mercredi 25 novembre 2015

Daesh : halte au double jeu sordide



Cela fait 2 ans que je répète à qui veut bien l'entendre : je souhaite que François Hollande et Laurent Fabius soient traduits devant la Cour Pénale Internationale (CPI) afin qu'ils y répondent des accusations de crime d'agression à l'encontre de la Syrie.
  - Les livraisons d'armes à "l'opposition syrienne" décidées par François Hollande (source) sont illégales au regard du droit international.
  - Le ministre des affaires étrangères en exercice, Laurent Fabius, déclarait en décembre 2012 en que l'organisation terroriste Al-Nosra "fait du boulot sur le terrain" en Syrie (source).

Par ailleurs, nos "alliés" américains ont envoyé un grand nombre d'instructeurs militaires afin de former "l'opposition syrienne" (source), ce qui constitue également un crime au regard du droit international. Le bilan de cette politique est tout à fait accablant : 500 millions de dollars pour former "4 ou 5 combatants anti-Isis" (source). La plupart des soldat entrainés ont soit-disant "trahi les Etats-Unis" en rejoignant des groupes terroristes (source).

Mais bon sang, qui peut être assez dupe pour ne pas voir le double jeu sordide mené par nos dirigeants ?

La guerre en Syrie n'a strictement rien à voir avec la volonté ou le sort du peuple syrien. Elle a tout à voir avec le contrôle des ressources de gaz naturel de la Syrie et avec la construction du pipeline Nabucco, soutenu en particulier par les Etats-Unis et la Turquie (voir ici et ici). Bashar El-Assad est hostile à la construction de ce pipeline, c'est la raison pour laquelle il doit être dégommé quels qu'en soient les moyens. Pour les hommes politiques qui prétendent nous représenter et qui prétendent agir dans notre intérêt, les groupes terroristes qui mettent la Syrie à feu et à sang (et qui commettent des attentats terroristes en France) sont un outil bien plus qu'un véritable ennemi. Cet outil est utilisé afin d'obtenir le renversement de Bashar El-Assad.
Il est à noter que contrairement aux Etats-Unis et à ses vassaux membres de l'OTAN (dont la France), la Russie agit à la demande des autorités syriennes légitimes reconnues à l'ONU. Contrairement aux notres, les actions que mène la Russie en Syrie sont donc conformes aux règles du droit international. Les actions que la France mène en Syrie sont illégales. La fuite en avant de François Hollande fait de la France un "état voyou".


Je suis effaré de voir tous les matins dans le métro mes concitoyens parisiens lire des monceaux de conneries comme "Daesh, un ennemi surpuissant".
Le groupe terroriste Daesh est enclavé. Si nos dirigeants souhaitaient réellement éliminer cette menace, ils chercheraient à couper ses lignes de ravitaillement. En particulier, ils se mettraient en conformité avec le droit international en cessant immédiatement tout soutient militaire et logistique à ces groupes terroristes, et ils adopteraient une résolution à l'ONU visant de déployer des casques bleus le long de la frontière sud de la Turquie. Au lieu de cela, la Turquie membre de l'OTAN et soutient actif de Daesh, vient d'abattre aujourd'hui un avion de chasse de l'armée russe avant de demander une réunion extraordinaire de l'OTAN. Le jeu des alliances automatiques pourrait nous conduire à la 3ème guerre mondiale.

Il est grand temps que davantage de voix se fassent entendre en France pour condamner sans ambiguité la politique menée par François Hollande et pour exiger que nos représentants adoptent une politique conforme aux règles du droit international.

vendredi 6 février 2015

Dis Charlie, c'est quoi la différence entre un bon djihadiste et un mauvais djihadiste ?



Je voudrais revenir sur le coté ambigu de la formule "Je suis Charlie".

Je me suis amusé à poser la question autour de moi : "Qu'est ce que la formule << Je suis Charlie >> signifie pour toi ?"


A l'exception notable d'un ancien collègue, qui m'a fait cette réponse cinglante par email :
"Je suis Charlie", ça veut dire "je suis un con lobotomisé par le système jusqu'à la moëlle" (à mon humble avis).
(Je développe plus tard)


En général, les personnes à qui j'ai posé la question m'ont plutôt fait l'une ou l'autre (ou parfois les deux) réponse(s) suivante(s) :
1) "Je suis Charlie" pour défendre la liberté d'expression
2) "Je suis Charlie" parce que je ne suis pas d'accord pour qu'on tue des gens à cause de leurs idées

Je trouve que ces deux réponses ne sont pas plus convaincantes l'une que l'autre.


1) Même si c'est quelque chose qu'on a entendu en boucle sur les télés et les radios, il est faux de dire :
Je suis pour la liberté d'expression <=> "Je suis Charlie" et je fais de la pub pour Charlie Hebdo.

Cette équivalence est même doublement fausse (les deux implications sont fausses) :
  • Il existe des fans de Charlie Hebdo qui sont contre la liberté d'expression.
  • Il existe des gens qui sont pour la liberté d'expression et qui sont très critiques vis à vis de la ligne éditoriale de Charlie Hebdo (c'est mon cas, je l'ai clairement expliqué dans cet article).

2) Moi aussi je suis évidemment contre le fait qu'on assassine des gens. Mais ce n'est pas du tout ce que dit la formule ambigüe "Je suis Charlie".


J'insiste sur le coté ambigu de cette formule : chacun peut y plaquer la signification qu'il veut. Pour moi, "Je suis Charlie" signifie : "Je ne fais qu'un avec Charlie". En d'autres termes : "Je partage totalement et sans réserve la ligne éditoriale de Charlie Hebdo". J'essaie de me raisonner, en me disant que les millions de personnes qui ont repris ce slogan à leur compte ne l'entendent pas nécessairement comme ça, ou même parfois ignorent ce que cela pourrait signifier. Si tous ceux qui ont dit "Je suis Charlie" étaient réellement Charlie et pensaient réellement Charlie, je trouve que la situation serait terrifiante. A nouveau, pour ceux qui ne l'ont pas lu,  je vous renvoie vers mon article précédent.



Qu’est ce que la formule "Je suis Charlie" signifie comme position vis à vis d’une politique extraordinairement hypocrite qui consiste d’une part à décréter un deuil national lorsque des journalistes sont assassinés en France, tout en continuant par ailleurs à entrainer et à armer des groupes fondamentalistes religieux dans le but de renverser un régime qui refuse de traiter avec nos multinationales chéries (dont certaines d'entre-elles, comme par exemple Total, ne paient d'ailleurs aucun impôt sur les sociétés en France) ?
Pourquoi est ce que Charlie Hebdo (qui est un hebdomadaire qui a défendu toutes les guerres de l'OTAN depuis 20 ans : cf article), ou plein d’autres journaux (comme l’Express par exemple, qui a publié un dossier de 20 pages sur le "djihadisme international" dans son numéro du 21 janvier dernier), ne jugent pas utile de nous communiquer clairement ce genre d’informations : http://www.upr.fr/actualite/monde/terrorisme-labominable-double-jeu-des-etats-unis ?

A l'heure ou François Hollande fait un bond fulgurant de 21 points dans les sondages d'opinions favorables (article LeFigaro), il me parait intéressant de revenir un peu plus en détail sur ce fameux numéro spécial du journal l'Express du 21 janvier, titré "L'internationale DJIHADISTE". Sur la couverture on peut également lire : "Le double jeu des amis de l'Occident", "Les failles du renseignement", et "L'hypocrisie des politiques français". Avec une couverture pareille, ceux qui :
  • connaissent les propos de Laurent Fabius (Ministre des Affaires Etrangères en exercice) qui déclarait en décembre 2012 que l'organisation terroriste Al-Nosra "fait du bon boulot sur le terrain" en Syrie
  • savent que François Hollande a reconnu que la France a livré illégalement des armes à la très floue "opposition Syrienne", en violation des règles du droit international
  • sont au courant que le 15 janvier dernier (donc 8 jours APRES l'attentat contre Charlie Hebdo, 4 jours APRES la grande marche du 11 janvier, et 6 jours AVANT la publication de ce numéro de l'Express), le Pentagone a annoncé l'envoi de 400 nouveaux militaires pour "former les rebelles syriens", en partenariat avec nos grands potes de Turquie, du Qatar et d'Arabie Saoudite

... se disent : bah dis donc, il va être drôlement intéressant ce numéro de l'Express, ça va envoyer du bois !!!



Je vous laisse en juger par vous-même...



J'ai eu un premier haut-le-coeur lorsque j'ai constaté que le journal commence (après 7 pages de pub, quand même...) par un édito insipide et totalement dénué d'intérêt de Christophe Barbier, qui nous explique sans rire que "François Hollande a été élu président de la République le 11 janvier 2015 par 5 millions de piétons" (!!!)

Mais je me suis ressaisi, et j'ai lu assidûment le dossier sur le "Djihadisme international", qui court sur 24 pages (dont 4 de pub).
On y apprend par exemple que "La Turquie, le Qatar ou l'Arabie Saoudite ont cultivé ou cultivent encore un rapport ambigu avec l'islam radical". On y apprend que "Depuis le début de la guerre civile en Syrie, Ankara, qui veut faire tomber Bachar el-Assad, est accusé de fermer les yeux face au passage sur son territoire, en sus des armes et de toutes sortes de contrebande, des centaines de jeunes djihadites européens". La Turquie, qui veut faire tomber Bachar el-Assad (n'est-ce pas également le cas de la France ?), est soupçonnée "d'avoir livré des armes à certains groupes rebelles islamistes syriens - ce que le gouvernement nie". 
Donc si je comprends bien le point de vue développé dans l'Express : la Turquie est soupçonnée d'avoir livré des armes à des groupes rebelles islamistes syriens, mais pas la France. Les lecteurs de l'Express qui ignoraient les déclarations de Laurent Fabius (chantant les louanges du Front Al-Nosra) et de François Hollande (reconnaissant avoir fait livrer des armes à "l'opposition syrienne") resteront ignorants.
En lisant ce dossier de l'Express, on apprend que nos alliés du Moyen-Orient ont certes un peu joué au con en étant très tolérants vis à vis du financement de groupes fondamentalistes en Syrie, mais que ça c'était avant. Maintenant ils ont compris que c'était mal. C'est du moins ce que je comprends par : "Avec retard, la monarchie semble avoir compris qu'elle nourrissait de futurs ennemis, qui accusent la famille Al-Saoud vieillissante d'être vendue aux Etats-Unis : inquiète du départ de ses jeunes, elle a ainsi criminalisé ses organisations djihadistes, comme Daech ou le Front Al-Nosra, le bras armé d'Al-Qaeda en Syrie, au printemps dernier (les Emirats arabes unis ont fait de même)".

La mise en page, qui met bien en évidence de la citation de Maurice Leroy (président du groupe d'amitié France-Qatar, disant : "La CIA et nos services secrets auraient déjà sorti des choses, s'il y en avait"), en grosses lettres rouges, nous signale que la messe est dite : circulez, il n'y a rien à voir. Il ne sera fait aucune réelle analyse de la politique Française dans ce dossier de l'Express. La question centrale de la participation (illégale au regard du droit international) des Etats-Unis ou de la France dans l'armement et l'entrainement de milices armées qui mettent la Syrie à feu et à sang depuis plus de 2 ans ne sera pas abordée. Exit toute réflexion au sujet de cette politique illégale et criminelle, et de ses conséquences désastreuses à la fois sur le plan national et sur le plan international.
On aurait raisonnablement pu attendre, de la part d'un journal sérieux qui réaliserait un dossier de 20 pages traitant de la question du "Djihadisme international" (en particulier lorsqu'il prétend dénoncer "l'hypocrisie des politiques français" sur sa couverture), qu'il abordre sérieusement la question de la possible future traduction en justice devant la Cour Pénale Internationale (CPI) de messieurs Laurent Fabius et François Hollande (entre autres), afin qu'ils y répondent des accusations de crime d'agression à l'égard de la Syrie. Mais on est à des années lumières de ça avec l'Express.

Le dernier article du dossier de l'Express met en valeur le "Philosophe" Abdennour Bidar, qui "refuse tous les amalgames". Mais qui pourtant nous dit (et là encore c'est bien mis en évidence en grosses lettres rouges) : "Nos concitoyens musulmans doivent passer du réflexe de l'autodéfense à la responsabilité de l'autocritique". Ah bon, seulement nos concitoyens musulmans ?


Vous pouvez trouver l'intégralité du dossier de l'Express ici.
A comparer avec l'article de l'UPR.


Comment peut-on ne pas voir, avec cette histoire de Charlie / djihadisme international, une illustration flagrante du phénomène qu'analysait Noam Chomsky dans le documentaire Manufacturing Consent, et que je mettais en évidence dans ce billet ?
C'est frappant de constater à quel point les analyses et les conclusions de ces travaux, anciens de 25 à 30 ans, semblent s'appliquer tout à fait à la situation qui est la notre aujourd'hui :

La raison pour laquelle ces atrocités continuent, c'est parce que personne n'est au courant. Si les gens étaient au courant, il y aurait des manifestations et des pressions pour y mettre un terme. Par conséquent, en supprimant les faits, les médias jouent un rôle majeur.
[...]
Ce sont des choses à garder en tête. Ce ne sont pas des jeux d'esprit : on n'est pas entrain d'analyser les médias sur la planète Mars, ou au XVIIIème siècle, ou un truc dans le genre. On est entrain de parler de vrais être humains qui souffrent, meurent, sont torturés et crèvent de faim à cause de politiques auxquelles nous sommes mêlés. Nous, en tant que citoyens de sociétés démocratiques, sommes directement responsables des politiques qui sont menées en notre nom. Les médias quant à eux s'assurent que nous n'assumions pas ces responsabilités. Ils font en sorte de servir les intérêts du pouvoir. Pas les intérêts des gens qui souffrent, et même pas non plus les intérêts des citoyens américains (ndlr ou français), qui seraient horrifiés d'apprendre qu'ils ont du sang sur les mains à cause de la manière dont ils se laissent duper et manipuler par ce système.



"Je suis Charlie" ?   Sérieusement ?

Si demain, Jean-Marie et/ou Marine Lepen, Laurent Fabius, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Dieudonné M’bala, ou des journalistes de l’Express étaient assassinés par des meurtriers, diriez-vous tour à tour : "Je suis Lepen", "Je suis Fabius", "Je suis Sarkozy", "Je suis Hollande", "Je suis Dieudonné" ou "Je suis l’Express" ?
Moi non. Je ne suis aucun de ceux là. Je suis Français, et j’en ai assez que les élus qui prétendent me représenter et que les médias qui prétendent m’informer me prennent pour un con, en essayant de faire de moi un complice de cette politique.

Je suis sûr que nous sommes potentiellement des millions dans ce cas.

lundi 12 janvier 2015

Ni Charlie, ni terroriste : contre l'idéologie du "choc des civilisations"

L'assassinat des journalistes de Charlie Hebdo est un acte odieux. J'espérais que les criminels qui ont commis ces actes seraient capturés vivants afin qu'ils puissent être jugés et condamnés. Cela n'a malheureusement pas été le cas, mais je salue l'efficacité des forces de l'ordre qui ont été contraintes de les abattre étant donné les circonstances.

Comme tout le monde, j'ai été choqué et révolté par le meurtre des journalistes de Charlie Hebdo. Néanmoins, je ne suis pas d'accord pour faire de ce journal le porte-drapeau de l'unité nationale, ou le soit-disant "grand défenseur de la liberté d'expression".


J'ai toujours défendu la liberté d'expression de Charlie Hebdo. En témoigne l'article que j'ai écrit en 2007 sur Agoravox, et que j'ai repris sur ce blog : "Caricatures de Mahomet" et liberté d'expression : quand l'esprit critique met les voiles. J'y exprimais mon opinion selon laquelle des associations musulmanes avaient eu tort de faire un procès à Charlie Hebdo en invoquant le prétexte d'"incitation à la haine raciale". Mais dans ce même article, j'y contestais également à Charlie Hebdo le statut de "défenseur de la liberté d'expression" qu'il n'a jamais été.
J'y rappelais certaines évidences, comme par exemple le fait que si vous êtes favorables à la liberté d'expression, c'est précisément parce que vous êtes favorables à la liberté d'expression des idées avec lesquelles vous êtes en désaccord, sinon vous n'êtes pas réellement favorables à la liberté d'expression. J'y rappelais également la différence fondamentale entre le fait de défendre une idée, et le fait de défendre la liberté d'expression de cette même idée.
Si ces notions ne sont pas parfaitement claires et évidentes pour vous (elles ne l'étaient pas pour moi avant que je me décide à y réflechir sérieusement), je vous invite à relire l'article que j'avais écrit en 2007, et en particulier à visionner la vidéo de Noam Chomsky (extraite du documentaire "Manufacturing Consent" de 1992) qui lui est associée. La compréhension de ces notions me parait être indispensable pour quiconque veut avoir un avis sur ce qu'est et sur ce qu'implique la défense de la liberté d'expression.


J'ai toujours été pour la liberté d'expression de Charlie Hebdo, même si je trouve que certaines de leurs idées sont profondément dangereuses et néfastes. Je considère comme très important le fait qu'ils puissent continuer à les exprimer (je suis favorable à la liberté d'expression), mais je considère également qu'il est très important qu'une majorité de mes concitoyens réalisent en quoi certaines de ces idées sont dangereuses et néfastes.

Depuis une douzaine d'années, Charlie Hebdo (et bien d'autres journaux) sont sur une ligne éditoriale qui tente plus ou moins subtilement de promouvoir l'idée de "l'inévitable choc des civilisations". Une idéologie qui permet de donner un semblant de légitimité à la politique intérieure et internationale criminelle menée par les escrocs qui nous gouvernent. Ce qui est navrant, c'est que les meurtres de la semaine dernière vont probablement contribuer à renforcer cette idéologie du "choc des civilisations", une idéologie que la ligne éditoriale de Charlie Hebdo (et de bien d'autres journaux) a elle-même contribué à importer et à imposer en France au fil des dernières années.

Olivier Cyran est un ancien journaliste de Charlie Hebdo. Il y a travaillé pendant près de 10 ans avant de quitter le journal en 2001. Il a écrit un article en décembre 2013 dans lequel il analyse la dérive éditoriale de son ancien journal au cours des 10-12 dernières années. C'est l'article le plus intéressant que j'ai lu au sujet de Charlie Hebdo, tous supports confondus. C'est un article qu'il aurait été bon que chacun lise avant de déclarer "je suis Charlie". Mais il n'est jamais trop tard :
http://www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous


Je comprends très bien que des gens aient eu besoin de se retrouver pour partager leur peine, partager leurs craintes, et partager leur refus de l'intimidation face à la menace terroriste.
Mais personnellement, j'ai refusé d'aller à la manifestation d'hier sous le mot d'ordre "je suis Charlie". Non, je ne suis ni Charlie, ni terroriste. J'y serais volontiers allé si le mot d'ordre avait été quelque chose comme : "pour le refus de l'idéologie du choc des civilisations".


Si demain des meurtriers débarquaient à un repas de famille chez les LePen et assassinaient le père, la fille et la petite fille, quelle serait votre réaction ?  La mienne serait certainement exactement la même que celle que j'ai eue lorsque j'ai appris le meurtre des journalistes de Charlie Hebdo : je condamnerais cet acte horrible, et j'espèrerais que les criminels soient arrêtés et jugés. Mais je refuserais de participer à un défilé sous la bannière "Je suis LePen". Et je m'opposerais à l'idée de faire des LePen l'icone de la démocratie et de l'intégrité en politique.


Aujourd'hui, la machine à broyer les esprits se met en route pour culpabiliser et réduire au silence ceux qui ont osé critiquer la ligne éditoriale nauséabonde de Charlie Hebdo, en les présentant comme les complices des assassins (cf articles : LeMonde, Marianne, ...).
Regardez attentivement cette conversation entre les journalistes Elise Lucet et Nathalie Saint-Cricq (responsable du service politique de France2), qui semble tout droit issue de ce que serait un JT dans une société totalitaire à la Orwell. Admirez leur piètre jeu d'actrices qui font comme si leur dialogue était spontané, alors que chacune récite son texte et sait exactement ce que l'autre va lui répondre :

Elise Lucet : On parle beaucoup depuis quelques jours, Nathalie, d'unité nationale. Mais attention, toute la France n'était pas dans la rue hier.

Nathalie St Cricq : Non Elise, il ne faut pas faire preuve d'angélisme. C'est justement ceux qui ne sont pas Charlie qu'il faut repérer. Ceux qui, dans certains établissement scolaires, ont refusé la minute de silence. Ceux qui balancent sur les réseaux sociaux. Et ceux qui ne voient pas en quoi ce combat est le leur. Ce sont eux que nous devons repérer, traiter, intégrer ou réintégrer dans la communauté nationale. Et là, l'école et les politiques ont une lourde responsabilité.

Dois-je leur faire une réponse à la Charlie Hebdo ?  Une jolie caricature de moi leur enfonçant la charte de Munich dans le fion à grands coups de pelle, avec une bulle qui dirait : "Allez ça va rentrer, tu vas bien finir par l'intégrer cette charte de déontologie du journalisme".  Du bon gros humour de bon goût à la Charlie ça ma p'tite dame !  Ca devrait leur plaire, non ?  J'ai mal compris la leçon ?

Tout ce cirque médiatique est confondant de médiocrité. L'attentat tragique de la semaine dernière aurait pu nous faire réfléchir et avancer ensemble. Malheureusement il semblerait que ce soit l'inverse qui soit entrain de se produire : des raisonnements simplistes, binaires, à la Georges W Bush ("soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes").
Aujourd'hui, c'est : soit "vous êtes Charlie" (inconditionnellement), soit vous êtes des "islamo-gauchistes" complices des terroristes et vous devrez donc être "repérés" et "traités".


Ce matin j'ai discuté avec Jamila, la femme de ménage que j'emploie à domicile quelques heures par semaine. Jamila est algérienne. Elle est honnête, elle travaille et cotise en France depuis 20 ans. Ses enfants sont français. Je n'ai aucun doute sur le fait que l'éducation et les valeurs qu'elle leur enseigne sont parfaitement compatibles avec celles de la République. Elle ne fait pas de vagues, elle veut juste vivre en paix.
Pourtant, elle m'a confié s'être faite agresser verbalement et menacer physiquement dans le métro parisien vendredi soir à cause du foulard qu'elle porte sur la tête. Des crétins ont vu en elle "la pauvre conne de musulmane voilée", la "menace contre la République", telle qu'elle est systématiquement et invariablement dépeinte dans Charlie Hebdo à longueur d'années. Ils lui ont reproché (à elle !) d'être responsable de l'assassinat des journalistes de Charlie Hebdo, d'être une terroriste qui met en danger la France, et ils ont également menacé de lui casser la gueule. Quelle folie !


Je concluerai avec un petit mot pour mes amis, qui sont nombreux à être allés manifester dimanche en déclarant "je suis Charlie". Vous êtes pour l'instant à l'abri des foudres de Nathalie Saint Cricq et du "traitement" qu'elle réserve aux déviants qui "ne sont pas Charlie". Si vous n'avez pas encore lu l'article d'Olivier Cyran de 2013, je vous en prie faites-le, j'insiste !
Certains d'entre vous, peut-être, pensent qu'il était important d'aller à la manif de dimanche pour dire "non" à la barbarie. A ceux là et aux autres, je vous donne rendez-vous : la prochaine fois que notre gouvernement décidera, en notre nom, de déclencher ou de participer à une guerre illégale au regard du droit international, usant des faux prétextes de promotion de la "démocratie" et "d'inévitable choc des civilisations", irons-nous manifester ensemble pour tenter d'empêcher celle nouvelle folie ?
Irons-nous manifester ensemble, lorsque ceux qui prétendent agir en notre nom et dans notre intérêt, installeront des fondamentalistes religieux au pouvoir en Libye (ou ailleurs), soutiendront des fondamentalistes religieux en Syrie (ou ailleurs), et des néo-nazis en Ukraine (ou ailleurs) ?
François Hollande et toute la smala qui l'entourait dimanche en tête du cortège n'y seront probablement pas. Mais nous, y serons-nous ?

lundi 5 janvier 2009

Judaïsme et Sionisme incompatibles ? L'interview du rabin Yisroel Weiss



L'actualité m'incite à ressortir cette vidéo, que j'avais trouvée très étonnante, tant elle tranche avec ce qu'on a l'habitude d'entendre sur le sujet. Elle date de 2006, et montre une interview du rabin Yisroel Weiss, diffusée en direct sur Fox News. Le rabin Weiss, dont les grands-parents sont morts à Auschwitz, est membre d'une association juive anti-sioniste, et milite pour le démantèlement pacifique de l'état d'Israël.






Transcription :

Journaliste (Neil Cavuto) : "Toute la violence et tous les conflits du Moyen-Orient se résoudraient si Israël cessait d'exister". Mon invité suivant ne se contente pas d'affirmer qu'Israël enfreint la loi juive en attaquant militairement le Hezbollah. Il ajoute également qu'Israël ne devrait même pas exister en tant qu'Etat. Le plus surprenant est que l'auteur de ces mots est un Rabin. Il s'agit du Rabin Yisroel Weiss de l'association - Juifs Unis Contre le Sionisme -
Mr le Rabin, les propos que vous tenez sont assez radicaux.

Invité (Yisroel Weiss) : Oui, mais il s'agit là de l'opinion partagée par tous les chefs spirituels au cours des derniers siècles. Lorsque le mouvement sioniste a été crée, le concept, l'idéologie qui consiste à faire passer le judaïsme de la spiritualité vers le matérialisme, transformer une religion en revendication nationaliste de posséder une terre, toutes les autorités religieuses s'y sont opposées, car cette idée est contradictoire avec le judaïsme.
C'est explicitement interdit dans la Torah, car nous avons été condamnés à l'exode par Dieu.

Journaliste (Neil Cavuto) : Donc vous ne devriez pas avoir un état, ni un pays, ni un gouvernement ?

Invité (Yisroel Weiss) : Nous ne devrions pas avoir d'état, nous devrions vivre dans tous les pays, comme les juifs l'ont fait depuis 2000 ans, en tant que citoyens loyaux, des gens qui servent Dieu avec compassion.
Et le Talmud le dit clairement, si nous allons à l'encontre de la volonté divine, les conséquences seront catastrophiques pour les juifs. Depuis que les sionistes ont crée l'état d'Israël, un torrent de haine et de souffrance s'abat sur les juifs et les non-juifs.
Contrairement à ce que les gens pensent, il ne s'agit pas d'un conflit religieux. Nous avons vécu pendant des siècles au milieu des musulmans et des arabes sans avoir besoin de la surveillance d'organismes humanitaires...

Journaliste (Neil Cavuto) : Laissez-moi vous poser une question : est ce que la vie était meilleure pour les juifs avant la création d'Israël ?

Invité (Yisroel Weiss) : Oui à 100%. En Palestine nous avons les témoignages de la communauté juive vivant sur place, qui vivait en harmonie. Ils ont plaidé leur cause devant les Nations Unies. Le grand Rabin de Jérusalem l'a dit : "nous ne voulons pas d'un état juif".
Les habitants musulmans, chrétiens et juifs ont été ignorés au moment de la création de l'état israélien...

Journaliste (Neil Cavuto) : Néanmoins, même si vous refusez l'idée de la création d'un état, vous n'êtes pas étrangers au fait d'avoir été massacrés au cours des millénaires, en particulier il a 50 ou 60 ans.

Invité (Yisroel Weiss) : Il y a le problème d'être tué à cause de l'anti-sémitisme, et il y a un autre problème où l'on provoque soi-même son anti-sémitisme à travers le sionisme. Quand on casse les vitres de son voisin on ne vient pas hurler à l'anti-sémitisme ensuite.

Journaliste (Neil Cavuto) : Je sais que vous êtes un juif orthodoxe. Quelle est l'opinion des juifs traditionnels ?

Invité (Yisroel Weiss) : C'était l'opinion la plus répandue dans toute la communauté juive à travers le monde

Journaliste (Neil Cavuto) : C'était le cas, ça ne l'est plus. Que vous disent-ils maintenant ?

Invité (Yisroel Weiss) : Parlons du point de vue religieux : du judaïsme, pas de ceux qui sont sortis du judaïsme. Le courant principal est que nous ne devrions pas avoir d'état. Mais une fois qu'il a été crée, la propagande sioniste a laissé penser que les arabes veulent jeter tous les juifs à la mer et que la haine des juifs est enracinée. De nombreux juifs se sont laissés convaincre par ce message, et c'est la raison pour laquelle ils ont peur de rendre la terre.

Journaliste (Neil Cavuto) : Qui pourrait les en blâmer. Vous avez vu le président iranien qui a dit que l'Holocauste n'a jamais existé et qu'il voudrait détruire Israël et tous les juifs.

Invité (Yisroel Weiss) : C'est également une chose totalement fausse. Il y a une communauté juive en Iran, et ils ne les ont pas assassinés lorsqu'ils en avaient l'occasion...

Journaliste (Neil Cavuto) : Donc, vous ne le prenez pas au mot lorsqu'il dit qu'il veut tuer les juifs ?

Invité (Yisroel Weiss) : Il veut le démantèlement de l'entité politique israélienne. L'an dernier nous sommes allés en Iran avec un groupe de Rabins, nous avons discuté avec des responsables du régime, nous avons rencontré le vice président. Ahmedinejad était au Venezuela à cette période. Nous avons rencontrés les responsables des autorités religieuses. Tous ont affirmé très clairement qu'ils n'ont pas de conflit avec les juifs.

Journaliste (Neil Cavuto) : Donc, tant qu'Israël existe, vous pensez qu'il y aura des problèmes...

Invité (Yisroel Weiss) : Les juifs souffrent, les palestiniens souffrent, les libanais... Nous prions pour le démantèlement rapide et pacifique de l'Etat juif.

Journaliste (Neil Cavuto) : C'est intéressant Mr le Rabin. On n'entend pas souvent ce point de vue. Merci d'être venu.


mardi 4 novembre 2008

*EXCLUSIF* Elections US : le résultat en avant-première



Comme je suis un gars sympa, et que je sais que ce sujet vous passionne, je suis d'accord pour vous livrer en avant-première les résultats de l'élection présidentielle aux Etats-Unis.




Conformément à la prophétie médiatique, c'est Mr Barohn McObamacain qui est triomphalement élu avec près de 95% des suffrages exprimés.





Mr Barohn McObamacain, 44ème Président des Etats-Unis d'Amérique
(image tirée de la couverture de l’hebdomadaire politique russe Профиль)






La douzaine d'autres candidats totalisent un score cumulé d'environ 5% des suffrages exprimés. Etant donné le tapage médiatique au bénéfice exclusif de Barohn McObamacain, il est peu probable qu'une telle proportion des électeurs aient eu connaissance de l'existence des autres candidats avant de pénétrer dans l'isoloir. L'hypothèse la plus crédible est donc qu'une part importante des marginaux qui n'ont pas voté McObamacain se sont mélangés les pinceaux au dernier moment et ont involontairement voté pour un inconnu.





La grande force de McObamacain est d'avoir parfaitement su faire la synthèse des programmes de John McCain et de Barack Obama. Il faut bien dire qu'au delà des désaccords de façade (par exemple l'un préconise de maintenir les troupes en Irak ad vitam eternam, tandis que l'autre propose de les retirer à la Saint Glinglin), cette synthèse était particulièrement simple à réaliser tant les positions des deux candidats étaient similaires sur tous les sujets importants (modèle social, modèle économique, politique énergétique, politique internationale, etc...) (cf billet précédent).



Saluons au passage la clairvoyance des joyeux lurons de TheOnion qui avaient parfaitement prédit, il y a de cela plusieurs mois, que l'élément déterminant de cette élection serait : la connerie ("bullshit") (voir la vidéo)







Alors pour celles et ceux qui commencent un peu à se lasser de lire les bisounours-eries habituelles au sujet de cette "élection présidentielle historique dans la plus grande démocratie du monde", et qui souhaitent avoir un autre point de vue, l'article suivant est très intéressant. C'est un poil plus cynique, mais sans doute un brin plus réaliste aussi :




Un bon show ne fait pas une démocratie

Les médias des États membres de l’OTAN accordent une très large couverture de l’élection présidentielle US. Ce faisant, ils transmettent un double message : l’avenir des peuples alliés se joue à Washington, et les États-Unis sont un modèle démocratique. Or, il est admis que l’élection présidentielle US est faussée par l’argent. L’édition 2008 a déjà coûté plus 1,5 milliards de dollars. Cependant cette critique est superficielle en ce qu’elle laisse croire que les moyens financiers font le vainqueur, alors que c’est peut-être l’inverse : l’argent va au vainqueur préalablement désigné. En réalité, remarque Thierry Meyssan, la classe dirigeante US manipule chaque étape du processus électoral, des primaires aux conventions, des listes électorales aux machines à voter. Aux États-Unis, la démocratie est une pure fiction.

[...]

Si ce show régénère la société tous les quatre ans, il sert aussi à nettoyer l’image des États-Unis dans le monde. L’opinion publique internationale est invitée à suivre un spectacle qui fasse oublier les crimes précédents et lui redonne espoir. Cette année le casting est particulièrement réussi : un sémillant jeune noir assisté d’un vieux briscard de la politique contre un ancien combattant épaulé par une femme sans complexes. Déjà, la presse mondiale titre sur l’après-Bush comme si les guerres en Afghanistan et en Irak étaient des erreurs passagères imputables à la seule Administration sortante.

Lire l'article complet





mercredi 1 octobre 2008

Sondage exclusif : 76% des Français sont des cons !




Incroyable. Je viens de lire un sondage édifiant.

Selon un sondage publié dans le Nouvel Obs, 76% des Français voteraient pour Barack Obama, et 10% pour McCain.


Je n'ai rien contre les 10% qui voteraient pour McCain. Je pense qu'il y a peu de sujets sur lesquels je serai d'accord avec eux, mais c'est à peu près tout ce que je leur reproche.

En revanche, si 76% des Français pensent qu'il y a une différence entre voter Mc Cain et voter Obama, alors c'est triste à dire (et d'ailleurs ça me fait de la peine pour eux), mais ce sont des cons. Bon, c'est sûr, c'est pas avec des prises de positions comme celle-là que je vais améliorer le taux de fréquentation de ce blog, mais après tout qu'est ce que ça peut foutre ?


Pour ceux d'entre-vous qui, abreuvés d'articles débilisants chantant les louanges d'Obama (pour Le Figaro : Obama, candidat historique, pour Le Monde : Barack Obama, un destin américain, etc...), ont réellement fini par se convaincre que Barack Obama avait un petit quelque chose de Martin Luther King en lui, apprêtez-vous à recevoir un violent coup de pied aux fesses :


voir la video
(merci à ce blog pour le sous-titrage)






Ralph Nader ? Posez la question autour de vous, on vous demandera sans doute : "Nader, qui c'est celui-là ?"

Vous avez également Cynthia McKinney à la tête du Parti Vert. J'ai posté une vidéo à son sujet dans un billet en janvier dernier.


Pendant des mois, on nous a rabattu les oreilles avec le "duel" Hillary Clinton vs Barack Obama, sans jamais nous parler des autres candidats à l'investiture du Parti Démocrate, comme Mike Gravel (voir la vidéo) par exemple.
Le duel Clinton/Obama a d'ailleurs si bien accaparé l'attention qu'il a même totalement éludé la question de la course à l'investiture du Parti Républicain. On nous a présenté John McCain comme l'unique candidat, sans s'attarder sur Ron Paul (voir la vidéo, là encore merci à ce blog pour la vidéo et les sous-titres).



Et maintenant, dans le sprint final de ce qui n'est finalement qu'une vaste fumisterie, on nous inflige des tartines d'articles sur le duel McCain/Obama, sans jamais parler de Ralph Nader.

D'ailleurs, la question posée dans le sondage du Nouvel Obs est éloquante :

L’élection présidentielle américaine aura lieu aux Etats-Unis le 4 novembre prochain. Si vous aviez la possibilité de prendre part à cette élection, pour lequel des deux candidats suivants y aurait-il le plus de chances que vous votiez ?
Barack Obama (Parti Démocrate) : 76%
John Mc Cain (Parti Républicain) : 10%
. (Aucun des deux) : 3%
. (Ne se prononce pas) : 11%




Une fois de plus, on retrouve l'idée de "borner le débat", qui fonctionne à merveille.


Je ferai bientôt un billet pour dire tout le bien que je pense de l'invention du formidable concept de "vote utile".


Allez, je repose la question : et vous, si vous aviez la possibilité de participer à l'élection présidentielle américaine le 04 novembre prochain, pour qui voteriez-vous ?






mercredi 10 septembre 2008

Mais au fait, qu'est ce qu'on fout en Afghanistan ?



Au printemps 2007, pendant la campagne électorale qui a précédé l'élection présidentielle, le candidat Nicolas Sarkozy promettait retrait des troupes françaises d'Afghanistan (voir la vidéo). Sans surprise, il s'agissait d'un mensonge, un de plus.

Des renforts de troupes ont été envoyés depuis, et d'autres les rejoindront bientôt. La France est en guerre. Oui, la France est en guerre contre "le monde musulman". C'est ce qu'a affirmé le Premier Ministre François Fillon lundi 03 septembre au micro d'Europe1 (voir la vidéo, info reprise sur mondialisation.ca ) :


Intervenant sur Europe 1, Fillon a déclaré : « le conflit va durer, parce que les causes de ce conflit sont très profondes (…) C’est l’opposition entre le monde musulman et une grande partie du reste de la planète, c’est le conflit israélo-palestinien, c’est les déséquilibres économiques et sociaux qui règnent dans le monde ».

De l’aveu même du chef du gouvernement, l’armée française est donc en croisade contre le monde musulman auxquels appartiennent aussi, faut-il le rappeler, plusieurs millions de citoyens français. Et pour que cette provocation soit complète, Fillon a choisi le premier jour du mois de ramadan pour se lâcher.






C'est dans ce contexte que, samedi 06 septembre, a eu lieu la première manifestation anti-guerre à Paris pour réclamer le retrait des troupes françaises d'Afghanistan. Une manifestation à l'initiative des organisations : CAPJPO-EuroPalestine, Americains Contre la Guerre, Droits Devant !, Réseau Solidaire Citoyens, GUPS, Théâtre du Tiroir, Association Solidarité Mayenne Algérie, Enfants de Palestine, Comité Poitevin France Palestine, "5 minutes pour rêver", ASTR (Association de Solidarité Tourcoing Rafah), Niort pour la Palestine, Odile Tobner (auteur du livre « Le racisme français »), Jean Baumgarten (auteur de « Pâle Palestine »), CANT (Comité Anthony pour une Paix Juste et Durable au Proche-Orient), SOS Sexisme, ISM (International Solidarity Movement), MIR (Mouvement des Indigènes de la République), Collectif Bellaciao (lire le texte de l'appel).

J'y ai participé. J'en ai profité pour me balader et pour prendre quelques photos.


Certaines pancartes posaient la question : "Que vont faire les troupes françaises en Afghanistan ?" (voir photo). Voilà une bonne question, qui mérite qu'on essaie d'y répondre.


La réponse qu'on entend le plus souvent de la part des hommes politiques est la suivante : "il faut envoyer nos militaires là-bas pour éviter qu'on ait des attentats ici".
Cette explication est tellement débile que je doute que quiconque puisse y croire sincèrement. Il semble au contraire évident que les militaires de l'OTAN sont considérés comme une armée d'occupation, et que par conséquent leur présence là-bas accroît considérablement le risque de représailles. D'ailleurs, si la notion de "démocratie" avait un sens pour ceux qui prétendent l'inculquer à coups de bombes dans la gueule, ils proposeraient un référendum aux Afghans afin que ces derniers puissent décider si oui ou non ils souhaitent une présence militaire étrangère sur leur sol.


Par ailleurs, pour couper court aux contre-vérités qu'on entend habituellement lorsqu'on aborde la question de l'Afghanistan, j'insiste sur le fait qu'il n'y a pas plus de preuves de l'implication des Talibans Afghans dans les attentats du 11 septembre qu'il n'y a de preuves de la présence d'armes de destructions massives en Irak (voir billet précédent). Je rappelle également que le 11 janvier dernier, Mr Yukihisa Fujita, député du Parti Démocrate du Japon, a remis en question la version officielle de l'administration Bush au sujet des attentats du 11 septembre lors d'une séance de questions d'une demi-heure au gouvernement Japonais (voir le billet précédent), pointant du doigt de nombreuses lacunes de la théorie officielle du complot islamiste. Il a ainsi demandé que toute participation militaire japonaise aux cotés des États-Unis en Afghanistan soit subordonnée à l'ouverture d'une enquête internationale. Cette prise de position semble tellement évidente, que dans tout pays démocratique digne de ce nom, n'importe quel député ayant un tout petit peu d'honneur devrait en faire autant.
Et enfin, rappelons également que même les membres de la Commission d'enquête mandatée par la Maison Blanche ne tentent même plus de défendre leur propre rapport d'enquête, tant les incohérences et les lacunes sont nombreuses (voir billet précédent) : 2 ans après avoir rendu leur rapport, les membres de la Commission d'enquête estiment qu'ils ont été trompés (article CBS). Le vice-président de la Commission d'enquête affirme même que l'enquête a été mise en place pour échouer ("set up to fail") (voir article CBC).
Pour plus d'informations au sujet des attentats du 11 septembre, on pourra consulter les quelques billets publiés sur ce blog, et le beaucoup plus complet Reopen911.info.



Si l'argument de la "guerre contre le terrorisme" n'est qu'un prétexte, un leurre, quelles sont donc les vraies raisons qui motivent l'envoi de troupes françaises en Afghanistan ? Je n'ai pas de réponse définitive à cette question. Mais en y réfléchissant un peu, j'entrevois quatre raisons. Deux sont à caractère général, et les deux autres sont plus spécifiques à l'Afghanistan.


1) Une opportunité de détourner de l'argent public

Je suis attendri par l'apparente naïveté de ceux qui, aux États-Unis ou ailleurs, parlent des budgets militaires alloués à la guerre en Irak en termes de "gaspillage".

Voici un graphique des 10 plus gros budgets militaires du monde en 2007 (cliquez sur l'image pour l'agrandir) :



C'est intéressant de mettre ce graphique en parallèle avec le discours d'adieu du Président Eiseihower en 1961, comme l'a fait l'auteur de ce billet de blog Le lobby militaire US a pris le pouvoir !.


Des budgets militaires colossaux, auxquels il faut rajouter des enveloppes conséquentes pour financer les opérations militaires en Irak et en Afghanistan, comme l'indique cet article Reuters :


War funding, which averaged about $93 billion a year from 2003 through 2005, rose to $120 billion in 2006 and $171 billion in 2007 and President George W. Bush has asked for $193 billion in 2008, the nonpartisan office wrote.

[...]

Since the September 11, 2001, attacks on the United States, Congress has written checks for $691 billion to pay for wars in Iraq and Afghanistan and such related activities as Iraq reconstruction, the CBO said.



Aux États-Unis, les guerres en Irak et en Afghanistan ont "coûté" 691 milliards de $ jusqu'à présent. Coûté à qui ? Au bénéfice de qui ?

L'une des fonctions de l'Etat est de collecter de l'argent public, et de le redistribuer. L'Etat, quel que soit sa couleur politique, effectue des transferts de richesse au sein de la société. Faire la guerre est l'un des moyens de transférer de l'argent public d'une catégorie de population vers une autre. A ce titre, aux États-Unis la situation est tout à fait caricaturale : un budget militaire équivalent à celui de l'ensemble des autres pays du monde réunis, et pourtant plus de 42 millions d’Américains ne disposent pas d’assurance maladie, soit 15 % de la population (cf document de la Direction de la recherche des études de l'évaluation et des statistiques).



Il ne s'agit donc pas du tout de "gaspillage" : cet argent n'est pas perdu pour tout le monde. Il s'agit simplement d'un choix politique. Un choix qui consiste à détourner l'argent public qui pourrait être affecté à l'amélioration des conditions de vies, au profit de l'industrie de l'armement. Le choix de la stratégie de la guerre permanente, "une guerre qui pourrait durer plusieurs décennies" selon Dick Cheney (article BBC).



2) Une vitrine pour faire la promotion des technologies des marchands d'armes


Lorsqu'un marchand d'armes comme Serge Dassault exprime ses voeux à l'occasion de la nouvelle année, il déclare sans rire : "Quand les hommes arrêteront-ils de s’entre-tuer au lieu de vivre ensemble dans un monde de tolérance, de considération, de paix, alors que d’autres menaces bien plus graves nous guettent tous ?".
L'hypocrisie de ce bonhomme n'a décidément pas de limite.

Un conflit militaire, c'est une formidable vitrine offerte aux marchands d'armes. C'est le point de vue développé dans ce très bon article publié sur Agoravox. Au passage, l'auteur y relate un fait divers presque banal, une "bavure" tristement classique ayant entraîné la mort de 7 gamins qui se sont pris un missile à plusieurs millions de dollars sur la gueule dans une école. Comme le dit l'auteur de l'article : "Viser une école, en sachant que c’en est une, est un acte hautement militaire. Répercussions, dans le monde, du scandale et du massacre : rien."


Participer à une guerre donc, c'est offrir une opportunité marketing formidable pour les vendeurs d'armes, ces derniers bénéficiant ainsi d'un théâtre d'opérations grandeur nature qui leur permet de faire la promotion de l'extraordinaire efficacité de leurs engins de mort, ces petites merveilles technologiques vendues à prix d'or.




Voilà pour les généralités. Mais l'afghanistan, c'est aussi le pipeline et la drogue.



3) Diminuer l'influence de la Russie, et contrôler l'approvisionnement de la Chine en hydrocarbures

L'Afghanistan, c'est évidemment le Pipeline Trans-Afghan, qui relie les gisements de gaz naturel du Turkmenistan (en mer Caspienne) à l'océan Indien, en passant à travers l'Afghanistan et le Pakistan.

Le billet précédent publié sur ce blog qui montre une présentation de Michael Ruppert (citant le livre de Zbigniew Brzezinski), apporte un complément d'informations intéressant sur ce point.




4) Assurer la pérennité de l'approvisionnement du trafic mondial en opiacés (morphine et héroïne)

Peut-être est-ce là le point le plus scandaleux des quatre. Le plus méconnu aussi. Lorsqu'on parle d'Afghanistan, en général on ne parle pas de drogue. C'est une erreur. S'il est à peu près clair que parler d'Irak ou d'Iran sans parler d'hydrocarbures est une stupidité, il devrait être tout aussi clair que parler d'Afghanistan sans parler de drogue est un non-sens.

Le régime des Talibans Afghans a été critiqué à juste titre pour de multiples raisons. L'une d'entre elles, et non des moindres, est que ce régime a longtemps été un régime de narco-trafiquants (cf article de juin 2000). Pendant de nombreuses années, l'Afghanistan et la Birmanie ont ainsi été les principaux producteurs d'opium, dont sont dérivées la morphine et l'héroïne.


L'organisme international qui fait référence en terme de chiffres sur les questions de drogue est l'UNODC (United Nations Office on Drugs and Crime), rattaché à l'ONU.
Leur rapport de 2007 (qui inclut de nombreuses données sur la culture de l'opium en Afghanistan) est disponible en ligne.


Les trois graphiques suivants sont issus de ce document (cliquez sur les images pour les agrandir) :








Lors de leur dernière année au pouvoir, les Talibans Afghans ont décidé d'enrayer le trafic de drogue. Cette opération a été un succès considérable, salué par l'ONU : on passe ainsi de 82'000 hectares et 3'276 tonnes d'opium en l'an 2000, à 8'000 hectares et 185 tonnes l'année suivante. Soit une diminution de 90% de la superficie, et 94% de la production d'une année sur l'autre.
Ce succès montre qu'une réelle volonté politique de s'attaquer au problème permet d'obtenir des résultats très significatifs dans ce domaine.
Quelques mois plus tard, les Etats-Unis renversent le régime des Talibans Afghans et placent leur homme de main, Hamid Karzai, un consultant du groupe pétrolier Unocal (cf article CNN : "Karzai, a former lobbyist for the U.S. oil and gas company Unocal"), qui facilitera la construction du pipeline.
Et immédiatement, la production d'opium reprend son niveau historique. Dès 2002, la production reprend sur les mêmes bases qu'en 2000 (74'000 hectares et 3400 tonnes en 2002). Et la tendance est à l'emballement : la production, qui avait déjà battu les records en 2006, a fait un bond de +34% entre 2006 et 2007 (voir tableau page 9 du rapport de l'UNODC). Aujourd'hui, la superficie (193'000 ha) et la production (8'200 tonnes) sont plus de deux fois plus importantes que ce qu'elles étaient en l'an 2000.


Michel Chossudovsky est Professeur d'économie à l'Université d'Ottawa. En mai 2007, il a publié un article extrêmement intéressant dans lequel il accuse les forces de l'OTAN d'appuyer le trafic de drogue :


Les forces d’occupation en Afghanistan appuient le trafic de drogue, qui rapporte entre 120 et 194 milliards de dollars de revenus au crime organisé, aux agences de renseignement et aux institutions financières occidentales.

Les recettes de cette contrebande lucrative qui se montent à des milliards de dollars sont déposés dans des banques occidentales. La quasi-totalité de revenus reviennent aux grandes entreprises et aux syndicats criminels hors d’Afghanistan.

Lire l'article complet.



Aujourd'hui, l'Afghanistan représente à lui seul 92% de la production mondiale d'opium. La quasi-totalité de l'héroïne qui circule dans le monde provient donc des champs d'opium afghans. Les sommes en jeu sont considérables (en s'appuyant sur les chiffres de l'UNODC, Chossudovsky estime le montant global du trafic d'héroïne entre 120 et 194 milliards de dollars par an, dont 2.7 milliards vont aux producteurs locaux).
Ces sommes colossales sont blanchies, et d'une manière ou d'une autre sont réinjectées dans l'économie. Et c'est bien là le problème. Voilà qui soulève pas mal de questions.

Dans quelle mesure notre système économique précaire est-il dépendant de l'argent de la drogue ?

Dans quelle mesure les soldats français qui sont envoyés en Afghanistan (dont je ne doute pas que bon nombre d'entre eux sont convaincus d'agir pour la bonne cause) ont-ils in fine (et à leur insu) pour mission d'assurer la pérennité de l'approvisionnement mondial en héroïne ?

Le degré de cynisme et d'hypocrisie de ceux qui décident de les envoyer là-bas va-t-il jusque là ?