concrète.

[...]

Et nous n’avons pas le droit de dire que c’est difficile à défendre aujourd’hui, alors que ça aurait été plus facile jadis. Nous avons noté, dans cet appel, qu’à l’époque où nous proclamions ces valeurs, l’Europe était par terre, l’Europe était défaite, elle était pauvre. Aujourd’hui elle est riche. Elle est donc tout à fait capable de défendre ces valeurs. Il suffit de le vouloir, et il suffit de s’organiser entre européens.

[...]

Je pense que c’est la force de cet appel dont nous parlons de précisément rappeler ces valeurs qui restent aujourd’hui aussi importantes à défendre qu’à l’époque. N’oublions pas d’ailleurs qu’à l’époque que vous évoquez, 40 et la suivante, une grande majorité des Français avaient accepté Pétain, Vichy, un régime qui était un régime réactionnaire qui faisait toute la place aux forces économiques et aucune place à la démocratie et aux forces sociales.

[...]

Moi qui circule beaucoup en Europe, je rencontre partout des jeunes et des associations qui veulent une Europe sociale, une Europe énergique, une Europe qui se défend contre les dangers de la mondialisation libérale. Ces dangers, ils existent, et ils faut les combattre avec la même énergie et la même confiance que nous avons jadis combattu les armées allemandes et l’occupation de notre pays.



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Pourquoi est-ce si important de rappeler tout ça aujourd'hui ?


Parce que rien n'est jamais définitivement acquis, et parce qu'il semble bien que nous soyons condamnés à perdre ce que nous ne sommes pas prêts à défendre. C'est vrai pour tout, y compris pour l'héritage du Programme du Conseil National de la Résistance.



La politique économique et sociale de Nicolas Sarkozy est axée vers la destruction méthodique de tous les progrès sociaux obtenus par le Programme du CNR, l'héritage de la Résistance. C'est bel et bien cet objectif qui constitue le fil conducteur de sa politique économique et sociale, et qui lui donne toute sa cohérence.

Ce n'est pas moi qui le dis : ce sont Denis Kessler et Charles Beigbeder qui s'en félicitent !

Un article du Canard Enchaîné du 06 février dernier, repris (entre autres) sur ContreInfo et sur lucky-blog, nous rappelle l'info :





Kessler et Beigbeder semblent donc totalement décomplexés. La prochaine édition du dictionnaire des synonymes de la Novlangue consacrera indubitablement le rapprochement entre les mots "réforme" et "régression". Le mot "progrès" quant à lui a été définitivement rayé de la langue.





Il y a tout de même un tout petit truc qu'il convient de rappeler : la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale (Article 1er - Constitution de 1958).


Décomplexés ou non, il y a une chose que Nicolas Sarkozy et ses sbires doivent comprendre : il est des ruptures qui sont des trahisons.


vendredi 8 février 2008

"Recodification" du Code du travail : une réécriture qui ne s'est pas faite à "droit constant"





Sous couvert de "simplification", la réécriture du Code du travail devait se faire à "droit constant".



Le 7 mars 2007, le conseil des ministres promulgue l'ordonnance n°2007-329, qui paraît au journal officiel du 12 mars 2007, permettant : "une nouvelle codification de la partie législative du Code du travail à droit constant".

Une décision qui tombe en pleine campagne électorale (Présidentielles 2007), mais qui se fait pourtant dans l'indifférence médiatique générale alors que nous sommes plusieurs millions de salariés concernés. A ma connaissance, le seul journal à en avoir parlé à ce moment là est Le Plan B dans son article : Le Code du travail a déjà perdu l'élection.


Aux alentours de la mi-novembre 2007, Richard Abauzit, ancien inspecteur du travail, publie une analyse du nouveau Code du travail. Elle est accablante.

L'info est reprise sur le site d'Etienne Chouard, et sur plusieurs blogs, comme Le Monolecte d'Agnès Maillard.

Richard Abauzit est rejoint par Gérard Filoche, un autre inspecteur du travail. Tous deux publient une série de 3 articles :




Le constat est à la fois accablant et alarmant :
  • la réécriture ne s'est pas faite à droit constant.
  • le code du travail a considérablement perdu en lisibilité : on passe de 271 subdivisions à 1890, et de 1891 articles à 3652.
  • 500 lois ont été déclassés en décrets, modifiables par le gouvernement sans passer par le parlement, assurant ainsi la rapidité, l'opacité et donc l'efficacité de toutes les régressions.
  • la dépénalisation des infractions patronales au droit du travail s'y fait notamment par la suppression presque systématique des peines de récidive.
  • la mise en oeuvre de la directive Bolkestein relative aux "travailleurs indépendants".
  • la renumérotation à 4 chiffres de tous les articles, qui fait s'écrouler toutes les jurisprudences.
  • etc...



Comme l'a reconnu Ch. Radé, l'un des cinq rédacteurs de ce nouveau Code : "Il faudra des mois voire des années pour que ce nouveau code révèle tous ses secrets".



Fin novembre, Attac92 met en ligne une interview de Gérard Filoche, ainsi qu'une conférence en 8 chapitres :



Pourtant, la plupart des médias (télés, journaux, radios) restent muets, à quelques très rares exceptions près, comme un article de Gérard Filoche dans les Rebonds de Libération.



Le dénouement :

Le projet de loi ratifiant l'ordonnance n° 2007-329 du 12 mars 2007 relative au code du travail (partie législative), est adopté en 2e lecture par le Sénat le 19 décembre 2007.

Plus de 60 députés saisissent le Conseil Constitutionnel le 21 décembre. Mais le Conseil Constitutionnel déclare cette loi conforme le 17 janvier 2008.

Nicolas Sarkozy la promulgue 21 janvier, et cette loi est publiée au Journal Officiel du 22 janvier 2008.



Le Code du travail tel que nous le connaissions est mort et enterré.


samedi 26 janvier 2008

Librairie Résistances



La Librairie Résistances se situe dans le 17ème arrondissement de Paris (Métro Guy Moquet).


Olivia Zemor nous fait visiter :





Les conférences sont souvent très intéressantes. La prochaine n'est à louper sous aucun prétexte : Samedi 02 février à 17h30, la Librairie Résistances reçoit Henri Malher (ACRIMED).

Il présentera le livre qu'il a co-écrit avec Mathias Reymond : MEDIAS ET MOBILISATIONS SOCIALES, la morgue et le mépris ? (voir ici et là).





Extraits des articles :


A lire et à entendre les maîtres-tanceurs qui orchestrent l’information, les acteurs de ces mobilisations, quand ils ne souffrent pas de troubles mentaux, n’obéiraient qu’à des mobiles irrationnels. Les grèves et les manifestations seraient le fait de fauteurs de troubles à l’ordre public et de preneurs d’otage. Le livre démonte, sur la base d’une large documentation, ces figures du discours dominant.

Mais il s’efforce de montrer aussi comment les tentatives de rendre compte des mobilisations sont prisonnières de formats et de pratiques (portraits, micros-trottoirs, etc.) qui réduisent l’expression des grévistes et manifestants à celle de leur malaise : simples témoins individuels des mobilisations dont ils sont les acteurs collectifs.

Pourquoi de tels discours et de telles pratiques s’imposent-ils ? Comment leur faire face et tenter de les transformer ?




et


En décortiquant le traitement médiatique de plusieurs périodes marquées par des mobilisations sociales importantes en France (par exemple 2003 et les retraites, ou 2006 et le contrat première embauche), les deux auteurs, membres d’Acrimed, démontrent, nombreux exemples à l’appui, les convergences très fortes existant entre les grands médias, quels que soient leur sensibilité ou leur titre... Cela confirme qu’il ne s’agit pas, pour les acteurs des mobilisations sociales, d’instruire le procès des journalistes pris individuellement, mais de comprendre comment ce système fonctionne, sur quels critères et au service de quels objectifs ou visions du monde, pour peut-être un jour ne plus être manipulé par lui. Ce livre peut nous y aider.




mardi 15 janvier 2008

Nicolas Sarkozy, Caïd de la médiocratie




J'ai bien aimé l'article "On a les Brel(les) qu'on mérite", sur le blog du Charençon Libéré.
Le titre, la chute, le style, le ton, j'ai trouvé ce billet excellent. Je vous en livre un extrait :


[...]
Je vais donc juste tenter de retomber sur mes pattes en constatant que Florent Pagny est bien dans son époque.

Tant il s'intégre parfaitement à un air du temps poujadiste et égoïste.

Et que l'on a les Brel(les) que l'on mérite.

Tant cet album de reprise n'est qu'une (toute) petite pierre de plus à l'immense chantier actuellement en cours.

Celui des petites trahisons et des grandes confusions.

Des vessies pour des lanternes qui n'ont qu'un seul but : légitimer la médiocrité.

Qu'elle soit musicale.

Médiatique.

Ou politique.
[...]


"Légitimer la médiocrité". Voilà une formule qui ne manque pas de sel ! Et malheureusement, c'est tout à fait exact.



Par exemple, vous voulez une bonne tranche de médiocrité ?



Mesdames et Messieurs, le Président de la République Française :



C'était une allocution du Président de la République Française.

Rions enfants de la patriiiieeee, le jour de gloire eeest arrivéééé...



C'est sidérant de voir à quel point celui qu'on a qualifié d'"homme de la rupture" parvient à rester constant dans la médiocrité, qu'il dise une chose ou son contraire.


Nicolas Sarkozy, Caïd de la médiocratie, où le règne absolu du mensonge permanent.


Le plus frustrant reste sans doute que toute cette mascarade et toute cette médiocrité étaient totalement prévisibles. Electeur Sarkozyste, à quoi est ce que tu t'attendais ?


"- Mais enfin, Béatrice, tu t'attendais
à quoi, exactement ? A un réveillon dansant
aux Champs-Elysées ?" [1]



Et pourtant... Pourtant, la médiocratie n'est pas une fatalité : en politique comme en musique, on a les Brel(les) qu'on mérite.


---
[1] : Dessin de Voutch, vu sur le blog de Zgur.

samedi 24 novembre 2007

Travailler plus... Rendez-vous dans 27'000 ans !



Dans un billet précédent, je donnais un extrait du livre La tiers mondialisation de Smaïl Goumeziane :

Le revenu moyen d'un patron est passé de 42 fois le salaire moyen de son ouvrier en 1980 à 419 fois en 1998, soit un écart multiplié par 10.



Un petit tour sur l'Observatoire des inégalités m'a inspiré un nouveau billet.


L'ex-PDG de Renault, Louis Schweitzer, a reçu un salaire annuel de 11,9 millions d'euros. Soit l'équivalent de 987 années de SMIC. Diantre, presque 1 millénaire de SMIC en un an !

Mais le salaire annuel "c'est l'arbre qui cache le forêt", comme dirait George Eddy (grand philosophe contemporain). Les dividendes versés sont encore plus édifiants : Bernard Arnault (LVMH) a reçu 326 millions d'euros en 2007 au titre de l'année 2006, soit l'équivalent de plus 27'000 ans de SMIC net.



"Travailler plus pour gagner plus" ? Quelle bonne blague !!! On en rira encore dans quelques millénaires.

Source : voir l'article sur le site de l'Observatoire des inégalités.



A titre de comparaison, il semblerait que le bénéfice attendu de la dernière réforme
des régimes spéciaux soit de 200 millions d'euros par an (voir article Marianne). Les dividendes versés à Bernard Arnault cette année concentrent donc une fois et demi cette somme dans les mains d'un seul homme. Ca n'a rien à voir, c'est juste pour discuter.



Le Plan B met en libre accès le téléchargement de sa carte des médias en France (qui possède quoi). Il s'agit de la carte de juin 2006, qui n'est donc plus tout à fait à jour. La carte 2007, disponible dans la version papier du numéro 7, n'est pas encore disponible en ligne (je leur ai envoyé un mail d'insultes, mais il n'ont pas répondu. Patience donc !).

Il est intéressant de constater que les principaux bénéficiaires du système sont soit à la tête des médias, soit à la tête des groupes qui sponsorisent très largement ces mêmes médias à travers la publicité.


Comme le dit le Canard Enchainé dans son dossier de 82 pages, "Les nouveaux censeurs" :

page 6 :

Mais l'autocensure comme les autres avatars de la censure ne sont évidemment pas son seul fait. La censure d'aujourd'hui, au-delà de ces petits arrangements entre amis politiques, est avant tout économique. Les médias en général et la presse en particulier vivent de la publicité, qui a pris plus d'importance que leurs ventes dans leurs financements. Les annonceurs, le sachant, ne se privent donc pas de considérer que, puisqu'ils paient cher des pages de publicité, ils attendent en contrepartie de ne pas être maltraités dans les pages d'information.
C'est ainsi que la presse féminine veille à ne pas froisser les grands groupes cosmétiques qui la font vivre. C'est ainsi que la presse régionale est aux petits soins pour la grande dsiribution. C'est ainsi que la presse généraliste, les radios et les télévisions veillent, sous peine de perdre de gros budgets, à ne pas contrarier ceux qui les nourrissent.


page 14 :

""La liberté de la presse commence et s'arrête au tiroir caisse."" Telle était l'une des maximes favorites de Robert Hersant, qui commença sa carrière sous le maréchal Pétain, et un passage par les prisons de la IVème République, pour l'achever sous Jacques Chirac, président, dans la peau d'un député RPR possédant le groupe "Le Figaro" et un bon quart de la presse régionale.
Le pragmatique Robert Hersant ne s'est jamais payé de mots : les grands débats sur l'honneur ou sur la nécessaire honnêteté de la presse, les belles envolées sur la liberté des journalistes, il les abandonnait à ses éditorialistes pour s'occuper de l'essentiel : les finances et la publicité. Car derrière le cynisme de sa formule se cache une vérité, rarement avouée dans la presse française : le degré d'indépendance d'un journal - en clair sa capacité à résister à la censure de ses annonceurs et son pouvoir de s'opposer aux pression des politiques - dépend de sa santé économique. Et de ce point de vue, certes bassement matériel mais essentiel, la situation de la presse hexagonale est catastrophique.



Qui peut raisonnablement espérer compter sur info-Sarkozy, ou sur info-Bolloré, info-Arnault, info-Lagardère, info-Pinault, info-Wendel, etc... pour s'interroger sérieusement sur le bien-fondé de ces salaires pharaoniques ?




dimanche 18 novembre 2007

J'ai retrouvé la 7ème Compagnie


La ligne 1 du métro parisien dessert le quartier de La Défense (l'un des principaux quartiers d'affaires d'Europe). En cette période de grève des transports, c'est l'une des seules lignes à fonctionner à peu près normalement.

Pour faire face à la forte affluence, des agents de la RATP faisaient la circulation dans les couloirs du métro, pour réguler le flot de gnous (dont je faisais partie) et éviter de submerger les quais. Des quais sous haute surveillance, puisqu'une 20aine de CRS étaient postés de chaque coté de la voie. Mais ce qui m'a le plus étonné, c'est la présence de militaires armés de leurs fusils semi-automatiques, aux cotés des agents de la RATP qui régulaient l'accès aux quais.

Je peux donc vous l'annoncer fièrement : vendredi, dans la station de métro Gare de Lyon, j'ai retrouvé la 7ème Compagnie. Qui sait depuis combien de temps ils étaient planqués là...

Puisque je suis entrain de parler de grèves et de militaires, j'en profite pour faire un petit détour par un article du Canard Enchaîné du 10 octobre dernier, qui revient sur "le régime très spécial des retraites militaires" :




Mais revenons plutôt à notre 7ème Compagnie du métro. L'un des soldats en particulier était grand, il était beau, il sentait bon le sable chaud... Je ne sais pas si c'est parce que je suis passé à quelques centimètres du canon de sa mitraillette, mais j'ai trouvé cette situation assez incongrue. Dans la plupart des pays, il est nécessaire de décréter la loi martiale ou l'état d'urgence pour affecter des personnels militaires à des tâches de maintient de l'ordre sur des populations civiles.
En France, nous avons un dispositif de sécurité qui permet en pratique de contourner ce principe : le Plan Vigipirate. D'ailleurs pour ceux qui n'ont pas peur de se perdre dans l'opacité du statut juridique du plan Vigipirate, je vous renvoie vers le blog de Frédéric Rolin, Professeur de droit public à l'Université de Paris X Nanterre.


Il était grand, il était costaud, il avait une tête énorme et un regard de tueur (mon avis est totalement subjectif, j'en conviens), et sa mitraillette aussi sentait bon le sable chaud. D'ailleurs, à quoi aurait-elle bien pu lui servir ? Je me suis posé cette question pendant le reste de mon trajet : mon militaire, comment aurait-il réagit en d'autres temps, d'autres lieux, ou tout simplement en d'autres circonstances, s'il avait reçu l'ordre de se servir de son arme pour tirer dans le tas ? L'aurait-il fait ? Après avoir alterné les "oui", les "non", les "peut-être bien", j'ai finalement conclu par un "et pourquoi pas ?". Après tout il n'aurait rien fait de plus que son boulot, le gars.




jeudi 1 novembre 2007

5 rue Godefroy Cavaignac : j'ai honte

La situation que je vais décrire se déroule en ce moment, en plein Paris, à peine à 1.5 km de chez moi.


Le 18 octobre 2007, une poussette prend bizarrement feu dans la cage d'escalier du bâtiment A de l'immeuble situé au 5 rue Godefroy Cavaignac. Dès lors, 20 familles se retrouvent sans logement. Ces 60 personnes ont des papiers, travaillent pour la plupart et les enfants sont scolarisés dans le quartier.

A cause de l'incendie, l'immeuble est évacué, mais on leur dit qu'ils pourront réintégrer leur logement le lendemain.

Mais la préfecture déclare l'immeuble insalubre et des scellés sont posés. La société propriétaire fait installer des portes blindées et place cinq maîtres chiens à l'entrée de l'immeuble. Personne ne peut plus regagner son appartement, ni avoir accès à ses affaires personnelles.

Depuis, certaines femmes et enfants ont été relogés à l'hôtel, mais d'autres ont refusé et campent devant l'immeuble. Car l'hôtel n'est pas une solution : au-delà des huit premiers jours pris en charge par la mairie, l’hôtel devient un luxe. Il n’est quasiment pas possible pour les sinistrés de prendre en charge ce budget estimé entre 1300 et 1600€ par mois. La plupart des locataires gagnent environ 1200€ par mois. D’autant plus que l’expérience démontre que les personnes logées à cette enseigne censée être provisoire peuvent parfois rester plusieurs années dans ces conditions.





Comme ça se situe à deux pas de chez moi, j'ai pris quelques minutes pour aller voir. Et j'ai vu. J'ai vu les agents avec leurs gros blousons "Sécurité" qui bloquent l'entrée de l'immeuble. J'ai vu ces tentes alignées sur le trottoir. Je suis allé discuter avec les femmes qu'on voit dans cette vidéo, pour prendre des nouvelles et leur dire quelques mots, quelques banalités de soutient. J'ai été surpris par leur détermination à vouloir garder l'espoir. Et par leurs sourirs. Remplis d'amerturme certes, mais des sourirs quand même.

J'espère que cette histoire fera suffisamment de bruit et soulèvera suffisamment d'indignation pour obtenir un règlement rapide de cette situation honteuse.



Liens :

lundi 8 octobre 2007

Qu'est ce qui fait que les choses changent ?

Avant-dernier extrait de Manufacturing Consent (hé oui, déjà).

Dans cet extrait, Chomsky aborde deux points intéressants : l'implication citoyenne et la question des médias alternatifs.



Comme l'a dit Georges Bernanos :

On n'attend pas l'avenir comme on attend un train. On le fait.







Chomsky souligne un point intéressant : en général, on insiste sur le rôle qu'ont joué les leaders, les héros.
Mais ce qui rend possible les changements et les progrès, c'est avant tout la mobilisation populaire. Les choses bougent dans le bon sens parce que suffisamment de gens décident de se mobiliser. En s'engageant dans des mouvements politiques, dans des associations ou dans diverses organisations.

Le pire, je crois, serait de tomber dans une sorte de pseudo j'm'en foutisme désabusé ("boah, ça ne sert à rien, plus rien ne m'étonne, moi je suis revenu de tout"). Ou encore se cacher derrière un espèce de cynisme de façade.

Au contraire, je pense qu'il faut se forcer à essayer de comprendre, et rester attentif. Essayer d'encourager et de développer les initiatives positives (à chacun de nous de déterminer ce qu'il estime être "une initiative positive" en fonction de ses propres critères).



La deuxième partie de cet extrait porte sur les médias alternatifs, qui sont abordés très brièvement.
La question des médias me semble essentielle. Notre capacité d'analyse dépend très largement de notre capacité à avoir une vision la plus objective possible. Le rôle des médias est déterminant.

Comme le dit Serge Dassault (Le Figaro) de manière tout à fait claire, un journal a pour fonction de servir les intérêts de celui qui le possède (source : Acrimed ou Le Monde Diplomatique) :

(Mon groupe doit) "posséder un journal ou un hebdomadaire pour y exprimer son opinion" et "peut-être aussi répondre à quelques journalistes qui ont écrit de façon pas très agréable"



Les médias alternatifs, collaboratifs et gratuits sont des compléments d'information précieux. Ce sont des initiatives intéressantes, qu'il faut encourager, soutenir, et financer (You love it, you buy it. Surtout si c'est gratuit).