lundi 5 janvier 2009

Judaïsme et Sionisme incompatibles ? L'interview du rabin Yisroel Weiss



L'actualité m'incite à ressortir cette vidéo, que j'avais trouvée très étonnante, tant elle tranche avec ce qu'on a l'habitude d'entendre sur le sujet. Elle date de 2006, et montre une interview du rabin Yisroel Weiss, diffusée en direct sur Fox News. Le rabin Weiss, dont les grands-parents sont morts à Auschwitz, est membre d'une association juive anti-sioniste, et milite pour le démantèlement pacifique de l'état d'Israël.






Transcription :

Journaliste (Neil Cavuto) : "Toute la violence et tous les conflits du Moyen-Orient se résoudraient si Israël cessait d'exister". Mon invité suivant ne se contente pas d'affirmer qu'Israël enfreint la loi juive en attaquant militairement le Hezbollah. Il ajoute également qu'Israël ne devrait même pas exister en tant qu'Etat. Le plus surprenant est que l'auteur de ces mots est un Rabin. Il s'agit du Rabin Yisroel Weiss de l'association - Juifs Unis Contre le Sionisme -
Mr le Rabin, les propos que vous tenez sont assez radicaux.

Invité (Yisroel Weiss) : Oui, mais il s'agit là de l'opinion partagée par tous les chefs spirituels au cours des derniers siècles. Lorsque le mouvement sioniste a été crée, le concept, l'idéologie qui consiste à faire passer le judaïsme de la spiritualité vers le matérialisme, transformer une religion en revendication nationaliste de posséder une terre, toutes les autorités religieuses s'y sont opposées, car cette idée est contradictoire avec le judaïsme.
C'est explicitement interdit dans la Torah, car nous avons été condamnés à l'exode par Dieu.

Journaliste (Neil Cavuto) : Donc vous ne devriez pas avoir un état, ni un pays, ni un gouvernement ?

Invité (Yisroel Weiss) : Nous ne devrions pas avoir d'état, nous devrions vivre dans tous les pays, comme les juifs l'ont fait depuis 2000 ans, en tant que citoyens loyaux, des gens qui servent Dieu avec compassion.
Et le Talmud le dit clairement, si nous allons à l'encontre de la volonté divine, les conséquences seront catastrophiques pour les juifs. Depuis que les sionistes ont crée l'état d'Israël, un torrent de haine et de souffrance s'abat sur les juifs et les non-juifs.
Contrairement à ce que les gens pensent, il ne s'agit pas d'un conflit religieux. Nous avons vécu pendant des siècles au milieu des musulmans et des arabes sans avoir besoin de la surveillance d'organismes humanitaires...

Journaliste (Neil Cavuto) : Laissez-moi vous poser une question : est ce que la vie était meilleure pour les juifs avant la création d'Israël ?

Invité (Yisroel Weiss) : Oui à 100%. En Palestine nous avons les témoignages de la communauté juive vivant sur place, qui vivait en harmonie. Ils ont plaidé leur cause devant les Nations Unies. Le grand Rabin de Jérusalem l'a dit : "nous ne voulons pas d'un état juif".
Les habitants musulmans, chrétiens et juifs ont été ignorés au moment de la création de l'état israélien...

Journaliste (Neil Cavuto) : Néanmoins, même si vous refusez l'idée de la création d'un état, vous n'êtes pas étrangers au fait d'avoir été massacrés au cours des millénaires, en particulier il a 50 ou 60 ans.

Invité (Yisroel Weiss) : Il y a le problème d'être tué à cause de l'anti-sémitisme, et il y a un autre problème où l'on provoque soi-même son anti-sémitisme à travers le sionisme. Quand on casse les vitres de son voisin on ne vient pas hurler à l'anti-sémitisme ensuite.

Journaliste (Neil Cavuto) : Je sais que vous êtes un juif orthodoxe. Quelle est l'opinion des juifs traditionnels ?

Invité (Yisroel Weiss) : C'était l'opinion la plus répandue dans toute la communauté juive à travers le monde

Journaliste (Neil Cavuto) : C'était le cas, ça ne l'est plus. Que vous disent-ils maintenant ?

Invité (Yisroel Weiss) : Parlons du point de vue religieux : du judaïsme, pas de ceux qui sont sortis du judaïsme. Le courant principal est que nous ne devrions pas avoir d'état. Mais une fois qu'il a été crée, la propagande sioniste a laissé penser que les arabes veulent jeter tous les juifs à la mer et que la haine des juifs est enracinée. De nombreux juifs se sont laissés convaincre par ce message, et c'est la raison pour laquelle ils ont peur de rendre la terre.

Journaliste (Neil Cavuto) : Qui pourrait les en blâmer. Vous avez vu le président iranien qui a dit que l'Holocauste n'a jamais existé et qu'il voudrait détruire Israël et tous les juifs.

Invité (Yisroel Weiss) : C'est également une chose totalement fausse. Il y a une communauté juive en Iran, et ils ne les ont pas assassinés lorsqu'ils en avaient l'occasion...

Journaliste (Neil Cavuto) : Donc, vous ne le prenez pas au mot lorsqu'il dit qu'il veut tuer les juifs ?

Invité (Yisroel Weiss) : Il veut le démantèlement de l'entité politique israélienne. L'an dernier nous sommes allés en Iran avec un groupe de Rabins, nous avons discuté avec des responsables du régime, nous avons rencontré le vice président. Ahmedinejad était au Venezuela à cette période. Nous avons rencontrés les responsables des autorités religieuses. Tous ont affirmé très clairement qu'ils n'ont pas de conflit avec les juifs.

Journaliste (Neil Cavuto) : Donc, tant qu'Israël existe, vous pensez qu'il y aura des problèmes...

Invité (Yisroel Weiss) : Les juifs souffrent, les palestiniens souffrent, les libanais... Nous prions pour le démantèlement rapide et pacifique de l'Etat juif.

Journaliste (Neil Cavuto) : C'est intéressant Mr le Rabin. On n'entend pas souvent ce point de vue. Merci d'être venu.


mardi 4 novembre 2008

*EXCLUSIF* Elections US : le résultat en avant-première



Comme je suis un gars sympa, et que je sais que ce sujet vous passionne, je suis d'accord pour vous livrer en avant-première les résultats de l'élection présidentielle aux Etats-Unis.




Conformément à la prophétie médiatique, c'est Mr Barohn McObamacain qui est triomphalement élu avec près de 95% des suffrages exprimés.





Mr Barohn McObamacain, 44ème Président des Etats-Unis d'Amérique
(image tirée de la couverture de l’hebdomadaire politique russe Профиль)






La douzaine d'autres candidats totalisent un score cumulé d'environ 5% des suffrages exprimés. Etant donné le tapage médiatique au bénéfice exclusif de Barohn McObamacain, il est peu probable qu'une telle proportion des électeurs aient eu connaissance de l'existence des autres candidats avant de pénétrer dans l'isoloir. L'hypothèse la plus crédible est donc qu'une part importante des marginaux qui n'ont pas voté McObamacain se sont mélangés les pinceaux au dernier moment et ont involontairement voté pour un inconnu.





La grande force de McObamacain est d'avoir parfaitement su faire la synthèse des programmes de John McCain et de Barack Obama. Il faut bien dire qu'au delà des désaccords de façade (par exemple l'un préconise de maintenir les troupes en Irak ad vitam eternam, tandis que l'autre propose de les retirer à la Saint Glinglin), cette synthèse était particulièrement simple à réaliser tant les positions des deux candidats étaient similaires sur tous les sujets importants (modèle social, modèle économique, politique énergétique, politique internationale, etc...) (cf billet précédent).



Saluons au passage la clairvoyance des joyeux lurons de TheOnion qui avaient parfaitement prédit, il y a de cela plusieurs mois, que l'élément déterminant de cette élection serait : la connerie ("bullshit") (voir la vidéo)







Alors pour celles et ceux qui commencent un peu à se lasser de lire les bisounours-eries habituelles au sujet de cette "élection présidentielle historique dans la plus grande démocratie du monde", et qui souhaitent avoir un autre point de vue, l'article suivant est très intéressant. C'est un poil plus cynique, mais sans doute un brin plus réaliste aussi :




Un bon show ne fait pas une démocratie

Les médias des États membres de l’OTAN accordent une très large couverture de l’élection présidentielle US. Ce faisant, ils transmettent un double message : l’avenir des peuples alliés se joue à Washington, et les États-Unis sont un modèle démocratique. Or, il est admis que l’élection présidentielle US est faussée par l’argent. L’édition 2008 a déjà coûté plus 1,5 milliards de dollars. Cependant cette critique est superficielle en ce qu’elle laisse croire que les moyens financiers font le vainqueur, alors que c’est peut-être l’inverse : l’argent va au vainqueur préalablement désigné. En réalité, remarque Thierry Meyssan, la classe dirigeante US manipule chaque étape du processus électoral, des primaires aux conventions, des listes électorales aux machines à voter. Aux États-Unis, la démocratie est une pure fiction.

[...]

Si ce show régénère la société tous les quatre ans, il sert aussi à nettoyer l’image des États-Unis dans le monde. L’opinion publique internationale est invitée à suivre un spectacle qui fasse oublier les crimes précédents et lui redonne espoir. Cette année le casting est particulièrement réussi : un sémillant jeune noir assisté d’un vieux briscard de la politique contre un ancien combattant épaulé par une femme sans complexes. Déjà, la presse mondiale titre sur l’après-Bush comme si les guerres en Afghanistan et en Irak étaient des erreurs passagères imputables à la seule Administration sortante.

Lire l'article complet





mercredi 1 octobre 2008

Sondage exclusif : 76% des Français sont des cons !




Incroyable. Je viens de lire un sondage édifiant.

Selon un sondage publié dans le Nouvel Obs, 76% des Français voteraient pour Barack Obama, et 10% pour McCain.


Je n'ai rien contre les 10% qui voteraient pour McCain. Je pense qu'il y a peu de sujets sur lesquels je serai d'accord avec eux, mais c'est à peu près tout ce que je leur reproche.

En revanche, si 76% des Français pensent qu'il y a une différence entre voter Mc Cain et voter Obama, alors c'est triste à dire (et d'ailleurs ça me fait de la peine pour eux), mais ce sont des cons. Bon, c'est sûr, c'est pas avec des prises de positions comme celle-là que je vais améliorer le taux de fréquentation de ce blog, mais après tout qu'est ce que ça peut foutre ?


Pour ceux d'entre-vous qui, abreuvés d'articles débilisants chantant les louanges d'Obama (pour Le Figaro : Obama, candidat historique, pour Le Monde : Barack Obama, un destin américain, etc...), ont réellement fini par se convaincre que Barack Obama avait un petit quelque chose de Martin Luther King en lui, apprêtez-vous à recevoir un violent coup de pied aux fesses :


voir la video
Merci à littlehorn qui a dégoté et sous-titré cette vidéo (cf article sur son blog)






Ralph Nader ? Posez la question autour de vous, on vous demandera sans doute : "Nader, mais qui c'est celui-là ?"

Vous avez également Cynthia McKinney à la tête du Parti Vert. J'ai posté une vidéo à son sujet dans un billet en janvier dernier.


Pendant des mois, on nous a rabattu les oreilles avec le "duel" Hillary Clinton vs Barack Obama, sans jamais nous parler des autres candidats à l'investiture du Parti Démocrate, comme Mike Gravel (voir la vidéo) par exemple.
Le duel Clinton/Obama a d'ailleurs si bien accaparé l'attention qu'il a même totalement éludé la question de la course à l'investiture du Parti Républicain. On nous a présenté John McCain comme l'unique candidat, sans s'attarder sur Ron Paul (voir la vidéo, là encore merci à littlehorn pour la vidéo et les sous-titres).



Et maintenant, dans le sprint final de ce qui n'est finalement qu'une vaste fumisterie, on nous inflige des tartines d'articles sur le duel McCain/Obama, sans jamais parler de Ralph Nader.

D'ailleurs, la question posée dans le sondage du Nouvel Obs est éloquante :

L’élection présidentielle américaine aura lieu aux Etats-Unis le 4 novembre prochain. Si vous aviez la possibilité de prendre part à cette élection, pour lequel des deux candidats suivants y aurait-il le plus de chances que vous votiez ?
Barack Obama (Parti Démocrate) : 76%
John Mc Cain (Parti Républicain) : 10%
. (Aucun des deux) : 3%
. (Ne se prononce pas) : 11%




Une fois de plus, on retrouve l'idée de "borner le débat", qui fonctionne à merveille.


Je ferai bientôt un billet pour dire tout le bien que je pense de l'invention du formidable concept de "vote utile".


Allez, je repose la question : et vous, si vous aviez la possibilité de participer à l'élection présidentielle américaine le 04 novembre prochain, pour qui voteriez-vous ?






mercredi 10 septembre 2008

Mais au fait, qu'est ce qu'on fout en Afghanistan ?



Au printemps 2007, pendant la campagne électorale qui a précédé l'élection présidentielle, le candidat Nicolas Sarkozy promettait retrait des troupes françaises d'Afghanistan (voir la vidéo). Sans surprise, il s'agissait d'un mensonge, un de plus.

Des renforts de troupes ont été envoyés depuis, et d'autres les rejoindront bientôt. La France est en guerre. Oui, la France est en guerre contre "le monde musulman". C'est ce qu'a affirmé le Premier Ministre François Fillon lundi 03 septembre au micro d'Europe1 (voir la vidéo, info reprise sur mondialisation.ca ) :


Intervenant sur Europe 1, Fillon a déclaré : « le conflit va durer, parce que les causes de ce conflit sont très profondes (…) C’est l’opposition entre le monde musulman et une grande partie du reste de la planète, c’est le conflit israélo-palestinien, c’est les déséquilibres économiques et sociaux qui règnent dans le monde ».

De l’aveu même du chef du gouvernement, l’armée française est donc en croisade contre le monde musulman auxquels appartiennent aussi, faut-il le rappeler, plusieurs millions de citoyens français. Et pour que cette provocation soit complète, Fillon a choisi le premier jour du mois de ramadan pour se lâcher.







C'est dans ce contexte que, samedi 06 septembre, a eu lieu la première manifestation anti-guerre à Paris pour réclamer le retrait des troupes françaises d'Afghanistan. Une manifestation à l'initiative des organisations : CAPJPO-EuroPalestine, Americains Contre la Guerre, Droits Devant !, Réseau Solidaire Citoyens, GUPS, Théâtre du Tiroir, Association Solidarité Mayenne Algérie, Enfants de Palestine, Comité Poitevin France Palestine, "5 minutes pour rêver", ASTR (Association de Solidarité Tourcoing Rafah), Niort pour la Palestine, Odile Tobner (auteur du livre « Le racisme français »), Jean Baumgarten (auteur de « Pâle Palestine »), CANT (Comité Anthony pour une Paix Juste et Durable au Proche-Orient), SOS Sexisme, ISM (International Solidarity Movement), MIR (Mouvement des Indigènes de la République), Collectif Bellaciao (lire le texte de l'appel).

J'y ai participé. J'en ai profité pour me balader et pour prendre quelques photos.


Certaines pancartes posaient la question : "Que vont faire les troupes françaises en Afghanistan ?" (voir photo). Voilà une bonne question, qui mérite qu'on essaie d'y répondre.


La réponse qu'on entend le plus souvent de la part des hommes politiques est la suivante : "il faut envoyer nos militaires là-bas pour éviter qu'on ait des attentats ici".
Cette explication est tellement débile que je doute que quiconque puisse y croire sincèrement. Il semble au contraire évident que les militaires de l'OTAN sont considérés comme une armée d'occupation, et que par conséquent leur présence là-bas accroît considérablement le risque de représailles. D'ailleurs, si la notion de "démocratie" avait un sens pour ceux qui prétendent l'inculquer à coups de bombes dans la gueule, ils proposeraient un référendum aux Afghans afin que ces derniers puissent décider si oui ou non ils souhaitent une présence militaire étrangère sur leur sol.


Par ailleurs, pour couper court aux contre-vérités qu'on entend habituellement lorsqu'on aborde la question de l'Afghanistan, j'insiste sur le fait qu'il n'y a pas plus de preuves de l'implication des Talibans Afghans dans les attentats du 11 septembre qu'il n'y a de preuves de la présence d'armes de destructions massives en Irak (voir billet précédent). Je rappelle également que le 11 janvier dernier, Mr Yukihisa Fujita, député du Parti Démocrate du Japon, a remis en question la version officielle de l'administration Bush au sujet des attentats du 11 septembre lors d'une séance de questions d'une demi-heure au gouvernement Japonais (voir le billet précédent), pointant du doigt de nombreuses lacunes de la théorie officielle du complot islamiste. Il a ainsi demandé que toute participation militaire japonaise aux cotés des États-Unis en Afghanistan soit subordonnée à l'ouverture d'une enquête internationale. Cette prise de position semble tellement évidente, que dans tout pays démocratique digne de ce nom, n'importe quel député ayant un tout petit peu d'honneur devrait en faire autant.
Et enfin, rappelons également que même les membres de la Commission d'enquête mandatée par la Maison Blanche ne tentent même plus de défendre leur propre rapport d'enquête, tant les incohérences et les lacunes sont nombreuses (voir billet précédent) : 2 ans après avoir rendu leur rapport, les membres de la Commission d'enquête estiment qu'ils ont été trompés (article CBS). Le vice-président de la Commission d'enquête affirme même que l'enquête a été mise en place pour échouer ("set up to fail") (voir article CBC).
Pour plus d'informations au sujet des attentats du 11 septembre, on pourra consulter les quelques billets publiés sur ce blog, et le beaucoup plus complet Reopen911.info.



Si l'argument de la "guerre contre le terrorisme" n'est qu'un prétexte, un leurre, quelles sont donc les vraies raisons qui motivent l'envoi de troupes françaises en Afghanistan ? Je n'ai pas de réponse définitive à cette question. Mais en y réfléchissant un peu, j'entrevois quatre raisons. Deux sont à caractère général, et les deux autres sont plus spécifiques à l'Afghanistan.


1) Une opportunité de détourner de l'argent public

Je suis attendri par l'apparente naïveté de ceux qui, aux États-Unis ou ailleurs, parlent des budgets militaires alloués à la guerre en Irak en termes de "gaspillage".

Voici un graphique des 10 plus gros budgets militaires du monde en 2007 (cliquez sur l'image pour l'agrandir) :



C'est intéressant de mettre ce graphique en parallèle avec le discours d'adieu du Président Eiseihower en 1961, comme l'a fait zevengeur dans son article Le lobby militaire US a pris le pouvoir !.


Des budgets militaires colossaux, auxquels il faut rajouter des enveloppes conséquentes pour financer les opérations militaires en Irak et en Afghanistan, comme l'indique cet article Reuters :


War funding, which averaged about $93 billion a year from 2003 through 2005, rose to $120 billion in 2006 and $171 billion in 2007 and President George W. Bush has asked for $193 billion in 2008, the nonpartisan office wrote.

[...]

Since the September 11, 2001, attacks on the United States, Congress has written checks for $691 billion to pay for wars in Iraq and Afghanistan and such related activities as Iraq reconstruction, the CBO said.




Aux États-Unis, les guerres en Irak et en Afghanistan ont "coûté" 691 milliards de $ jusqu'à présent. Coûté à qui, au bénéfice de qui ?

L'une des fonctions de l'Etat est de collecter de l'argent public, et de le redistribuer. L'Etat, quel que soit sa couleur politique, effectue des transferts de richesse au sein de la société. Faire la guerre est l'un des moyens de transférer de l'argent public d'une catégorie de population vers une autre. A ce titre, aux États-Unis la situation est tout à fait caricaturale : un budget militaire équivalent à celui de l'ensemble des autres pays du monde réunis, et pourtant plus de 42 millions d’Américains ne disposent pas d’assurance maladie, soit 15 % de la population (cf document de la Direction de la recherche des études de l'évaluation et des statistiques).



Il ne s'agit donc pas du tout de "gaspillage" : cet argent n'est pas perdu pour tout le monde. Il s'agit simplement d'un choix politique. Un choix qui consiste à détourner l'argent public qui pourrait être affecté à l'amélioration des conditions de vies, au profit de l'industrie de l'armement. Le choix de la stratégie de la guerre permanente, "une guerre qui pourrait durer plusieurs décennies" selon Dick Cheney (article BBC).



2) Une vitrine pour faire la promotion des technologies des marchands d'armes


Lorsqu'un marchand d'armes comme Serge Dassault exprime ses voeux à l'occasion de la nouvelle année, il déclare sans rire : "Quand les hommes arrêteront-ils de s’entre-tuer au lieu de vivre ensemble dans un monde de tolérance, de considération, de paix, alors que d’autres menaces bien plus graves nous guettent tous ?".
Cet homme fait preuve qu'une hypocrisie qui donne littéralement envie de gerber.

Un conflit militaire, c'est une formidable vitrine offerte aux marchands d'armes. C'est le point de vue développé dans ce très bon article publié sur Agoravox. Au passage, l'auteur y relate un fait divers presque banal, une "bavure" tristement classique ayant entraîné la mort de 7 gamins qui se sont pris un missile à plusieurs millions de dollars sur la gueule dans une école. Comme le dit l'auteur de l'article : "Viser une école, en sachant que c’en est une, est un acte hautement militaire. Répercussions, dans le monde, du scandale et du massacre : rien."


Participer à une guerre donc, c'est offrir une opportunité marketing formidable pour les vendeurs d'armes, ces derniers bénéficiant ainsi d'un théâtre d'opérations grandeur nature qui leur permet de faire la promotion de l'extraordinaire efficacité de leurs engins de mort, ces petites merveilles technologiques vendues à prix d'or.




Voilà pour les généralités. Mais l'afghanistan, c'est aussi le pipeline et la drogue.



3) Diminuer l'influence de la Russie, et contrôler l'approvisionnement de la Chine en hydrocarbures

L'Afghanistan, c'est évidemment le Pipeline Trans-Afghan, qui relie les gisements de gaz naturel du Turkmenistan (en mer Caspienne) à l'océan Indien, en passant à travers l'Afghanistan et le Pakistan.

Le billet précédent publié sur ce blog qui montre une présentation de Michael Ruppert (citant le livre de Zbigniew Brzezinski), apporte un complément d'informations important sur ce point.




4) Assurer la pérennité de l'approvisionnement du trafic mondial en opiacés (morphine et héroïne)

Peut-être est-ce là le point le plus scandaleux des quatre. Le plus méconnu aussi. Lorsqu'on parle d'Afghanistan, en général on ne parle pas de drogue. C'est une erreur. S'il est à peu près clair que parler d'Irak ou d'Iran sans parler d'hydrocarbures est une stupidité, il devrait être tout aussi clair que parler d'Afghanistan sans parler de drogue est un non-sens.

Le régime des Talibans Afghans a été critiqué à juste titre pour de multiples raisons. L'une d'entre elles, et non des moindres, est que ce régime a longtemps été un régime de narco-trafiquants (cf article de juin 2000). Pendant de nombreuses années, l'Afghanistan et la Birmanie ont ainsi été les principaux producteurs d'opium, dont sont dérivées la morphine et l'héroïne.


L'organisme international qui fait référence en terme de chiffres sur les questions de drogue est l'UNODC (United Nations Office on Drugs and Crime), rattaché à l'ONU.
Leur rapport de 2007 (qui inclut de nombreuses données sur la culture de l'opium en Afghanistan) est disponible en ligne.


Les trois graphiques suivants sont issus de ce document (cliquez sur les images pour les agrandir) :









Lors de leur dernière année au pouvoir, les Talibans Afghans ont décidé d'enrayer le trafic de drogue. Cette opération a été un succès considérable, salué par l'ONU : on passe ainsi de 82'000 hectares et 3'276 tonnes d'opium en l'an 2000, à 8'000 hectares et 185 tonnes l'année suivante. Soit une diminution de 90% de la superficie, et 94% de la production d'une année sur l'autre.
Ce succès montre qu'une réelle volonté politique de s'attaquer au problème permet d'obtenir des résultats très significatifs dans ce domaine.
Quelques mois plus tard, les Etats-Unis renversent le régime des Talibans Afghans et placent leur homme de main, Hamid Karzai, un consultant du groupe pétrolier Unocal (cf article CNN : "Karzai, a former lobbyist for the U.S. oil and gas company Unocal"), qui facilitera la construction du pipeline.
Et immédiatement, la production d'opium reprend son niveau historique. Dès 2002, la production reprend sur les mêmes bases qu'en 2000 (74'000 hectares et 3400 tonnes en 2002). Et la tendance est à l'emballement : la production, qui avait déjà battu les records en 2006, a fait un bond de +34% entre 2006 et 2007 (voir tableau page 9 du rapport de l'UNODC). Aujourd'hui, la superficie (193'000 ha) et la production (8'200 tonnes) sont plus de deux fois plus importantes que ce qu'elles étaient en l'an 2000.


Michel Chossudovsky est Professeur d'économie à l'Université d'Ottawa. En mai 2007, il a publié un article extrêmement intéressant dans lequel il accuse les forces de l'OTAN d'appuyer le trafic de drogue :


Les forces d’occupation en Afghanistan appuient le trafic de drogue, qui rapporte entre 120 et 194 milliards de dollars de revenus au crime organisé, aux agences de renseignement et aux institutions financières occidentales.

Les recettes de cette contrebande lucrative qui se montent à des milliards de dollars sont déposés dans des banques occidentales. La quasi-totalité de revenus reviennent aux grandes entreprises et aux syndicats criminels hors d’Afghanistan.

Lire l'article complet.




Aujourd'hui, l'Afghanistan représente à lui seul 92% de la production mondiale d'opium. La quasi-totalité de l'héroïne qui circule dans le monde provient donc des champs d'opium afghans. Les sommes en jeu sont considérables (en s'appuyant sur les chiffres de l'UNODC, Chossudovsky estime le montant global du trafic d'héroïne entre 120 et 194 milliards de dollars par an, dont 2.7 milliards vont aux producteurs locaux).
Ces sommes colossales sont blanchies, et d'une manière ou d'une autre sont réinjectées dans l'économie. Et c'est bien là le problème. Voilà qui soulève pas mal de questions.

Dans quelle mesure notre système économique précaire est-il dépendant de l'argent de la drogue ?

Dans quelle mesure les soldats français qui sont envoyés en Afghanistan (dont je ne doute pas que bon nombre d'entre eux sont convaincus d'agir pour la bonne cause) ont-ils in fine (et à leur insu) pour mission d'assurer la pérennité de l'approvisionnement mondial en héroïne ?

Le degré de cynisme et d'hypocrisie de ceux qui décident de les envoyer là-bas va-t-il jusque là ?


jeudi 26 juin 2008

T'en veux de la fatwa ?




Je vais revenir sur l'affaire du mariage annulé qui a défrayé la chronique il y a quelques semaines.

J'ai appris la nouvelle sur le blog du Desdichado. J'ai eu l'occasion de dire ce que j'en pensais dans plusieurs commentaires ici et .


Sur cette affaire, il y a un article que je trouve très intéressant (hormis le titre, que je trouve débile), c'est celui que Mme Jacqueline LEDUC NOVI (avocate au barreau de Lille) a publié sur Agoravox.



Dans un des commentaires, je disais :


[...] Mais ce "vif débat de société", je le trouve globalement de très mauvaise qualité. En faisant une petite revue de presse c'est très clair, le son de cloche est identique partout : le mari a demandé, et le juge lui a accordé, point final. C'est un rappel des faits partiel et partial. C'est très difficile de trouver le moindre article dans lequel on comprend clairement que dans cette affaire le mari et la femme demandent la même chose, et que justement le juge appuie sa décision sur le fait que tous deux ont demandé la même chose. Quand je pose la question autour de moi : "le mari voulait l'annulation du mariage, mais la femme qu'est ce qu'elle voulait ?", à peu près personne ne sait répondre.
On a droit à un matraquage à sens unique, avec des articles du genre de celui que j'ai cité : "Condamnation unanime de cette décision de justice".

Il aurait été souhaitable que dans les médias, on puisse avoir accès à des débats contradictoires entre juristes en langage compréhensible, afin qu'on ait une idée plus précise des différentes jurisprudences possibles qu'on peut déduire de cette décision. Là on aurait su si cette décision porte réellement en elle les graines d'un risque pour le statut des femmes, ou si au contraire le juge de Lille a pris suffisamment de précautions en appuyant sa décision sur le fait que les deux époux étaient favorables à l'annulation du mariage.
Au lieu de ça, on nous gave littéralement de conneries comme celles de Fadela Amara, qui parle sans rire de "fatwa contre l'émancipation des femmes". C'est vraiment stupide.


Donc on a un "vif débat de société", avec beaucoup d'émotion, beaucoup d'indignation, malgré une connaissance des faits très partielle, et une compréhension potentiellement erronée de la décision et de son impact en matière de jurisprudence. Les conditions d'un vrai débat de société serein ne sont donc clairement pas réunies.



Je vais insister un peu plus sur la phrase de Fadela Amara. En fait c'est comme s'il y a avait eu un genre de concours, à qui se répandrait dans la presse pour sortir la plus grosse connerie. Et je pense qu'au jeu de la plus grosse connerie, c'est bien madame Amara qui a gagné : sa phrase est délicieusement empoisonnée.


Depuis la fatwa proférée par l'ayatollah Khomeni à l'encontre de Salman Rushdie pour son livre "les versets sataniques", le mot "fatwa" est en quelque sorte devenu synonyme de "condamnation à mort". Il est tout à fait évident qu'une fatwa émise par un quelconque ayatollah (un espèce de vieux type barbu extrémiste), c'est forcément quelque chose de totalement rétrograde, voir franchement moyenâgeux. D'ailleurs, juste pour rire, imaginez un peu que l'ayatollah en question soit l'un des chefs spirituels du Hezbollah, et qu'en plus sa fatwa porte sur les femmes... On frémit d'avance à l'idée du tissus de conneries qu'on s'apprête à lire, pas vrai ?

Allez chiche : vas-y coco, balance la fatwa !!!

Le type s'appelle Mohammad Hussein Fadlallah, il est ayatollah, il est l'un des chefs spirituels du Hezbollah, et sa fatwa date du 27 novembre 2007 (voir le texte complet) :


[...]
Sixièmement : L’Islam n’autorise l’homme d’exercer aucune forme de violence contre la femme. Il n’a pas le droit d’attenter à ses droits légaux qu’il doit respecter conformément au contrat de mariage, ni de la chasser de la maison, ni de l’insulter, de l’injurier ou de lui adresser des paroles dures. Cela constitue un péché pour lequel l’homme sera châtié par Dieu et poursuivi par la loi islamique.

Septièmement : Si l’homme exerce la violence physique contre la femme et que celle-ci se voit incapable de se défendre par un moyen autre que de lui rendre la pareille, cela lui est licite en tant que juste défense. Si l’homme exerce la violence juridique contre la femme en la frustrant de certains de ses droits conjugaux comme les dépenses ou la vie sexuelle, il est en son pouvoir de renoncer à ses obligations envers lui qui sont fixées par le contrat de mariage.

Huitièmement : L’Islam affirme que nul n’a de l’autorité sur la femme du moment qu’elle est pubère, adulte et autonome pour ce qui est de la gestion de ses propres affaires. Nul n’a le droit de lui imposer un mari qu’elle ne désire pas. Tout contrat de mariage doit être consenti par la femme. Sinon il est illégal et sans effets.
[...]



Ah ben merde alors... C'est pas "ou tout blanc, ou tout noir" ? C'est pas "les gentils contre les méchants" ?

L'avantage d'une vision simpliste, c'est qu'elle est simple et donc facile à appréhender. Son problème, c'est qu'elle est fausse.

Finalement, on en revient à la vidéo que je mentionnais dans un billet précédent, où chacune des deux nanas posait la question : "Est-ce là votre vision de moi ?".


Le préjugé sur lequel repose la phrase de Fadela Amara est aussi stupide et aussi moisi qu'un préjugé qui supposerait par exemple qu'en chaque curé sommeille un pédophile en puissance.


Le problème, c'est que madame Amara est Secrétaire d'Etat. Aujourd'hui en France un Secrétaire d'Etat peut sortir des petites phrases pourries comme le coup de la fatwa sans aucun soucis, sans avoir besoin de se justifier. Comme si ce dérapage là n'en était même pas un.



samedi 21 juin 2008

Reprise !



Il y a au moins un point sur lequel je suis d'accord avec John McCain. En janvier dernier, a dit (source : CNN) :

we now have a pro-American president of France which shows if you live long enough, anything can happen in this world.


Traduction :
Le président Français est pro-américain, ce qui prouve que si vous vivez suffisamment longtemps, tout peut arriver.


Une citation reprise et commentée par Littlehorn sur son blog.


Mais je suis au moins d'accord avec McCain sur ce point là : si vous vivez suffisamment longtemps, tout peut arriver... même un tirage favorable aux dés pour terminer ce putain de jeu de l'oie du thésard.



Après un détour par la case 38, je suis finalement tombé sur la case 42.






ALLÉLUIA                     ça, c'est fait !








La présentation, c'est exactement ça, en 15 fois plus long :





Mais la vraie bonne nouvelle, c'est que maintenant ce blog va enfin pouvoir reprendre du service ;)


mardi 27 mai 2008

The Grand Chessboard : La Géopolitique pour les Nuls



Dans un billet précédent, je mentionnais le livre The Grand Chessboard: American Primacy and Its Geostrategic Imperatives (1997) de Zbigniew Brzezinski. Je disais :


[...] un livre très instructif, qui mériterait de s'appeler La Géopolitique pour les Nuls (voir la collection "pour les Nuls"). Brzezinski y dévoile sa vision impérialiste clairement assumée.




J'insiste sur le mot "impérialisme". Ce n'est pas une notion abstraite, une sorte d'accusation un peu floue dont on ne sait pas trop ce qu'elle signifie. L'impérialisme, c'est du concret. C'est une logique, une idéologie, avec ses penseurs et ses théoriciens. C'est également une politique, avec des moyens et des objectifs précis.

Le bouquin de Brzezinski, écrit en 1997, nous aide à y voir un peu plus clair. Michael Ruppert nous fait la lecture (cette présentation date de novembre 2001) :