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dimanche 3 février 2008

Manufacturing Consent : suite et fin


Voilà qui vient conclure cette série d'extraits commencée il y a plus de 7 mois à propos du documentaire Manufacturing Consent (La Fabrication du Consentement).

Cet extrait là fait en quelque sorte écho au premier de la série.




Vous pouvez retrouver les 10 extraits que j'ai sélectionnés rien que pour vos beaux yeux. A voir et à revoir.

C'est probablement le documentaire le plus intéressant que j'ai vu, tous sujets confondus. Je vous invite à le visionner dans son intégralité (il dure tout de même 2h40), pour vous faire une meilleure idée de l'ensemble.

lundi 15 octobre 2007

Iran : des bruits de bottes, et un triste goût de déjà vu


L'Iran est le 4ème producteur de pétrole du monde (2ème exportateur de l'OPEP). Il est également la 2ème réserve de pétrole brut du monde, avec 133 milliards de barils.
En terme de gaz naturel, les iraniens ne sont pas mal lotis non plus, puisqu'ils ont la deuxième plus grande réserve au monde, derrière la Russie. (source : wikipedia)


Voilà. J'ai dit l'essentiel. Je pourrais presque m'arrêter là. Mais on va continuer encore un peu.




Comme l'a dit Brzezinski (voir billet précédent), la politique américaine a ("involontairement" ?) eu pour effet d'attribuer à Ahmadinejad un degré d'influence que sa position ne justifie pas.






Depuis plusieurs mois (depuis grossomodo 2 ans en fait), on a en effet pu remarquer une escalade des menaces contre l'Iran, qui sont autant de violations patentes de la Charte des Nations Unies, comme le rappelle Noam Chomsky :






Une escalade des menaces qui s'est également accompagnée d'une campagne de désinformation particulièrement "dégueulasse" (pour reprendre un terme à la mode en ce moment).


Comme disait mon prof de droit citant Beaumarchais :

Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose


Calomnies, intox, et fausses vérités. Je n'en citerai que deux :
  • L'obligation en Iran de porter des signes religieux discriminatoires pour les non-musulmans : "les juifs devront coudre un emblème jaune sur leurs vêtements, les chrétiens un rouge et les zoroastriens un bleu". (Voir article)
  • Le très fameux : "Israël doit être rayé de la carte". (Voir article)




Aujourd'hui la situation semble extrêmement tendue.
Comme l'indique un article publié sur Radio-Canada qui reprend les infos du Canard enchaîné, la menace de guerre semble se faire de plus en plus précise. Le raid militaire israélien contre la Syrie du 6 septembre dernier pourrait être une répétition générale de l'offensive qui se prépare contre l'Iran.



Pourtant l'Iran s'est mis en conformité avec l'AEIA, et les autorités iraniennes ne semblent pas montrer l'attitude belliqueuse que les néo-conservateurs voudraient bien leur prêter. L'Iran a également fait visiter ses installations nucléaires aux pays non-alignés.


Rappelons également l'interview d'Ahmadinejad par CBS (par l'intermédiaire de Scott Pelley) le 20 septembre dernier, dans laquelle il rappelle que son pays n'a aucune velléïté de guerre :






Pour en revenir à l'essentiel (et donc au pétrole), rappelons également les propos d'Alan Greenspan (Président de la Banque Centrale des Etats-Unis d'août 1987 à janvier 2006), qui reconnaît que la dernière guerre d'Irak était avant tout liée au pétrole (voir article). C'est également ce que laisse entendre Henry Kissinger à propos de la potentielle future guerre d'Iran (voir article) :

An Iran that practices subversion and seeks regional hegemony -- which appears to be the current trend -- must be faced with lines it will not be permitted to cross. The industrial nations cannot accept radical forces dominating a region on which their economies depend, and the acquisition of nuclear weapons by Iran is incompatible with international security.



Voilà qui fait écho à ce que le même Henry Kissinger avait déjà déclaré auparavant :

Oil is much too important a commodity to be left in the hands of the Arabs.






Les points de comparaison avec la situation fin-2002/début-2003 (qui a précédé l'invasion de l'Irak) sont nombreux. Je vois toutefois deux différences majeures.


La première, c'est qu'une partie de l'opinion américaine n'est plus dupe, et n'est pas prête à se laisser rouler dans la farine une nouvelle fois de la même manière qu'il y a 5 ans.
Voir par exemple l'intervention du Sénateur Byrd.
Le déclenchement d'une nouvelle guerre contre l'Iran pourrait également donner un coup de boost aux mouvements citoyens aux Etats-Unis qui réclament le lancement d'une procédure de destitution à l'encontre du tandem Bush/Cheney.


Mais la deuxième différence majeure, qui nous concerne plus directement, c'est l'élection de Nicolas Sarkozy en France, et sa politique extérieure de ralliement inconditionnel aux néoconservateurs américains (voir billet précédent).
Dans cet article on prend cher, et malheureusement c'est mérité.

Aujourd'hui on est loin, très loin... on est à des années lumières du discours de Dominique de Villepin devant le Conseil de Sécurité de l'ONU le 14 février 2003.

Aujourd'hui, c'est Nicolas Sarkozy qui joue le rôle du petit nerveux de service avec son "je ne transigerai pas" (voir article), tandis que Vladimir Poutine adopte le ton mesuré qui était celui de la France il y a 5 ans (voir article).

Comment est-on tombé si bas ?





Edit (Décembre 2007)

Voir cet article sur le rapport des agences de renseignements :

Nous estimons qu’à l’automne 2003 Téhéran a arrêté son programme militaire nucléaire.



lundi 8 octobre 2007

Qu'est ce qui fait que les choses changent ?

Avant-dernier extrait de Manufacturing Consent (hé oui, déjà).

Dans cet extrait, Chomsky aborde deux points intéressants : l'implication citoyenne et la question des médias alternatifs.



Comme l'a dit Georges Bernanos :

On n'attend pas l'avenir comme on attend un train. On le fait.







Chomsky souligne un point intéressant : en général, on insiste sur le rôle qu'ont joué les leaders, les héros.
Mais ce qui rend possible les changements et les progrès, c'est avant tout la mobilisation populaire. Les choses bougent dans le bon sens parce que suffisamment de gens décident de se mobiliser. En s'engageant dans des mouvements politiques, dans des associations ou dans diverses organisations.

Le pire, je crois, serait de tomber dans une sorte de pseudo j'm'en foutisme désabusé ("boah, ça ne sert à rien, plus rien ne m'étonne, moi je suis revenu de tout"). Ou encore se cacher derrière un espèce de cynisme de façade.

Au contraire, je pense qu'il faut se forcer à essayer de comprendre, et rester attentif. Essayer d'encourager et de développer les initiatives positives (à chacun de nous de déterminer ce qu'il estime être "une initiative positive" en fonction de ses propres critères).



La deuxième partie de cet extrait porte sur les médias alternatifs, qui sont abordés très brièvement.
La question des médias me semble essentielle. Notre capacité d'analyse dépend très largement de notre capacité à avoir une vision la plus objective possible. Le rôle des médias est déterminant.

Comme le dit Serge Dassault (Le Figaro) de manière tout à fait claire, un journal a pour fonction de servir les intérêts de celui qui le possède (source : Acrimed ou Le Monde Diplomatique) :

(Mon groupe doit) "posséder un journal ou un hebdomadaire pour y exprimer son opinion" et "peut-être aussi répondre à quelques journalistes qui ont écrit de façon pas très agréable"



Les médias alternatifs, collaboratifs et gratuits sont des compléments d'information précieux. Ce sont des initiatives intéressantes, qu'il faut encourager, soutenir, et financer (You love it, you buy it. Surtout si c'est gratuit).


samedi 22 septembre 2007

Chomsky : à propos de la culpabilité

George W. Bush a dit en plaisantant (encore qu'avec ce type, on ne peut jamais être sûr de quoi que ce soit) : "ce serait sacrément plus simple si c'était une dictature, à condition que ce soit moi le dictateur".


Pas con le bougre. Dans une dictature, tout est beaucoup plus simple : on ne te demande pas ton avis, et si tu n'es pas content on te fout sur la gueule jusqu'à ce que tu sois d'accord.

Dans une démocratie, la responsabilité est partagée. Responsabilité partagée ne veut pas dire pas de responsabilité du tout. Dans un billet précédent, Chomsky disait : "nous, en tant que citoyens de sociétés démocratiques, sommes directement responsables des politiques qui sont menées en notre nom".


Dans un nouvel extrait de Manufacturing Consent, Chomsky va un peu plus loin et aborde la question de la culpabilité.






Selon lui, ce sont les gens sensés, raisonnables, modérés et tolérants qui, du fait de leur passivité et de leur apathie, portent une très lourde part de responsabilité dans le déroulement des choses. Responsabilité dont ils se défaussent volontiers, un peu trop facilement, sur le dos de ceux qui sont en apparence plus violents et plus extrêmes.

dimanche 26 août 2007

De la "Théorie du complot" en guise d'épouvantail de la pensée

On continue à se balader dans le documentaire Manufacturing Consent.

Le passage qui nous intéresse aujourd'hui est un extrait d'une confrontation entre Noam Chomsky et Fritz Bolkestein (mais si vous savez, Bolkestein, l'inventeur du "Plombier Polonais", c'est bien lui avec quelques années de moins).

Le parallèle avec le match de boxe est ridicule, mais cette vidéo vaut le coup d'oeil :



D'abord, ça fait toujours plaisir de voir Bolkestein se faire rentrer dans le lard.

Ensuite, il y a un point intéressant :
The phrase "Conspiracy theory" is something that is constantly brought up, and its effect is simply to discourage institutional analysis.

Traduction :
L'expression "théorie du complot" est une formule qu'on nous ressort régulièrement, et dont l'effet est simplement de décourager l'analyse institutionnelle.


Et c'est vrai. "Théorie du complot" est une expression qu'on ressert à toutes les sauces. Son effet n'est pas de contrer les arguments adverses, mais plutôt de discréditer la conversation elle-même. Pour clore le débat, on disqualifie la discussion en tant que telle. En d'autres termes : l'objet de cette conversation n'est rien d'autre qu'une théorie du complot, donc on perd notre temps.

Cette idée est développée plus longuement par Serge Halimi et Arnaud Rindel, dans un article repris par Acrimed en début de semaine.

Décidément, j'aime bien Serge Halimi ! J'ai mis un extrait audio d'une de ses interventions dans un billet précédent. Il est également l'auteur du livre : Les nouveaux chiens de garde (actualisé en 2005), dans lequel il fait une étude très intéressante sur la télévision et les grands journaux français. Un bon petit bouquin à lire d'urgence.

mardi 24 juillet 2007

Chomsky : Comparaison du traitement médiatique des massacres

Nouvel extrait du documentaire Manufacturing Consent.


Pour la vidéo qui va suivre, il faut replacer un peu le contexte : Chomsky étudie deux événements historiques bien dégueux qui se sont déroulés simultanément, parallèlement, et dans la même région du monde au cours des années 70. D'une part les massacres au Cambodge perpétrés par Pol Pot et ses Khmers rouges avec la complicité de l'URSS. Et d'autre part les massacres au Timor oriental, suite à son invasion par l'Indonésie avec la complicité notamment des Etats Unis et du Canada.

Il analyse en particulier le traitement médiatique de ces deux questions aux Etats-Unis. Il montre de quelle manière les médias ont vigoureusement dénoncé les atrocités commises au Cambodge, tandis que dans le même temps ils se sont employés à étouffer totalement la question du Timor. Son travail est bien documenté, y'a plein de témoignages horribles, des images bien dégueux à souhaits, bref tout ce qu'il faut...

Je vous fais grâce de tous ces préliminaires ultra-glauques, et je saute directement à la conclusion :




Ce passage là me semble particulièrement intéressant :

"Nous, en tant que citoyens des sociétés démocratiques, sommes directement impliqués et directement responsables des politiques qui sont menées en notre nom. Ce que la presse fait, c'est s'assurer que nous n'assumions pas ces responsabilités".


mercredi 27 juin 2007

Chomsky : borner le débat

Nouvel extrait de Manufacturing Consent sur Noam Chomsky.
Cette vidéo est la suite logique du billet précédent sur les deux cibles de la propagande.
A mon avis, c'est l'un des extraits les plus importants du documentaire.



http://www.youtube.com/watch?v=PsWsQKdqUf4



Dans cet extrait, Chomsky balance un paquet d'idées, qui mériteraient toutes d'être développées plus longuement. Il y décrit également un certain nombre de facteurs qui tendent à réduire l'autonomie des médias.

Pour façonner l'histoire en marche, il est indispensable que certaines questions soient posées, et que d'autres soient ignorées, que certaines choses apparaissent et que d'autres soient pudiquement écartées.

Il développe également un point qui me semble particulièrement important. C'est ce qu'il appelle le "bounding of debate". Borner le débat. Canaliser le débat. Si la presse parvient à donner l'illusion d'une autonomie, d'un positionnement critique, voir même d'une certaine hostilité vis à vis du pouvoir, ça lui permet de canaliser l'opinion encore plus efficacement. En effet, si la presse semble déjà tellement critique vis à vis du pouvoir, alors chercher à se montrer encore plus critique, encore plus radical, ce serait nécessairement tomber dans l'extrémisme.

Il décrit un autre phénomène important : le processus de marginalisation qui frappe ceux dont les propos se situent hors du cadre que les médias auront définit comme acceptable. Tout en prônant la pluralité et la diversité, les médias vont avoir tendance à marginaliser, à exclure et à éliminer les points de vue dissidents.

Il met en évidence un autre point assez simple : c'est avant tout la pub qui alimente la pompe. Ca rejoint tout à fait les propos de Patrick le Lay en 2004. Ce qu'on peut légitimement s'attendre à obtenir en sortie, c'est une vision du monde (une perception du monde) qui satisfait les intérêts des propriétaires des médias, des annonceurs et des produits.

mardi 19 juin 2007

Chomsky : les deux cibles de la propagande

Aujourd'hui, une nouvelle vidéo extraite du documentaire Manufacturing Consent.




Chomsky désigne grossomodo 2 cibles pour la propagande. En première approximation, il découpe la population en deux grandes catégories : les 20% les plus diplômés, et les autres.

  • Ce sont ces 20% qui sont la cible principale de la propagande. On pourrait croire qu'ils sont les mieux équipés pour se défendre. Et pourtant, ce sont eux, ces 20% à qui on a bourré le mou pendant des années en leur expliquant qu'ils deviendraient "l'élite de la nation", qui sont dans le rôle du gibier. Ce sont ceux qui doivent être le plus profondément endoctrinés.
  • Les 80% restants sont ceux à qui on a répété qu'ils ne comprennent rien à rien parce que de toutes façons c'est bien simple : ils sont trop cons. On le leur a dit et répété inlassablement sous diverses formes, à tel point qu'une partie d'entre eux a réellement fini par le croire. Ceux là sont littéralement dressés pour croire aveuglément "le spécialiste", "l'expert", ou celui qu'on leur désignera comme tel. Ils doivent être occupés, distraits et divertis, pour surtout ne pas avoir à se mêler de ce qui les regarde.


Si les 20% cernent en général assez bien ce deuxième aspect, ils ont en revanche beaucoup plus de mal à considérer sérieusement le premier. Personne n'aime se retrouver dans la position du gibier. C'est bien connu, la propagande c'est toujours pour les autres.


Chomsky évoque également l'idée du "bounding of debate" (borner le débat). C'est une notion très intéressante. Je reviendrai là dessus plus tard :)

dimanche 10 juin 2007

"Caricatures de Mahomet" et liberté d'expression : quand l'esprit critique met les voiles



Illustration de ce que je disais dans un billet précédent à propos d'AgoraVox : si vous estimez que votre point de vue n'est pas suffisamment défendu, ou lorsque vous pensez avoir des idées à faire valoir, lancez vous.

Il y a quelques mois, j'ai posté mon premier article sur AgoraVox. Un genre de baptême du feu. J'aurai sans doute pu écrire un article consensuel sur un sujet bateau. Mais c'était quand même beaucoup plus drôle de pondre un article polémique sur un sujet polémique : les dessins qu'on a appelés "caricatures" de Mahomet.
Sujet polémique, parce que c'est un sujet sur lequel les positions sont très tranchées. On est donc sommés de choisir son camp : soit on est soit du coté de Charlie Hebdo, soit du coté des associations musulmanes qui lui ont intenté un procès. Et d'un coté comme de l'autre, si tu n'es pas avec moi, tu es contre moi.
Article polémique, parce qu'il tape à la fois sur Charlie Hebdo, sur les associations musulmanes qui lui ont intenté un procès, et sur nous tous qui avons accepté sans broncher l'idée qu'en publiant ces dessins, les journalistes de Charlie Hebdo avaient défendu la liberté d'expression. En acceptant l'idée que Charlie-Hebdo avait défendu la liberté d'expression, avec un peu de recul je trouve qu'on a vraiment manqué de lucidité.


C'est du point de vue de la défense de la liberté d'expression que se place cet article.
Défendre la liberté d'expression, c'est faire ce que Voltaire a dit à Rousseau :
Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que vous puissiez continuer à le dire.

Défendre la liberté d'expression, c'est exactement ça, et ce n'est pas autre chose. J'y reviens dans l'article.

Pour illustrer mon propos, j'ai choisi de m'appuyer sur un extrait du documentaire Manufacturing Consent sur Noam Chomsky : un extrait relatif à l'affaire Faurisson. On pourrait croire qu'en mélangeant deux sujets ultra-polémiques on crée un cocktail explosif. Je ne crois pas. Au contraire même, je pense que ça oblige à faire une pause et à reconsidérer sa position.
Cette référence à l'extrait de Manufacturing Consent me semble essentielle pour bien comprendre le point que je tente de développer dans l'article. Etant donné les commentaires des lecteurs d'Agoravox, je pense que je ne l'ai pas suffisamment mise en valeur dans l'article, elle est un peu perdue au milieu du blabla.

Je vous propose donc de commencer par ça :









L'article sur Agoravox :

Il est disponible à l'adresse :
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=21499

Je copie ici l'intégralité de l'article :

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Charlie Hebdo, les "caricatures" et la liberté d’expression
Chalie-Hebdo relaxé, c’est une bonne nouvelle pour la liberté d’expression. Leur condamnation aurait créé un précédent inquiétant. Pour autant, les journalistes de Charlie Hebdo ont-ils défendu la liberté d’expression?

Charlie Hebdo relaxé, c’est effectivement une bonne nouvelle pour tous ceux pour qui la liberté d’expression a un sens. Mais attention à ne pas se réjouir trop vite. Les défenseurs de la liberté d’expression ont encore bien du pain sur la planche.
Tout d’abord, qu’est ce que la liberté d’expression ? Qu’est ce qui caractérise la liberté d’expression ? En premier lieu, la liberté d’expression, ce n’est pas seulement le fait "de pouvoir dire ce qu’on veut". En tout cas, ce n’est pas une caractéristique spécifique de la liberté d’expression. N’importe quel despote ou n’importe quel tyran revendique également le droit de pouvoir dire ce qu’il veut. Il ne défend pas la liberté d’expression pour autant.
De la même manière, une idée qu’on reprend à son compte est une idée à laquelle on adhère. En reprenant une idée à son compte, on ne défend pas la liberté d’expression, on défend cette idée particulière. En effet, là encore, n’importe quel despote est pour la liberté d’expression des idées auxquelles il adhère, n’importe quel tyran est pour la liberté d’expression des idées qui lui sont favorables. Ca n’implique pas d’être favorable à la liberté d’expression pour autant.
Le fait de défendre la liberté d’expression des idées auxquelles on adhère n’implique en aucune manière le fait de défendre la liberté d’expression.
Finalement, ce qui caractérise la liberté d’expression, c’est le fait de défendre la liberté d’expression des autres. Une personne qui défend la liberté d’expression, c’est une personne qui est prête à s’engager pour défendre le droit des autres à exprimer des idées auxquelles elle n’adhère pas. Défendre le droit des autres à exprimer des idées avec lesquelles elle est en désaccord.
Notre droit à pouvoir prétendre exprimer librement nos opinions découle directement (il est la récompense) de notre vigilance à garantir la liberté d’expression des avis avec lesquels nous sommes en désaccord.
Des lors, il y a une différence fondamentale entre le fait de défendre une idée et le fait de défendre la liberté d’expression de cette même idée. Ce n’est pas juste un détail insignifiant, ou une formule de rhétorique à la noix. Une vidéo de Noam Chomsky permet de bien comprendre la différence :
http://www.youtube.com/watch ?v=zz6Vbl-TWgI
Il y a un an, Charlie Hebdo, d’autres journaux, et une multitude de blogs ont affirmé que ce qu’on a appelé "les caricatures de Mahomet" n’étaient pas choquantes. Par conséquent ils ont publiés ces dessins "par solidarité", "dans le but de défendre la liberté d’expression". Mais... Considérer que ces dessins ne sont pas choquants et choisir de les publier, c’est les reprendre à son compte. Reprendre ces dessins à son compte, ce n’est pas défendre la liberté d’expression, c’est défendre ces dessins.
Ces dessins je les trouve honteux et scandaleux. Mais comme je suis pour la liberté d’expression, je suis pour que soit respecté le droit de Charlie Hebdo (et de tous les autres) de publier ces dessins s’ils le souhaitent. Mais en aucun cas je me laisserai enfermer dans le faux choix imposé qui consisterait à dire : "soit tu es pour ces dessins et tu es avec Charlie Hebdo, soit tu es contre ces dessins et tu es avec les associations musulmanes qui leur ont intenté un procès". Ces dessins je les trouve scandaleux en tout premier lieu parce que tout le monde les a appelé "caricatures". Personne ne semble avoir eu la lucidité de considérer qu’il s’agit de dessins de propagande. Comme si la propagande et l’endoctrinement ne valait que pour les fanatiques religieux, un fléau réservé aux autres et dont nous serions à l’abri. Allons, un peu de sérieux ! En terme d’endoctrinement, nous ne sommes pas en reste. Il suffit d’analyser avec un tout petit peu d’esprit critique le traitement médiatique réservé à l’événement international le plus important depuis la chute du mur de Berlin, pour prendre conscience que nous vivons dans une société extrêmement endoctrinante.
Mais revenons plutôt aux "caricatures". Il suffit de taper "propagande" (ou "propaganda") dans la section "images" de votre moteur de recherche préféré. Vous aurez rapidement une liste de dessins de propagande. Il suffit de comparer avec celle où Mahomet a une bombe dans le turban pour se rendre compte immédiatement qu’on est exactement dans le même registre.

Mais :

On peut l’appeler "caricature" si on veut. Mais cette image, c’est autant un dessin de propagande que tous les autres de la liste (on peut aussi tous les appeler "caricatures" si l’on y tient vraiment).
Est ce qu’il faut traduire en justice et faire condamner un journal pour avoir publié des images de propagande ? Pas du tout !! Les associations musulmanes ont fait fausse route. Les journalistes de Charlie Hebdo sont libres de publier des dessins de propagande dans leur journal. La liberté d’expression vaut pour tous les points de vue, sinon ce n’est pas de la liberté d’expression.
En revanche, en choisissant de publier ces dessins, ils se sont totalement discrédités : publier des dessins de propagande en prétendant ainsi défendre la liberté d’expression, ce n’est pas très flatteur pour leurs lecteurs.
Les journalistes de Charlie Hebdo ne défendent pas la liberté d’expression. Une très bonne illustration est leur absence de réaction suite à la loi initiée par Sarkozy basée sur le prétexte du "happy-slapping", qui constitue une très grave atteinte à la liberté d’expression ( http://www.agoravox.fr/article.php3 ?id_article=20521 ou http://www.odebi.org/new2/ ?p=231 ). Cette loi crée une différence entre un citoyen et un journaliste dans leur droit à diffuser de l’information. Elle porte atteinte à la liberté d’expression des citoyens, mais pas à celle des journalistes. Où sont les caricatures de Charlie Hebdo pour dénoncer cette atteinte fondamentale à la liberté d’expression des citoyens ? Il n’y en a pas. Car en tant que journalistes, leur liberté d’exprimer leurs idées n’est pas remise en cause.
Que peut-on espérer trouver dans un journal qui n’a apparemment aucune idée de ce qu’est la liberté d’expression ?




mardi 5 juin 2007

L'impératif de concision dans les médias

Deuxième extrait du documentaire Manufacturing Consent sur Noam Chomsky.

Ici, Chomsky s'attaque au problème de l'impératif de concision dans les médias Américains. C'est un problème qui dépasse largement les seuls médias outre-atlantique : Pierre Bourdieu ou Serge Halimi (entre autres) dénoncent le même phénomène en France, et rejoignent tout à fait Chomsky sur ce point.












L'impératif de concision a tendance à interdire le développement d'analyses et de points de vue originaux. Cette contrainte temporelle empêche d'apporter les preuves et les exemples qui permettraient d'étayer des propos originaux et des points de vue alternatifs.



Certaines idées ont des dizaines de milliers d'heures d'antenne de retard sur d'autres. Prétendre les opposer équitablement au cours d'un débat télévisuel (ou radiophonique) est une farce.





Serge Halimi, extrait sonore du
documentaire Enfin pris ? de Pierre Carles

vendredi 1 juin 2007

Chomsky à propos de la démocratie

Noam Chomsky est un sacré bonhomme. Il fait une analyse très intéressante du fonctionnement des médias dans les sociétés démocratiques.

C'est à lui qu'on doit la citation suivante : La propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures.

Je posterai une série de billets sur ce blog pour vous inviter à vous pencher sur Manufacturing Consent, un documentaire de 1992 sur Noam Chomsky, réalisé par Mark Achbar et Peter Wintonick. A voir et à revoir, c'est une mine d'or.


Le premier extrait que je vous propose introduit la problématique. Chomsky présente deux courants de pensée radicalement opposés.







- Le premier point de vue est l'idée communément admise à propos de la démocratie : le peuple souverain pèse sur le processus politique. Les citoyens sont épaulés par des médias libres et indépendants, dont la liberté d'expression garanti la diversité des opinions.
- Le deuxième point de vue est légèrement plus cynique : les citoyens sont des crétins incapables de prendre les bonnes décisions. Puisqu'ils n'ont pas les capacités d'analyse et de raisonnement nécessaires, il est indispensable de les manipuler et les divertir, et ce dans leur propre intérêt.

Au passage il en profite pour dégommer l'idée reçue selon laquelle la propagande et l'endoctrinement seraient incompatibles avec le fait de vivre dans une société démocratique.


La dernière phrase de la vidéo me semble particulièrement importante :

Pour ce faire, on a recours à la propagande, à la fabrication du consentement, la création d'illusions nécessaires. Diverses façons de marginaliser les gens et de les réduire à l'apathie.

La propagande n'a pas nécessairement pour but d'entraîner une adhésion inconditionnelle à une doctrine particulière. L'objectif n'est pas forcément de convaincre ou de rallier. Le but du jeu est avant tout d'avoir le champ libre. Il faut décrédibiliser les emmerdeurs. Marginaliser et décourager ceux qui (se) posent les mauvaises questions, pour les réduire à l'apathie.